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Eurazeo plaide pour l’Europe et s’engage à créer cinq champions / Manifeste pour une épargne tournée vers la croissance

Le capital est là, les réformes sont connues, mais l’Europe peine encore à transformer l’essai. C’est ce constat qu’Eurazeo met en avant dans son White Paper « Investir en Europe : exploiter des leviers méconnus ». Le gestionnaire appelle à mieux orienter l’épargne et à faire grandir des acteurs capables de s’imposer à l’international, convaincu que l’Union dispose des moyens de son avenir si elle surmonte ses blocages politiques. Il en fait aussi une responsabilité propre : celle de porter cinq champions européens à l’horizon 2028.  
Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, les co-dirigeants d'Eurazeo - ©Delporte
Christophe Bavière et William Kadouch-Chassaing, les co-dirigeants d'Eurazeo - ©Delporte

"Il y a quelque chose qui bouge." Pour William Kadouch-Chassaing, directeur général adjoint d’Eurazeo en charge des finances et de la stratégie, le moment est propice : un éventail de réformes désormais sur la table, des investisseurs internationaux "qui regardent l’Europe de manière intéressée", et des dynamiques sectorielles tangibles dans la tech, la santé, la transition environnementale ou la sécurité. Le gestionnaire d’actifs sur les marchés privés a publié mardi un White Paper intitulé "Investir en Europe : exploiter des leviers méconnus", qui entend en faire la synthèse : diagnostic lucide, plan d’action financier et cap assumé sur le mid-market.

L’objectif affiché est de reconnecter l’épargne européenne à la croissance réelle. "De notre fenêtre, la priorité des priorités, c’est l’orientation de l’épargne vers les fonds propres", souligne William Kadouch-Chassaing. Non pour relâcher toute prudence, mais pour mieux organiser la prise de risque : à travers des produits plus accessibles (LTIF 2 plutôt que LTIF 1), une supervision robuste et, surtout, un effort de pédagogie auprès des particuliers comme des intermédiaires. Le dirigeant insiste aussi sur la nécessité d’un cadre harmonisé "de type 28e régime", c’est-à-dire un dispositif européen commun venant s’ajouter aux législations nationales existantes, afin de créer un véritable passeport pour l’épargne à long terme. Tant que la culture financière restera marquée par l’aversion au risque et la fiscalité inadaptée, l’Europe continuera de sous-financer ses entreprises de croissance.

 

Vers une union de l’épargne, entre volontarisme et blocages

 

Ce volontarisme s’inscrit dans un contexte largement balisé par les rapports Draghi et Letta, et repris par la Commission européenne. Mais l’écueil demeure politique : "Les blocages ne sont pas européens, ils sont globalement nationaux ; sur chaque grande réforme, il y a au moins un État qui bloque", insiste-t-il. D’où l’accent mis par Eurazeo sur une "union de l’épargne et de l’investissement" qui dépasse les slogans, avec un label réellement incitatif, une harmonisation fiscale crédible et une révision ciblée des contraintes prudentielles pour libérer du capital patient.

Sur le terrain, le gestionnaire revendique un rôle d’architecte du passage d’échelle. "Nous voulons accompagner l’émergence de champions mondiaux, capables de s’imposer dans leurs verticales.", explique William Kadouch-Chassaing. L’engagement est explicite : faire émerger d’ici 2028 cinq champions européens dans des secteurs jugés décisifs pour la souveraineté de l’Union. Par champion, comprendre : des acteurs bien positionnés dans leur marché, dotés d’une envergure internationale et capables de consolider leur verticale.

Eurazeo a forgé pour l’occasion le concept de MINi GEMS (Major Innovative Next-Generation Growth European Markets). Ces marchés à fort potentiel couvrent la transition environnementale, avec des sociétés comme Electra dans la recharge rapide ou Bioline dans le biocontrôle ; les technologies et services numériques, où l’Europe ne rattrapera sans doute pas son retard dans les infrastructures mais dispose d’atouts reconnus dans l’intelligence artificielle applicative, illustrés par Mistral AI, Dataiku ou Malt ; les services financiers et l’assurance, où émergent de nouveaux modèles tels que Descartes Underwriting dans l’assurance paramétrique ou Eres dans la retraite d’entreprise ; la santé et la biotech, soutenues par des hubs dynamiques en Île-de-France, à Cambridge ou en Scandinavie, avec des acteurs comme Amolyt, Germitec ou Doctolib ; et les activités de souveraineté et de sécurité, qui vont de la cybersécurité à l’intelligence artificielle de défense, avec des sociétés telles qu’I-Tracing ou Comand AI.

 

Le défi du passage d’échelle, l’angle mort de l’Europe

 

Le constat est particulièrement aigu dans la technologie. "Plus une entreprise grossit et augmente ses besoins de financement, plus la part d’acteurs européens capables de suivre s’amenuise", observe William Kadouch-Chassaing. Et de rappeler : "Les Européens financent la dette, tandis que les Américains captent les fonds propres", non pas par pure volonté de prédation, mais parce que leur industrie du private equity représente une part du PIB bien plus élevée. La réponse passe, selon lui, par un meilleur drainage de l’épargne, par la consolidation de l’industrie de la gestion et par une évolution des doctrines concurrentielles pour permettre l’émergence d’acteurs de taille critique.

Toutes les entreprises mentionnées n’atteindront pas le statut de champion, reconnaît William Kadouch-Chassaing. Mais c’est précisément le rôle des équipes d’Eurazeo que d’accompagner ce passage, en mobilisant les leviers déjà bien connus du changement d’échelle : internationalisation, croissance externe et structuration financière.

L’Europe a décroché en productivité et dans le financement des briques d’infrastructure de l’intelligence artificielle, et sa fragmentation reste un handicap. Mais elle dispose d’institutions stables, d’un vivier scientifique dense, d’un tissu mid-market sans équivalent et d’un "bassin d’épargne mal alloué mais très profond". Pour William Kadouch-Chassaing, "l’Europe a les moyens de son avenir… mais les choses se passent très vite ; c’est maintenant qu’il faut prendre des décisions de réforme".

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