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Air France - KLM / Ben Smith / Benjamin Smith
Air France-KLM en équilibre instable / Sous la pression combinée des redevances, de la fiscalité et de réservations qui ralentissent
Le troisième trimestre d’Air France-KLM a été pour le moins mitigé. Avec un résultat opérationnel stable à 1,2 milliard d’euros pour un chiffre d’affaires de 9,2 milliards, le groupe a certes tenu son cap de rentabilité, mais ses performances sont ressorties légèrement en deçà des attentes : le consensus attendait 1,26 milliard d’euros d’EBIT. Les revenus ont progressé de 2,6 %, quand le marché anticipait plutôt +3 %. La marge de 13,1 % qui en découle n’a donc pas suffi à convaincre des investisseurs prompts à sanctionner le titre, en recul de 14 % jeudi après-midi.
La direction a pourtant insisté sur la solidité des fondamentaux. "Au troisième trimestre, Air France-KLM a une nouvelle fois démontré sa résilience dans un environnement exigeant." a commenté Ben Smith, directeur général du groupe, lors de la présentation aux analystes, soulignant "une croissance solide du chiffre d’affaires, une marge stable et une génération de trésorerie soutenue." Le flux de trésorerie libre récurrent ajusté a en effet atteint 715 millions d’euros sur neuf mois, soit près de 700 millions de plus qu’un an plus tôt, tandis que le levier d’endettement est resté contenu à 1,6 fois l’EBITDA.
Une équation de coûts de plus en plus complexe
La structure du trimestre montre cependant des fragilités. Le trafic passagers a progressé de 4,5 % pour un taux de remplissage légèrement en retrait à 88,8 %. À change constant, la recette unitaire a reculé de 0,5 %, pénalisée par la faiblesse du cargo (– 5,1 %) et de Transavia (– 2,8 %), tandis que le réseau passagers affichait une hausse symbolique de 0,5 %. "La hausse des charges à Schiphol est probablement le changement le plus important, cela met véritablement en danger le modèle actuel." a reconnu Ben Smith lors de la présentation avec les analystes, évoquant des coûts d’exploitation en nette progression sur plusieurs fronts.
Les coûts unitaires ont augmenté de 1,3 %, en ligne avec une hausse attendue de faible ampleur. Le groupe a absorbé la flambée de 41 % des redevances à Amsterdam-Schiphol et la montée des charges de navigation aérienne, mais la progression du prix moyen du carburant, après couverture, est restée contenue (– 8,9 % sur un an). Dans cet équilibre fragile, la discipline de gestion a permis de stabiliser le résultat opérationnel. "Je suis tout à fait à l’aise avec les coûts unitaires, comme ils évoluent." a insisté le directeur général, mettant en avant la montée en gamme des cabines, dont les performances ont été "remarquables" sur le long-courrier.
KLM à la peine, Transavia en soutien
La dynamique reste contrastée selon les entités. Air France a vu son résultat opérationnel progresser à 799 millions d’euros, tandis que KLM reculait à 341 millions, freinée par les hausses de coûts et les grèves du personnel à Schiphol. "KLM doit impérativement retrouver une marge d’au moins 8 % ; si cela suppose d’ajuster le plan d’activité ou la composition de la flotte, nous le ferons." a prévenu Ben Smith. Transavia, pour sa part, reste un pilier de compétitivité : "Notre position à Orly est inestimable ; à partir d’avril prochain, Transavia pourra exploiter pleinement ce potentiel et contribuer positivement aux résultats du groupe." a-t-il ajouté.
Les perspectives demeurent inchangées pour l’exercice 2025 : capacité en hausse de 4 à 5 %, croissance du coût unitaire contenue, investissements nets de 3,2 à 3,4 milliards et ratio dette nette/EBITDA compris entre 1,5 et 2,0 fois. "La capacité du groupe est de 4 à 5 % par rapport à 2024, les perspectives sont reconfirmées." a rappelé Ben Smith.
La fiscalité, talon d’Achille de la compétitivité
Pour autant, "la baisse des volumes de réservation pour le quatrième trimestre et les inquiétudes sur la demande de voyages vers les États-Unis" pèsent sur le sentiment, relève le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. Celui-ci souligne également "des conditions d’exploitation potentiellement difficiles en France, dans un contexte de déficits publics élevés." La taxe française de solidarité sur les billets d’avion, introduite au printemps, a pesé sur les recettes du groupe, en particulier celles de Transavia, du fait de son exposition plus forte aux vols domestiques et européens courts-courriers. Les vols Air France, davantage orientés vers le long-courrier et le segment premium, ont été moins affectés, KLM n’étant pas concernée. "L’impact de cette taxe est très fort, négativement, sur nos recettes." a reconnu Ben Smith, en rappelant le poids croissant de la fiscalité dans la compétitivité du groupe face à ses concurrents étrangers.
Dans ce contexte, le groupe entend poursuivre son effort de compétitivité tout en accélérant sa transition environnementale. Le renouvellement de la flotte, désormais composée à 32 % d’appareils de nouvelle génération, reste un pilier central de la stratégie, de même que le développement des carburants durables. "Les carburants d’aviation durables (SAF) doivent être disponibles à un prix qui nous permette d’être compétitifs au niveau mondial ", a insisté Ben Smith, saluant le soutien européen à ces projets de décarbonation.
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