WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Mélanie Mégraud, directrice du planning et de la transformation des solutions professionnelles en EMEA et Asie, chez EssilorLuxottica

EXCLUSIF. L’arrivée de cette dirigeante imprégnée de l’importance du collectif et du sens de l’exécution, chez le géant de l’optique, lui a permis de s’installer à des fonctions combinant ses intérêts de premier plan. Parmi eux ? L’industrie française ou le travail de terrain, entre autres. Des sujets de prédilection dont le goût s’est renforcé au fil d’une carrière déjà jalonnée d’étapes et de réalisations structurantes, comme sa participation à la construction de la réforme ferroviaire de 2018, son passage au Comité interministériel de restructuration industrielle lors de la première vague de la pandémie du Covid-19, ou encore la gestion de diverses crises en ministère, lorsqu’elle était directrice de cabinet d’Agnès Pannier-Runacher.
Mélanie Mégraud, DR
Mélanie Mégraud, DR

Un parcours éclectique, doté d’un fil rouge lisible, construit palier après palier. Installée depuis plus d’une année chez EssilorLuxottica, où elle occupe les fonctions de directrice du planning et de la transformation des solutions professionnelles en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique (EMEA) et en Asie, Mélanie Mégraud a trouvé chez le géant de l’optique la somme de ce à quoi ses précédentes expériences professionnelles l’avaient préparée. Soit l’équilibre entre l’industrie, l’innovation, un environnement international, la réalité de terrain et les marges de manœuvre nécessaires à la conduite d’actions tangibles. Si cet attrait pour l’industrie française s’est révélé au fil des étapes de sa carrière, cette ambition d’impact l’a néanmoins motivée de tout temps.

Attirée par la politique et par l’envie de faire bouger les lignes, c’est d’ailleurs ce qui l’a poussée à se spécialiser, dès le début de son cursus à Sciences Po Paris, sur les sujets environnementaux. "C’était à la fois un choix de conviction, du fait de l’importance de la décarbonation, mais aussi car je savais qu’il me permettrait d’avoir un impact avéré dans différentes sphères, qu’elles soient économiques, publiques ou associatives", explique-t-elle à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Une envie de concret qui se caractérisera aussi par sa hâte d’intégrer la vie active, notamment en choisissant de réaliser un stage – plutôt qu’un échange – auprès d’un sénateur américain spécialiste des thématiques environnementales et de transports durant ses années d’études. "J’ai consacré davantage de temps à travailler dans la circonscription, près des administrés, plutôt qu’au Capitole. C’était une première expérience utile pour appréhender la manière dont la politique se traduit dans l’action et la vie des gens", remarque cette franco-américaine, qui complétera son cursus de science-piste par un diplôme d’ingénierie à l’Ecole des Mines.

Entre-temps, Mélanie Mégraud avait également déjà fait ses premiers pas dans l’univers de la politique française, en réalisant un stage auprès du conseiller en développement durable de Nicolas Sarkozy, alors président de la République. Une expérience prolifique : fraîchement doublement diplômée, elle fut contactée de nouveau par l’Élysée pour s’installer à un poste de chargée de mission auprès de ce même conseiller, durant la dernière année du quinquennat du président. "C’est un début de vie professionnelle assez étonnant", concède-t-elle. Un poste d’observation de premier rang en matière de construction des politiques publiques, doublé de l’opportunité d’être en contact avec les plus grands leaders internationaux. Elle comprendra aussi grâce à cette expérience, qu’il était utile pour les dirigeants, en politique comme ailleurs, d’avoir une expérience variée à leur actif. Ce qui passe entre autres par la vie de terrain.

 

Une experte du ferroviaire, de l’entreprise à ses réformes

 

Hésitant alors à passer le concours de l’ENA, Mélanie Mégraud choisira finalement de s’orienter vers un premier passage en entreprise, au sein du groupe SNCF. Et plus particulièrement du côté de son activité Geodis - ayant toujours été ouverte à la concurrence et donc gérée comme telle – afin de travailler sur ses projets de M & A. Un nouveau monde auquel son parcours ne la préparait pas forcément, remarque Mélanie Mégraud : "J’ai dû faire mes classes en finance d’entreprise. C’était un défi, puisqu’il fallait de nouveau prouver ma légitimité et apporter de la valeur rapidement". Au-delà de l’aspect financier, elle retiendra également l’importance de savoir jouer collectif. "On ne peut travailler qu’en équipe, la qualité des gens fait la réussite d’un projet ou d’une initiative parfois difficile à mettre en œuvre, comme une cession. Cela relève finalement de la volonté de chacun d’avoir un impact positif, tant dans la vie d’une entreprise que sur la société, lorsque l’on fait de la politique", souligne-t-elle.

Quatre années se sont désormais écoulées depuis l’arrivée de Mélanie Mégraud chez Geodis. Une fenêtre de tir opportune pour profiter d’une offre de mobilité interne, ou pour répondre à l’appel d’une proposition extérieure. D’autant que celle de la Direction générale (DG) du Trésor qui se présentera alors à elle semblait être taillée sur mesure : celle d’être l’une des chevilles ouvrières de la réforme ferroviaire qui sera votée en 2018, dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron. En septembre 2016, la DG Trésor avait ainsi choisi de faire appel à cette experte du secteur pour participer à sa construction. "C’était un chantier unique en termes de transformation, puisque le transport ferroviaire de passagers était l’un des rares secteurs qui n’était pas encore ouvert à la concurrence", rappelle-t-elle, observant désormais, avec recul, ce projet auquel elle a contribué se mettre en exercice.

 

Unité d’élite

 

Ces deux premières années passées à la DG Trésor lui permettront par la suite de rejoindre le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), unité qui avait déjà retenu son attention lors de son passage à l’Élysée. Une opportunité en or pour Mélanie Mégraud, attirée par la possibilité d’entrer dans le détail du dossier d’une entreprise, de négocier pour son compte tout en respectant l’équilibre de la défense des intérêts de l’État et de la poursuite des activités. La situation économique est alors plus que particulière, puisqu’elle y fera ses armes d’août 2018 à novembre 2020. En plein cœur, donc, de la première vague de la crise sanitaire. "Ce service d’aides aux entreprises a alors pris tout son sens. Nous avons été la cellule test des grands dispositifs publics qui étaient mis en place, comme le Prêt Garanti par l’État, lorsque les banques étaient encore frileuses", souligne Mélanie Mégraud.

Ce baptême de feu aura aussi été marqué par certains grands dossiers de restructuration dans le tourisme ou l’automobile, ou encore par le sauvetage d’un site de production de vaccins, grâce à la conduite de sa reprise. "J’ai toujours été intéressée par les entreprises industrielles, mais c’est cette expérience qui m’a véritablement permis d’entrer en contact étroit avec leurs dirigeants, leurs salariés et leurs représentants. Cela force l’humilité : les industriels ont une fierté pour leurs entreprises qui est tout à fait particulière. Mais nous avons toujours eu une relation constructive avec les différentes parties prenantes, réunis par la volonté de sauver l’outil industriel. Ce qui fait la force d’un pays est la valeur ajoutée qui y est produite, sa capacité à être leader dans des secteurs moteurs pour la croissance et à être doté de technologies de pointe. Le Covid-19 en a été la preuve par l’exemple", observe Mélanie Mégraud.

 

Les cabinets ministériels et le coeur de l’action

 

Et c’est de nouveau sa spécialisation, mais cette fois dans les restructurations d’entreprises, qui attirera par la suite l’œil du cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, à qui le ministère de l’Industrie venait d’être confié. Une politicienne énarque mais aussi passée par le secteur privé industriel, chez Faurecia, dont le parcours était évocateur pour Mélanie Mégraud. Tout comme l’engagement de terrain dont elle avait fait preuve auprès des entreprises lors de la crise sanitaire. D’autant que l’environnement des cabinets ministériels l’appelle : "En ministère, nous sommes dans la proposition immédiate et dans l’exécution des décisions. C’est probablement le positionnement, en politique, qui me convient le mieux", remarque-t-elle.

La Russie venait d’envahir l’Ukraine et les dossiers de gestion des ressources critiques battaient leur plein. Alors directrice de cabinet adjointe, la cadence ne ralentira pas davantage lorsqu’Agnès Pannier-Runacher sera nommée ministre de la Transition énergétique en mai 2022, à la suite de la réélection d’Emmanuel Macron, et que Mélanie Mégraud deviendra sa directrice de cabinet. Le tout en pleine crise énergétique. "La continuité entre les deux ministères me semblait évidente", remarque la dirigeante, qui se remémore plusieurs grands temps forts de son expérience de "dir' cab" : les projets de lois pour accélérer la production d’énergies renouvelables et les procédures pour le nouveau nucléaire, ou encore la victoire européenne, portée par la France, ayant permis d’obtenir un traitement équivalent entre les premières et l’énergie nucléaire. "Les temps de crise permettent au moins d’aller à l’essentiel et de rassembler les gens de bonne volonté pour avancer", remarque Mélanie Mégraud, qui se souvient aussi de l’attache portée à créer et à animer sa propre équipe - paritaire - de cabinet.

 

Combinaison adéquate

 

Mais après six années à opérer dans le secteur public, la jeune femme sent que l’envie de retourner dans la sphère privée grandit, animée par l’envie de se rapprocher de l’économie réelle, mais aussi de l’industrie. Déjà avancée dans plusieurs processus de recrutement, Mélanie Mégraud sera amenée à rencontrer Paul du Saillant, directeur général délégué d’EssilorLuxottica et Chrystel Barranger, la présidente des solutions professionnelles pour les régions EMEA et Asie du géant de l’optique. Une évidence, retrace Mélanie Mégraud, par ailleurs attachée à l’industrie de la santé du fait de ses racines familiales : "C’est un groupe à l’histoire unique, qui raconte la combinaison d’une coopérative de verriers à l’actionnariat salarié fort, devenu un géant, avec celle d’une entreprise familiale, fondée par Leonardo Del Vecchio, ayant suivi la même trajectoire. Nous nous embarquons désormais dans un chemin tout aussi passionnant et qui nous projette vers l’avenir, qu’il s’agisse du côté technologique, avec nos lunettes connectées, ou bien sur le front de la ‘med-tech’ : nos verres Stellest, par exemple, ne sont plus seulement correcteurs. Ce sont des traitements qui permettent de ralentir le développement de la myopie chez les enfants".

Au coeur de ses fonctions actuelles, la dirigeante chapeaute deux business units réalisant plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La tâche quotidienne est donc vaste. D’une part, la dirigeante travaille sur la construction d’un plan de croissance pour l’Asie et de pilotage de la performance de l’ensemble des catégories de produits du groupe vendues aux professionnels – ses verres, ses montures, ses instruments de santé et ses lunettes connectées –. D’un autre côté, en Europe, il s’agit de mener la réflexion sur les perspectives d’amélioration de l’organisation des ventes d’EssilorLuxottica aux opticiens, aux hôpitaux ou aux ophtalmologues, en fonction des spécificités régionales.

Une fonction qui permet à Mélanie Mégraud de travailler tant avec les équipes locales que globales et dont les retombées, en matière d’impact sur le business ou la stratégie, peuvent aussi se mesurer rapidement. Le tout au cœur d’un environnement international qui lui est cher. "Notre position de leader dans l’industrie de l’optique nous permet d’en repousser les frontières, avec les lunettes connectées qui deviennent une aide dans la vie quotidienne des gens, mais aussi des examens de santé poussés via l’œil, qui en font une véritable fenêtre sur la santé. Il est passionnant d’être au cœur de cette réflexion et de contribuer à la bonne orientation d’une stratégie soutenant cette croissance, tout en l’opérationnalisant au niveau des ventes", conclut Mélanie Mégraud.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article