Feuilleton de l'été / Turenne Santé / Paul Chamoulaud
Feuilleton de l'été
Turenne Santé / Paul Chamoulaud
Série d'été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Paul Chamoulaud, directeur associé au sein de l’équipe Santé de Turenne Capital
Il aurait pu suivre la voie familiale, celle des micros, des courts de tennis et du service public audiovisuel. Son grand-père travaillait pour Radio France à Limoges, son frère est journaliste culturel à France Télévisions, et son père, Lionel Chamoulaud, figure bien connue des téléspectateurs, a longtemps commenté le tennis sur le service public, jusqu’à devenir proche de Rafael Nadal. " Chamoulaud, c’est un nom souvent associé à mon père. Je viens d’une famille très ancrée dans le journalisme. "
Mais Paul Chamoulaud a pris un autre chemin. Y compris dans ses loisirs. " Au tennis, tout le monde voulait me battre juste pour pouvoir dire qu’ils avaient gagné contre le fils de... J’ai vite arrêté", raconte-t-il. Alors il s’est tourné vers les sports collectifs et le basket. " Difficile de faire autrement quand on approche les deux mètres et que l’on a une famille originaire de Limoges", sourit celui qui a grandi avec l’épopée du CSP, le club de basket mythique de la ville.
Aujourd’hui directeur associé au sein de Turenne Santé, il défend une approche structurée autour de trois piliers : l’expertise sectorielle, la présence en région et l’indépendance. " Des valeurs dans lesquelles je me retrouve profondément. ", confie-t-il à WanSquare.
Ni généraliste, ni banquier d’affaires
Longtemps, Paul Chamoulaud a cherché son chemin. "Honnêtement, avant l’université, je ne me souciais pas trop de mon avenir professionnel. J’étais passionné de musique ", raconte-t-il. Un temps, il envisage même de fonder une maison de production musicale. À Paris-Dauphine, il découvre la finance presque par accident. " Je voulais faire Sciences Po, mais comme j’étais bon en maths, on m’a encouragé à capitaliser là-dessus. "
C’est là qu’il croise la route du capital-investissement, séduit par la richesse d’un métier qui mobilise des compétences variées : finance, stratégie, marketing, relations humaines. Il sait aussi très vite ce qu’il ne veut pas : le monde de la banque d’affaires à Londres ou celui des grands fonds généralistes. Ce sont les PME françaises, "des structures à taille humaine", qui retiennent son attention.
Deux stages structurants vont conforter cette intuition. Le premier chez Idinvest, dans un fonds de fonds, lui permet d’observer de l’intérieur le tropisme généraliste des équipes parisiennes. Le second, plus inattendu, se déroule chez Stéphane Courbit. " Je voulais mêler mes passions – sport, médias, finance. " Il se retrouve dans les bureaux de Lov Group, entouré de maillots de l’OM floqués Betclic, de disques d’or, et des allées et venues de Nagui dans les couloirs. " C’était un environnement assez unique, et tout ce que j’y découvrais me parlait ", glisse-t-il, dans une formulation choisie. L’expérience, aussi formatrice que décalée, confirme son envie de se spécialiser. " Je me suis dit que je ne voulais pas être un généraliste parmi d’autres. Je voulais connaître un secteur. "
Un événement familial, marquant, fait naître le désir de s’engager dans la santé. Il sait qu’il ne sera jamais médecin, mais prend alors conscience qu’il peut, "à [son] niveau, contribuer à faire émerger des projets utiles ". C’est ainsi qu’il choisit un domaine "qui parle à tout le monde", selon ses mots, et s’impose rapidement comme une forme de vocation.
Les fondations de Turenne Santé
Chez Turenne, il arrive en 2011, à une époque où l’aventure tient davantage de la start-up que de la structure établie : une équipe minuscule, des moyens limités. Ce qui le séduit d’emblée, c’est la complémentarité "pleine de sens" du binôme fondateur, formé par Benoît Pastour, vétéran du capital-investissement, et Béatrice Denys, médecin de formation.
Il y découvre un terrain de jeu resserré mais stimulant, orienté vers les PME de santé. " C’était très entrepreneurial. On traitait de petits dossiers, dans un environnement extrêmement agile. " Un an plus tard, la disparition brutale de Béatrice Denys est un choc. Paul Chamoulaud et Benoît Pastour se retrouvent seuls à la manœuvre. En hommage, ils créent la Fondation Béatrice Denys, qui lance chaque année un appel à projets pour soutenir la création de start-ups issues de la recherche académique. Elle est financée à la fois par Turenne et par les contributions personnelles des associés.
Le tournant décisif survient en 2013 avec l’arrivée de Mounia Chahoui, docteure en biologie moléculaire et entrepreneuse chevronnée. " C’est à trois qu’on a vraiment déclenché ce qui est devenu Turenne Santé. " Le changement d’échelle réalisé en 12 ans est spectaculaire : de 20 à 500 millions d’euros sous gestion, au sein d’une maison mère qui pèse aujourd’hui 2 milliards. " J’avais 24 ou 25 ans à l’époque. On s’est très bien trouvés. "
Entre-temps, il fait un détour. Deux années passées au sein du family office Dzeta Conseil, auprès de Claude Darmon, ancien dirigeant d’Alstom. " Je voulais me confronter à une autre logique, celle d’un investisseur qui met son propre argent sur la table, dans une logique très industrielle. " Une expérience précieuse, qui confirme par contraste son attachement au modèle sectoriel, et lui donne, en revenant chez Turenne, la légitimité de ne plus être simplement "le petit jeune formé en interne".
Des dossiers variés, une ligne claire
Dans ses choix d’investissement, la diversité prime. Paul Chamoulaud a accompagné des centres dentaires comme Docali, des réseaux de prothèses tels que Minlay, ou encore des fabricants d’implants comme GlobalD. Mais il cite aussi des CRO – ces prestataires spécialisés dans la recherche clinique – à l’image de Banook ou d’Active Biomarker, la medtech Menix, ou encore des acteurs du service à la personne comme Bien à la Maison. Ce qui l’anime, au fond, c’est moins un sous-secteur qu’un parcours entrepreneurial. Il parle avec enthousiasme de Banook, une PME nancéienne spécialisée dans les essais cliniques, qu’il a accompagnée dans une acquisition en Allemagne. " On a même négocié à New York avec un groupe deux fois plus gros que nous ", se remémore-t-il en souriant.
Ce qui le marque surtout, c’est la qualité des dirigeants. " Un dirigeant de PME en France, aujourd’hui, c’est quelqu’un qui gère une complexité folle. Il prend des décisions structurantes, souvent seul. " Il admire leur capacité à affronter l’incertitude et à s’adapter à un environnement souvent pesant. " Quand l’un d’eux me dit qu’il a hypothéqué sa maison pour investir à nos côtés, c’est une sacrée responsabilité. "
Territoires, expertise et convictions
Il se défend d’avoir une "formation scientifique", mais revendique une forme de spécialisation acquise sur le terrain. " J’investis dans la santé depuis treize ans. Quand on voit passer 80 à 100 dossiers par an sur le même secteur, on finit par développer une vraie expertise. " Il se sent à sa place. Et si l’avenir de Turenne Santé passe par l’international - l’équipe a récemment accompagné des croissances externes en Allemagne et en Italie -, son cap reste inchangé. " Ce qui m’anime, c’est d’accompagner les PME françaises dans les territoires, de créer des ETI, de faire en sorte que les centres de décision ne soient pas tous à Paris. " Une attention à l’ancrage local qui n’est pas sans résonance personnelle pour ce " parisien de deuxième génération ", selon sa propre expression, dont la mère est bretonne et le père limougeaud.
Et puis il y a la santé, toujours, mais dans ce qu’elle a de plus tangible et humain. Il parle des cardiologues, des psychiatres, des pharmaciens, des cancérologues, des médecins en soins palliatifs qu’il a pu accompagner. " On travaille avec des gens qui, parfois, opèrent à cœur ouvert ", glisse-t-il sans emphase.
Hors du bureau, ce père de famille amateur de basket pratique désormais surtout la course à pied. Il évoque la résilience des champions, " l’humilité de Nadal ", comme sources d’inspiration. Il dit avoir besoin de défis, se dit frappé par la vitesse à laquelle l’intelligence artificielle, le diagnostic et d’autres révolutions technologiques vont bouleverser nos vies dans les cinq à dix prochaines années. Après plus de dix ans à investir dans la santé, il tient à garder une ligne claire, fidèle à un projet " cohérent et qui a du sens dans un secteur clé au niveau national ".
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