Macro-économie / Taux / Eric Dor / Exportations / vins
Macro-économie / Taux
Eric Dor / Exportations / vins
Quand la hausse des droits de douane bouleverse les alcools européens exportés vers les Etats-Unis / Ils tâchent d'éviter une baisse de la demande outre-Atlantique
Un choix pour le moins coûteux. Les produits onéreux tels que le Champagne, le Cognac ou encore le Porto ou le whiskey d’Irlande dont les prix à l’export vers les Etats-Unis ont baissé ces derniers mois pénalisent davantage une rive de l’Atlantique que l’autre. Le constat est clair pour Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG, celui-ci expliquant que "quelle que soit l’explication (de cette dynamique des prix ndlr), c’est au détriment des exportateurs de l’union européenne avec une forte baisse des recettes".
Le consensus s’accorde à dire depuis de nombreux mois qu’in fine les droits de douane finiraient par se répercuter sur les ménages américains, suscitant dès le mois d’août le courroux de Donald Trump. Il semble que certains exportateurs aient pu se permettre de rogner sur leur marge pour faire face à la situation. Il faut dire que répercuter intégralement la hausse des prix n’est pas indolore, l’économiste exposant qu’à "prix inchangé en euros, le coût d’acquisition en dollars d’une bouteille de boisson alcoolisée provenant d’un pays de l’UE a augmenté d’à peu près 28 %, suite à la conjonction des droits de douane et de l’appréciation de la monnaie européenne (de l’ordre de 13,25 % sur l’année ndlr)".
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La substituabilité des biens n’est certes pas la même suivant ses caractéristiques, il est jugé par Eric Dor "très plausible que pour certains biens, si les marges initiales le permettent, des producteurs européens aient décidé de baisser quelque peu leur prix à l’exportation en euros vers les Etats Unis". De quoi permettre de ne pas voir la demande américaine pour certains produits s’effondrer trop brutalement. Difficile pour autant de faire une généralité tant d’un produit à un autre la dynamique des prix n’est pas la même.
La note produite par le professeur à l’IESEG explique effectivement que le prix du Champagne AOP de France vers les Etats Unis est inférieur de 14,7 % entre mai à septembre 2025 relativement aux niveaux enregistrés un an plus tôt. Le même exercice effectué sur le Cognac expédié depuis l’Hexagone montre une diminution de 18,2 %, là où sur les vins de Bordeaux la diminution est de l’ordre de 32,7 %. Les droits de douane ne disparaissent pas, cependant la marge des exportateurs européens diminue de façon que le coût ne soit pas porté uniquement par les ménages américains.
Habitude
Les données ont beau attester que ce constat est également valable pour des alcools prestigieux exportés depuis d’autres pays de l’Union européenne – l’Irlande et le Portugal par exemple – il n’en est pas moins fait le rappel par l’économiste que ces cas demeurent "très rares car la plupart des producteurs ou exportateurs européens ont une marge trop réduite au départ pour pouvoir consentir une baisse de prix assez forte pour compenser la totalité de la hausse des droits de douane sur le coût d’acquisition de leurs biens par les importateurs aux Etats Unis".
Difficile également d’affirmer que cette variation des prix est le fruit uniquement des exportateurs, l’hypothèse d’une hétérogénéité derrière la baisse des prix moyens est également possible. L’économiste expliquant qu’il peut s’agir tant d’un changement de la composition des volumes exportés favorable à la part la moins chère au sein d’un même bien. Les prix d’une catégorie de qualité sont également susceptibles d’être modifiés sans que le reste ne soit affecté. La progression des droits de douane moyens appliqués par les Etats Unis sur les biens importés de France étant d’un peu moins de 10 % entre septembre et janvier (passant de 1,5 % à 11 % ) entraînant inévitablement une recomposition du panier de biens des ménages américains que ce soit en termes de quantité ou de qualité.
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