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Air France - KLM
Air France-KLM revendique une empreinte de 113 milliards d’euros en Europe / Des retombées équivalentes à 0,6 % du PIB européen
« Si demain Air France disparaissait du jour au lendemain, à très court terme, 1,2 million d'emplois seraient impactés de façon tout à fait évidente. » Le scénario est théorique, mais permet de saisir l'ampleur de l'empreinte économique attribuée à Air France-KLM par l'étude présentée le 6 octobre par Herbert Castéran, directeur de l'Institut Mines-Télécom Business School. À l'échelle de l'Union européenne, celle-ci estime que l'activité du groupe soutiendrait 1,2 million d'emplois et générerait 113 milliards d'euros de retombées par an, soit 0,6 % du PIB européen.
Pour parvenir à ce total, l'exercice suit l'argent à la trace. Salaires nets, commandes aux fournisseurs, dépenses des passagers à destination et activité aéroportuaire constituent autant d'injections dans l'économie. Une partie est dépensée à nouveau sur place, tandis qu'une autre s'échappe vers d'autres territoires, où elle devient à son tour une injection. Des multiplicateurs propres à chaque région mesurent cet effet d'entraînement, auquel s'ajoute l'attractivité qu'une desserte aérienne procure aux entreprises à long terme. En France, les 10 milliards d'euros injectés par le groupe produisent ainsi 52 milliards de retombées, dont 2 milliards liés à cet effet d'attractivité. Soit 1,8 % du PIB et plus d'un demi-million d'emplois, avec 10,9 emplois soutenus dans le reste de l'économie pour chaque salarié d'Air France. Le poids relatif du groupe est plus important encore aux Pays-Bas, où il représente 2,4 % du PIB et près de 300 000 emplois.
« Afin d'éviter toute critique d'un optimisme débridé, nous avons conservé des hypothèses extrêmement conservatrices », prévient Herbert Castéran. Le ratio d'emplois reste en effet inférieur aux 15,7 calculés en 2025 pour SAS et aux 19,7 obtenus en Espagne en 2023. Il représente aussi 42 % des emplois attribués à l'ensemble du transport aérien français, construction aéronautique comprise, dans les travaux de l'IATA et d'Oxford Economics.
L'épargne freine l'effet multiplicateur
Sur le territoire français, l'empreinte du groupe s'est tassée depuis la précédente édition, il y a deux ans. Cette évolution ne vient pas de l'activité d'Air France-KLM, mais d'un effet d'entraînement moins puissant dans l'économie française. « Il y a manifestement une thésaurisation plus forte : en deux ans, les coefficients qui mesurent la capacité de l'argent injecté à se diffuser dans l'économie ont baissé en France », explique Herbert Castéran. Autrement dit, une part plus importante de l'argent injecté est épargnée plutôt que réinjectée dans l'économie. Créer un emploi exige aussi davantage de croissance qu'auparavant, selon l'Insee. Deux lectures sont possibles : un gain de productivité, ou une prudence accrue des ménages et des entreprises, qui épargnent plutôt que de réinjecter leurs revenus. Interrogé sur le rôle de la fiscalité, l'universitaire évoque la loi de Laffer, avant de tempérer : « C'est une corrélation. Ce n'est pas une causalité. L'économiste que je suis prend toutes les précautions sur ce point. »
Un apport commercial divisé par plus de deux
La contribution à la balance commerciale appelle la même prudence. Selon la mesure classique, les exportations du groupe depuis la France, 9,75 milliards d'euros, dépassent de 5,42 milliards d'euros ses achats à l'étranger et ses dépenses de carburant hors de France. Une métrique « un peu insuffisante », aux yeux d'Herbert Castéran, car elle ne tient pas compte de l'ensemble de l'écosystème. Les fournisseurs français du groupe importent eux-mêmes pour 2,34 milliards d'euros. Le chassé-croisé touristique retranche en outre près d'un milliard d'euros au solde, les Français transportés à l'étranger y dépensant davantage que les étrangers amenés en France. En cause, « la difficulté que nous avons en France à transformer un séjour touristique en espèces sonnantes et trébuchantes ». « Je ne dirais pas que c'est une malédiction nationale, mais cela ne dépend pas d'Air France-KLM », ajoute Herbert Castéran. Une fois ces deux effets pris en compte, le solde élargi ressort à 2,1 milliards d'euros, selon une méthode employée par l'Union européenne depuis 2021.
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