Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d'été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Christelle de Robillard, directrice adjointe en charge des finances, de la stratégie, et du développement du groupe ADP
Entre service public et gestion d’entreprises, Christelle de Robillard ne voulait pas choisir. Elle avait "le syndrome du bon élève", à qui l’on conseille d’aller en classe préparatoire. Après deux années de dur labeur, elle intègre l’ESSEC, où elle trouve une première réponse à ses interrogations grâce à la chaire d’économie urbaine de l’école, qui met au centre du jeu l’articulation entre le secteur public et le secteur privé, au travers des problématiques d’aménagement du territoire et des liens avec les collectivités territoriales : "Mon goût pour l’intérêt général est vraiment né à ce moment-là (…) Il y avait la petite lumière au fond de moi qui me disait que cela avait du sens de travailler pour l’action publique. (…) Allier les problématiques publiques et privées, c’est ce qui constitue la colonne vertébrale de tout mon parcours.", confie-t-elle dans un entretien accordé à WanSquare.
L’État à tout prix
Elle découvre le service public à la fin de ses études, à la direction du Budget, une expérience qui conforte son choix : "Mon stage au sein de la direction du Budget m’a fait découvrir une administration centrale qui constitue un petit état-major au sein de l’État (…) Il y avait une très bonne dynamique, avec beaucoup de jeunes sortis d’écoles." Si le statut de contractuelle ne lui déplaît pas, elle ne veut pas s’en contenter et se met à préparer les concours de la haute fonction publique, espérant entrer dans la tant admirée que décriée École nationale d’administration (ENA), devenue INSP. La spécialiste financière manque de peu l’admissibilité, à cause de l’épreuve de gestion d’entreprise. Ironique, au regard de la suite de son parcours.
Malgré cet échec, Christelle de Robillard reste déterminée à servir l’intérêt général et parvient à intégrer le ministère du Budget en tant qu’adjointe au chef du bureau des transports pendant près de deux ans, puis auprès de celui des médias pour une durée similaire. En tant qu’adjointe, son rôle est chaque fois de suivre le budget du ministère : "C’est le contrôle de gestion de l’État, à ceci près que je ne gérais, pour ma part, que la partie dépenses et non les recettes, conjugué à une mission de suivi de tous les établissements du secteur." Parfois même directement envoyée à Matignon pour défendre des positions lors de réunions interministérielles, la jeune femme apprend à grande vitesse. Elle fera même la rencontre d’un inspecteur des finances de l’époque, sollicité pour une mission, un certain Philippe Pascal, actuel président-directeur général du groupe ADP.
Cap sur les transports
Quand l’opportunité de rejoindre le groupe se présente , le projet coche pour elle toutes les cases : un pied dans le public, un pied dans le privé, et une entreprise au cœur des transports nationaux, un sujet sur lequel elle a désormais une certaine expertise : "Au bureau des transports, le portefeuille dont j'avais la charge comprenait notamment la Direction générale de l’Aviation civile, et le suivi des infrastructures aéroportuaires m’avait énormément plu (…) Appréhender la complexité de la régulation économique, tout en observant concrètement l’impact de l’action que l’on porte, je pense qu’il n’y a pas mieux."
La voilà plongée au cœur des aéroports de Paris, où elle prend en charge deux chantiers majeurs dont le premier concerne la refonte du modèle de gestion : "Les règles de gestion analytique sont réellement au cœur du modèle du Groupe ADP, et sont d'ailleurs challengées à la fois par nos usagers et par le régulateur (…) Il n’y a rien de mieux pour comprendre le fonctionnement opérationnel de l’entreprise et son modèle économique." Le second chantier porte sur le système des ressources humaines, qui va mener à une réorganisation dont elle va elle-même bénéficier, en accédant à un poste nouvellement créé de responsable du pilotage financier, un rôle polyvalent qui s’apparente à celui d’un couteau suisse au sein de la direction financière du groupe : "Cela m’a permis de m'approprier l'ensemble des processus financiers : le budget, le reporting, le business plan, le suivi des investissements, qui sont tous essentiels au pilotage et au bon développement de l'entreprise."
Convaincue par ses performances, elle est nommée à la tête de la direction financière de Paris-Orly, poste qu’elle va occuper pendant quatre ans. C’est notamment la crise du Covid qui va marquer son passage, avec des annonces successives de restrictions puis de confinement, perturbant le groupe : "Tout allait tellement vite que le plan d’économie que l'on faisait était, en l'espace de deux jours, déjà complètement obsolète (…) Il fallait à la fois travailler sans relâche pour essayer de s’en sortir à un moment où il n’y avait plus de trafic, et garder le lien avec les équipes qui pouvaient vivre difficilement la mise en activité partielle (…) C’était un moment très dur."
Passée cette tempête épidémique, elle retourne au cœur du groupe pour en devenir la directrice financière adjointe, où elle met à profit tout son panel de compétences financières acquis au cours de ses premières années au sein du groupe pour résoudre un large éventail de problématiques. Celles-ci englobent la régulation, mais aussi de nombreux sujets internationaux, avec des investissements dans des filiales en Inde et en Turquie, qui posent des défis autant financiers que culturels, puisque la jeune femme n’a plus pratiqué l’anglais depuis son échange universitaire.
Partir pour mieux revenir
Si tout va pour le mieux chez ADP, une chasseuse de têtes la contacte pour devenir directrice financière du groupe immobilier Icade, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CD&C). Une occasion en or et un challenge enthousiasmant qui poussent la jeune femme à quitter sa maison de toujours : "C’était l’opportunité de travailler dans un nouveau secteur, de rejoindre un comité exécutif et d’être encore plus aux manettes (…) Icade, une fois de plus, est aussi une société qui allie les problématiques d’intérêt général et celles d’une entreprise privée." Si elle apprend beaucoup et découvre un nouveau secteur ainsi que de nouvelles responsabilités en tant que membre du comité exécutif, l’aventure tourne court lorsque surviennent des changements de gouvernance à ADP. Philippe Pascal est nommé P.-D.G. du groupe, et souhaite faire revenir celle dont il a suivi toute l’évolution de carrière et en qui il a une grande confiance.
Christelle de Robillard réintègre donc ADP en tant que directrice générale adjointe, un an après l’avoir quitté, et est désormais membre du comex. De retour dans cette maison où elle a passé presque une décennie, elle a désormais la conviction d’avoir trouvé sa voie : "À court terme, je souhaite relever le nouveau challenge qui est devant moi, avec toute mon équipe, mais si j’ai une certitude, c’est qu’avec la finance, j’ai vraiment trouvé le domaine où je m’amuse, en ayant une vision à 360° sur l’ensemble des problématiques de l’entreprise (…) Je pourrais peut-être un jour vouloir poursuivre mes fonctions de CFO dans une entreprise encore un peu plus grosse."
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