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Droit de la concurrence / Reed Smith / Natasha Tardif

Droit de la concurrence
Reed Smith / Natasha Tardif

exclusif Natasha Tardif, l’énergie d’une cause / Une voix française qui pèse dans la stratégie mondiale de Reed Smith

EXCLUSIF. Managing partner du bureau parisien de Reed Smith, Natasha Tardif mène de front une carrière exigeante à l’international, sa vie personnelle et un engagement sans faille pour la justice, le mérite et l’égalité. Spécialiste du droit de la concurrence, cette avocate infatigable ne cesse de passer le message - à ses clients comme à sa communauté - qu’il ne faut jamais cesser d’y croire. Portrait d’une femme de conviction au cœur combatif.
Natasha Tardif (©Reed Smith)
Natasha Tardif (©Reed Smith)

Un agenda de ministre et cela lui convient très bien. Natasha Tardif, managing partner du cabinet d’avocats d’affaires Reed Smith, a la chance d’avoir beaucoup d’énergie et de dormir assez peu. Il faut, de fait, une certaine capacité de résistance et un grand enthousiasme – ce qu’elle possède – pour assurer un quotidien aussi dense, partagé - sans concession - entre sa passion pour son métier d’avocate spécialisée en droit de la concurrence et en droit européen, ses fonctions de management au sein du bureau de Paris mais aussi de la firme , un grand nombre d’engagements personnels qui lui tiennent à cœur et sa famille. "J’enseigne en France, aux Etats-Unis, en Angleterre, aux Emirats Arabes Unis, la plupart du temps sur place ou parfois en visio. Je suis aussi très engagée dans les valeurs de transmission et de mentorat, à travers plusieurs associations, comme ‘Lire pour en sortir’, accompagnant les détenus à travers la lecture et l’écriture, ou 'Vox Populi’, en soutien à la jeunesse issue de familles modestes. Le cabinet s’investit également dans des actions pro bono auxquelles je prends une part active, et notamment le projet ‘Réunir’, en soutien aux familles afghanes à la suite du retour des talibans dans le pays qui s’est au fil du temps élargi au soutien aux familles dans des zones en difficulté et qui cherchent à se réfugier ailleurs. Je considère qu’on doit toujours trouver une façon d’aider ", détaille-t-elle à WanSquare, avouant "qu’il faut arriver à jongler mais c’est un exercice qui m’est assez naturel, je reste en permanence connectée".


Un (grand) côté justicière

 

Des centres d’intérêt bien variés qui reflètent bien le caractère indépendant de Natasha Tardif. "Je ne me vois pas comme une avocate en telle ou telle matière. Je me vois avant tout comme une avocate et une citoyenne dans la société. Si vous voulez mesurer le niveau de démocratie d’un pays, regardez la place des journalistes, des avocats, des femmes", nous confie-t-elle.

Il faut dire aussi que pour son entourage, il semblait évident que Natasha Tardif deviendrait un jour avocate, tant elle a toujours été animée par un souci de justice et d’équité. Toute jeune, à l’école, elle défendait ses camarades – et pas forcément des amis – lorsque ces derniers étaient accusés à tort ou malmenés. Et cela, bien souvent au détriment de son intégration dans un nouvel environnement, et une nouvelle ville du fait des voyages réguliers de sa famille.

Natasha Tardif a en effet vécu à travers le monde. Anglaise de naissance, elle a connu ensuite les Etats-Unis, les Emirats, la Belgique et la France. "En arrivant quelque part, j’étais souvent ‘l’outsider’, je ne connaissais pas les codes. Je devais apprendre une nouvelle culture, une nouvelle langue. Malgré tout, j’avais toujours ce souhait que les choses se passent de manière juste, de défendre une cause. Cela ne m’a pas nécessairement amenée à me faire beaucoup d’amis au début mais cela a toujours été mon moteur", reconnaît-elle.

 

Polyglotte en droit de la concurrence

 

Natasha Tardif a aussi la chance d’être, selon ses dires, "très bien entourée ". D’abord ses clients qui lui rendent bien sa détermination sans faille dans les dossiers. "Je n’ai jamais de fin à une stratégie. Je ne m’arrête jamais tant que l’on n’est pas arrivé là où je considère que mes clients doivent arriver. Il faut savoir dépasser le cap de l’usure et ce que l’on donne, on le reçoit d’une façon décuplée. C’est aussi ce qui fait que l’on tisse des liens dans le temps. Cela fait 20 ans que j’accompagne la plupart de mes clients ", indique-t-elle.

Des clients majoritairement internationaux, essentiellement basés aux Etats-Unis, mais aussi en Angleterre et en Allemagne. "Je crois que mon profil international et multiculturel - ayant travaillé à New York, Londres et Paris - me permet d’embarquer mes clients sur des problématiques complexes qui peuvent leur paraître très étrangères, comme peuvent l’être le droit de la concurrence et le droit européen. Il est important de savoir-faire de la traduction culturelle d’autant que le droit de la concurrence est une matière certes passionnante mais régit par très peu de textes contraignants. Tout est dans le raisonnement et la construction jurisprudentielle. Il s’agit d’une matière à la croisée du droit public, du droit privé, de l’économie, du politique. On parle d’ailleurs de politique de concurrence ", souligne-t-elle. Une pratique créative qui impose aussi de savoir couvrir le conseil comme le contentieux. "Le droit de la concurrence recouvre ces deux aspects à travers ses trois grands domaines : le contrôle des concentrations, le droit des pratiques anticoncurrentielles, et le droit des aides d’Etat. Ce qui nous amène à développer des qualités de gestion de projets d’enquêtes internationales, et à intervenir, par conséquent, également sur des enquêtes qui ne traitent pas purement du sujet concurrence, comme les questions de liberté de circulation, de réglementaire, etc ", précise-t-elle.

 

Le champ des possibles

 

C’est d’ailleurs cet aspect pluridisciplinaire qui plaît à Natasha Tardif et qui l’a convaincue de devenir avocate. "Un jour, le frère d’une amie nous a parlé de son parcours, un parcours très international, comme moi. Il était argentin et avait vécu dans différents pays. Il m’a appris que je pouvais faire des études de droit international. Cela m’a tout de suite conquis, c’était le Graal", relate-t-elle.

En 2005, elle s’inscrira au barreau de Paris et débutera sa carrière dans des cabinets d’avocats internationaux, chez Jones Day, puis chez le sino-australien King & Wood Mallesons. "Le deuxième cabinet a eu un destin tragique en Europe car notre bureau-mère de Londres a fait faillite. Il fallait donc retrouver rapidement un autre cabinet", explique-t-elle. Une période stressante mais excitante : "Je venais d’avoir mon deuxième enfant et de passer associée. Nous avions par ailleurs beaucoup de (très beaux) dossiers à traiter. Finalement, cette faillite s’est révélée être une chance. Plusieurs options s’offraient à nous : soit devenir l’antenne parisienne d’un autre cabinet, soit être recrutés en tant que département à travers les pays, soit être recrutée seule, en tant qu’associée, soit être recrutée avec mon équipe. Nous avons privilégié le projet qui croyait en une équipe, où l’on pouvait créer une pratique qui n’existait pas jusqu’alors, et un cabinet avec une assise forte aux États-Unis au regard de l’activité de nos clients ", poursuit-elle.

 

20 ans en novembre

 

C’est ainsi que Natasha Tardif, accompagnée de son équipe, signera son arrivée chez Reed Smith en janvier 2017. "Notre rencontre avec la managing partner Europe et Moyen Orient de l’époque, Tamara Box, fut une évidence. Elle nous a décrit l’ADN du cabinet, à savoir le dynamisme, l’excellence dans la connaissance des secteurs de nos clients, l’envie d’avancer, la possibilité de créer sa place, un bureau très entrepreneurial avec la puissance d’un cabinet international. La liberté mais où il faut savoir générer de l’activité ", nous raconte-t-elle.

Pour mémoire, Reed Smith, cabinet américain fondé à Pittsburgh (en Pennsylvanie aux États-Unis, siège rare pour un cabinet d’avocats d’affaires international) compte 33 bureaux dans le monde dont 6 en Europe, en comptant Londres, et un à Athènes (héritage du cabinet à la suite de la fusion avec Richards Butler très spécialisé dans le shipping) et 1 600 avocats dont plus de 700 associés.

À noter en outre que chaque bureau est full service. Le bureau de Paris ne fêtera d’ailleurs "que" ses 20 ans le 5 novembre prochain. "Dix ans après son ouverture par Benoît Charot, un avocat de renom et un homme au grand charisme, la gouvernance du cabinet a évolué pour refléter de nouvelles arrivées, le cabinet ayant doublé de taille. Il a été décidé de constituer un comité de cinq associés, représentatif de l’ensemble des tendances ", nous explique-t-elle.

 

La première associée du bureau de Paris au board mondial

 

Finalement un an après, en 2018, il lui sera confié le rôle de co-managing partner du cabinet avec deux autres associés. " Je ne m’attendais pas du tout à prendre ce type de responsabilités, j’étais encore une jeune associée, je venais d’intégrer le cabinet ", reconnaît Natasha Tardif. C’était sans compter sur le managing partner monde qui lui enverra deux ans plus tard un texto alors qu’elle est en vacances avec sa famille. "Il me dit : appelle-moi quand tu as cinq minutes. Rien d’urgent. C’était pour me proposer un siège au board mondial du cabinet, une place venant de se libérer et mon nom ayant été relevé à l’unanimité des membres du board J’ai évidemment accepté cet honneur ", confie-t-elle. Natasha Tardif sera d’ailleurs la première associée de l’histoire du bureau de Paris à se voir confier cette tâche.

Peu de temps après, elle prendra seule la tête du bureau de Paris. "J’ai toujours continué malgré tout à être avocate. Je n’ai jamais levé le pied sur mon activité même si ces différentes fonctions managériales impliquent beaucoup de disponibilités pour décider de la stratégie du cabinet, de son développement en termes d’activités, de la rémunération des associés, des recrutements, etc. ", insiste celle qui a été distinguée comme étant une “Heroe Role Model” par INvolve pour 2025 et reçu le prix ‘Outstanding Woman Lawyer Award’de l’IBA (International Bar Association) en 2024, récompensant chaque année une avocate dans le monde pour l’excellence dans son domaine d’expertise, le leadership ainsi que la promotion et le soutien des femmes dans les professions juridiques.

Des responsabilités qui lui ont permis de considérablement développer son réseau en interne et de faire ce qu’elle aime, à savoir être au service des autres. "Je passe mon temps à connecter les avocats entre les différents bureaux. Cela a sans doute contribué à renforcer l’image du bureau de Paris. Or, c’est toujours un enjeu pour un bureau européen d’être identifié dans une grande structure internationale ", rappelle-t-elle.

 

Un cabinet pionnier contre le sexisme

 

Une vraie fierté et une responsabilité assumée pour l’avocate issue d’une lignée de femmes fortes, telles que sa mère ou sa grand-mère, qu’elle évoque. "La place des femmes dans la société n’est jamais acquise. C’est l’une des premières choses qui sera remise en cause si les choses tournent mal. Y compris dans des sociétés ouvertes, tolérantes, qui tendent à l’égalité. Il faut en permanence rester vigilante et notamment envers la jeune génération. L’éducation joue un rôle fondamental ", affirme Natasha Tardif.

C’est par cette approche qu’elle a tenu à ce que le cabinet – et le premier au niveau national – à signer la charte "Stop sexisme" de l’AFMD (Association française des Managers de la Diversité), l’amenant à prendre certains engagements, comme la formation des équipes sur la question du sexisme ordinaire. "Un autre programme de promotion des femmes me tient particulièrement à cœur. Il s’agit de notre réseau WINRS, doté d’un budget et d’un vrai pouvoir au sein du cabinet et qui agit au quotidien pour la promotion des femmes en leur permettant d’être recrutées, de faire carrière et d’être épanouies. Chaque année, nous allons chercher des femmes en leur disant 'toi tu es éligible à une promotion, prends-la on va te soutenir. Une vraie action concrète au quotidien ", revendique-t-elle.

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