WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Pauline Roux, Managing Partner chez Elaia

EXCLUSIF. De la recherche actions au capital-risque en passant par le M&A, Pauline Roux a vu le monde la finance sous toutes ses couleurs. Si la crise financière de 2008 aurait pu l’éloigner de cet univers au début de sa carrière, elle va réaliser une ascension express au sein du fonds de venture capital Elaia pour être aujourd’hui associée gérante d’une société qui compte dans l’écosystème de la tech française.
Pauline Roux - crédits : Géraldine Aresteanu
Pauline Roux - crédits : Géraldine Aresteanu

Elle voulait devenir secrétaire générale des Nations Unies. C’est ce que Pauline Roux déclare à sa conseillère d’orientation en terminale, bien loin alors d’imaginer un avenir dans la finance ou la tech. Elle ignore tous des classes préparatoires que sa conseillère lui recommande pourtant de rejoindre. Mais elle suit ce conseil. "J’en garde un super souvenir. On est sous pression. C’est transposable à une start-up", explique-t-elle à WanSquare. Dans cette classe préparatoire nantaise, où à peine plus d’un tiers des élèves intègrent le top 5 des écoles de commerce, elle décroche finalement une place à l’école de management de Lyon (EM Lyon). Sa promotion baignera dans l’esprit entrepreneurial, aux côtés de figures comme Matthieu Lesne (cofondateur du Petit Ballon) ou encore Alice Zagury (cofondatrice de l’incubateur The Family).


Elle se tourne vers la majeure finance, moins par vocation que par goût pour la rigueur intellectuelle. Son parcours débute réellement chez Kepler Cheuvreux, où elle effectue son stage de fin d’études au sein du département "recherche actions" : l’analyse des sociétés cotées. C’est là qu’elle croise pour la première fois le chemin de la tech. "La tech de l’époque, ce n’est pas celle d’aujourd’hui, raconte-t-elle. C’était surtout le jeu vidéo […] Je suivais des entreprises comme Ubisoft, Gameloft, ainsi que des agences de publicité en ligne."

 

Crise et changement

 

L’année 2008 et la crise financière vont cependant bouleverser son début de carrière : "J’ai vu la panique dans la salle de marché. Je savais que ça n’allait pas aller, mais je ne me disais pas que je n’aurais plus de job." Car oui, comme beaucoup de juniors à ce moment-là, Pauline Roux ne voit pas son stage se convertir en CDI comme l’entreprise le lui avait promis auparavant. Cependant, elle est convaincue qu’elle veut continuer sur la voie de la finance et de l’equity research, en particulier pour son côté technique : "On fait de la valorisation avec plusieurs méthodes différentes, et en même temps vous avez accès à plusieurs équipes, aux dirigeants, des équipes de test […] On fait ensuite une recommandation d’achat ou de vente, avec ensuite des papiers qui sont publiés […] C’est un travail très complet et très exigeant à bien des égards."

Elle entame alors une recherche intensive, envoyant plus de 150 candidatures, et rejoint finalement Genesta, une société spécialisée dans la recherche sponsorisée : "Les PME sont peu suivies par les grandes banques, faute d’un marché suffisant. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’intérêt à produire de l’analyse au-delà du reporting financier classique." Dans ce modèle, les entreprises financent elles-mêmes leur couverture financière. Ce format plus entrepreneurial la convainc : Genesta est en pleine croissance et lui permet de traverser cette période difficile.

Trois ans passent et elle est contactée par la banque d’investissement Bryan Garnier, à un moment où le marché des introductions en Bourse tech commence à reprendre sur Euronext, même si elle quitte rapidement l’equity research pour rejoindre les équipes de M & A. Elle travaille sur plus d’une douzaine d’opérations, entre 2011 et 2014, tout en découvrant progressivement l’écosystème du capital-investissement, du Venture Capital au Private Equity. C’est à cette époque qu’elle croise la route d’Elaia, un fonds de venture capital (VC) spécialisé dans la tech, qui ne comptait que 4 personnes à l’époque.

 

De l’autre côté de la barrière

 

Un poste d’investisseur est alors ouvert chez Elaia, qui vient alors d’introduire en bourse Criteo, le géant français de la publicité digitale, sur le Nasdaq. Pauline Roux rejoint l’équipe : "c’était une sorte de pari, je n’avais pas d’expérience concrète du métier, même si j’avais quand même 6 ans de carrière en finance derrière moi". À peine fait-elle ses premiers pas dans le monde de l’investissement, elle participe à la sortie de Criteo, en vendant les 11 % de titres restants sur le marché, et gère dans le même temps la liquidation judiciaire d’une société en difficulté. Deux réalités opposées du capital-risque, auxquelles elle se confronte dès les premiers mois : "Beaucoup de sociétés dans le venture partent, à la casse, cela fait partie du modèle. Il faut donc savoir gérer. C’était très formateur."

Deux ans après être arrivée chez Elaia, elle voit propulsée associée. L’aventure prend de l’ampleur : les effectifs grossissent, et une division entièrement consacrée à la Deep tech voit le jour. L’équipe compte aujourd’hui plus de 40 personnes, tandis que la jeune femme demeure toujours plus passionnée et stimulée par le monde du VC : "C’est l’un des métiers les plus intéressants du monde […] Il y a en même temps un côté macro et un côté stratégique, car la difficulté du venture c’est de prévoir ce que va être un standard technologique dans 10 ans […] Il y a une vraie réflexion clé sur ce que vont devenir les économies et les sociétés."

De plus, si elle accompagne nombre d’entrepreneurs à succès dans les start-up où Elaia investit, elle refuse de s’attribuer les mérites comme peuvent le faire certains investisseurs : "Il faut avoir de l’humilité. Certains VC amènent juste de l’argent d’autres de la valeur ajoutée […] Moi j’essaye d’avoir de l’impact et d’apporter de la valeur et de la structuration, sans être dans le contrôle. […] C’est une Formule 1 où l’on est sur le siège passager." Malgré sa position actuelle d’associée gérante, l’investisseuse ne perd pas pied avec le terrain et continue à "sourcer" des deals elle-même. Fidèle au fonds, elle se projette sans détour : "Dans 10 ans, je serais toujours chez Elaia. Le partenariat avec Lazard est une grande étape." En avril 2024, le VC et Lazard Frères Gestion se sont associés pour créer une nouvelle société de gestion d’actifs, dénommée Lazard Elaia Capital, visant à dénicher les futurs leaders technologiques.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article