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Obligations sociales : la vertu mal récompensée / Pourquoi les investisseurs boudent encore la dimension sociale de la finance durable

Alors que les critères ESG sont devenus incontournables dans l’univers de la finance, la dimension sociale peine toujours à convaincre les investisseurs. Contrairement aux obligations vertes, celles sociales - et malgré leur utilité évidente - ne bénéficient d’aucune prime sur les marchés, selon une étude récente publiée dans Bankers, Markets & Investors, et reprise dans la dernière lettre Vernimmen, soulevant ainsi des questions sur la place réelle du « S » dans la finance durable.
Ecole- classe (Photo by Frederic Petry / Hans Lucas via AFP)
Ecole- classe (Photo by Frederic Petry / Hans Lucas via AFP)

Cela fait maintenant plusieurs années que les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) se sont imposés comme un cadre incontournable dans le monde de la finance responsable. Si la gouvernance a toujours été une composante centrale de la finance, et que les enjeux environnementaux sont devenus majeurs avec l’urgence climatique, la dimension sociale reste à la traîne. Moins mesurable, plus politique, le "S" de l’ESG peine à convaincre les investisseurs… du moins, en termes de rendement.

C’est ce que révèle un article publié dans Bankers, Markets & Investors, signé Diana Pop, Caroline Marie-Jeanne et Régis Dumoulin, et présenté dans la dernière édition de Vernimmen, et qui se penche sur l’existence d’une prime sociale (valeur que les investisseurs attribueraient à la vertu sociale des investissements, ou à la performance financière qu’ils seraient prêts à sacrifier pour obtenir de la performance sociale), à l’instar de la prime carbone.

Premier constat, si le marché des obligations dites sociales (servant au financement d’infrastructures et de logements accessibles aux foyers défavorisés, au développement de systèmes d’accès à l’éducation et la santé, à la sécurité alimentaire, etc) est resté relativement discret jusqu’en 2020, c’est l’émergence de la crise sanitaire liée au Covid-19 qui a provoqué un tournant majeur. Cette année-là concentre à elle seule 49 des émissions sur les 83 retenues depuis 2015. Et bien que marginales en nombre (moins de 0,1 % des émissions obligataires), ces obligations ont représenté 1,6 % du volume global, avec une taille moyenne de 1,5 milliard de dollars.

Néanmoins, aucune prime sociale n’est observée, ni au moment de l’émission (marché primaire), ni sur le marché secondaire. Autrement dit, il semblerait que les investisseurs ne soient pas prêts à renoncer à du rendement pour des obligations sociales, contrairement à ce que l’on observe avec les obligations vertes. "Le seul effet financièrement notable est l’existence d’un différentiel de rendement (de l’ordre de 6 à 7 points de base) entre les obligations classiques plus anciennes ("off-the-run") d’un émetteur et ses obligations sociales présentant la même maturité résiduelle. Cette légère prime constitue davantage une prime de liquidité qu’une prime sociale : les investisseurs vendent des anciennes obligations classiques et achètent ces nouvelles obligations sociales, plus liquides", notent les auteurs.

Pourquoi, dans ce cas, continuer à en émettre ? "Selon la théorie du nouvel institutionnalisme, les organisations agissent sous des pressions sociales, mimétiques et normatives, et cherchent à gagner en légitimité auprès de leurs parties prenantes. Même sans intérêt financier à recourir aux obligations sociales, leur émission renforce la crédibilité de l’organisation en ce domaine et valorise leur image. Aussi, avec le développement de ce marché et des systèmes de notation associés, cela peut préparer l’accès à de nouvelles sources de financement", estiment les auteurs.

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