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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Basma Kharrat, vice-présidente de l’entrepreneuriat externe chez Saint-Gobain

EXCLUSIF. Cette ingénieure polytechnicienne, férue de travail de terrain et capable de jongler entre de multiples compétences, a toujours su avoir un coup d’avance et construire son parcours professionnel pour se préparer aux étapes suivantes. Animée par l’industrie et soucieuse de se confronter sans cesse à de nouveaux défis, elle apporte aujourd’hui ses capacités d’analyse stratégique et son sens de l’exécution et de l’opérationnel, construits dans le conseil et au fil de son parcours chez Saint-Gobain, à la tête de la structure d’innovation ouverte et de capital-risque du géant des matériaux de construction.
Basma Kharrat, crédits : Saint-Gobain
Basma Kharrat, crédits : Saint-Gobain

Du concret, de l’opérationnel, de l’exécution, du travail d’équipe et du business. S’il fallait résumer le parcours de Basma Kharrat, vice-présidente de l’entrepreneuriat externe chez Saint-Gobain, il serait sûrement utile de rappeler qu’il s’est articulé autour de ces différents piliers. Désormais et depuis deux années en charge de diriger Nova, la structure d’innovation ouverte et de capital-risque du géant des matériaux de construction, cette ingénieure se plaît à exercer des fonctions qui concentrent ce qui la motive au quotidien. "Le potentiel de croissance est quasi illimité et Nova est ouvert sur tous les métiers du groupe. Ce qui compte, finalement, est que nous puissions répondre aux objectifs de Saint-Gobain, en favorisant les collaborations aux retombées concrètes, et en investissant, de manière minoritaire, dans les start-ups de notre secteur, dans le but d’accélérer l’innovation et la croissance du groupe. Mon rôle au sein de cette structure associe deux types de compétences : une partie transverse, proche du conseil en stratégie et une autre de terrain, ancrée dans le business", explique-t-elle à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Deux casquettes que Basma Kharrat connaît plus que bien. Et qu’elle a eu l’occasion de porter au fil de sa carrière, débutée dans le cabinet BearingPoint.

 

De A à Z

 

"C’est un cabinet de conseil en management, avec une branche dédiée au conseil en stratégie, et non pas un cabinet spécialiste en stratégie. C’était un choix assumé : le grand avantage est que nous pouvions intervenir de la définition de la stratégie jusqu’à sa mise en œuvre. Cela nous permettait d’être pragmatiques. Nous ne nous arrêtions pas à la définition d’une vision, nous opérions également dans son déploiement. Le tout en travaillant en équipe", détaille Basma Kharrat. Un environnement au sein duquel elle évoluera durant près de sept ans. À l’aube des années 2010, lorsqu’elle y fait ses premiers pas, le marché porte toujours les stigmates de la crise financière. Les sujets de missions concernent donc l’optimisation, la réorganisation des process, ou encore la réduction des coûts.

Puis, place à ceux de croissance, de nouvelles offres ou modèles d’affaires. Une vue d’ensemble qu’elle saura par la suite mettre à profit chez Saint-Gobain, où son arrivée se sera réalisée au travers d’une décision réfléchie. "Je savais, dès le départ, que je souhaitais utiliser le conseil comme une plateforme pour en apprendre davantage sur différents secteurs. Mais j’ai toujours vu cela comme une étape qui me permettrait de rejoindre un corporate, à l’aide d’un choix plus raisonné", poursuit-elle.

 

Une expérience pas si anecdotique

 

Cette nécessité de conserver un champ des possibles le plus vaste qui soit et de ne pas se précipiter dans une voie tracée s’est dessinée dès ses études. Après avoir grandi à Sfax et fait ses classes préparatoires à Tunis, Basma Kharrat posera ses valises à Palaiseau, à la suite de son admission à Polytechnique. Dans la prestigieuse école d’ingénieurs, la théorie est alors reine. "Tout était régi par les équations, ce qui est formidable pour une amoureuse des mathématiques. Mais cela manquait un peu de concret à mon goût", remarque-t-elle. De ses différents stages au fil de ses études, et notamment de ceux réalisés dans de grands groupes français comme EDF et Renault, c’est pourtant celui effectué en deuxième année, dit "stage ouvrier", dans une usine de peintures et revêtements pour carreaux céramiques, qui retiendra tout particulièrement son attention.

"L’ingénierie, la technicité d’un produit et le côté très concret sont des choses qui m’ont toujours animée. Cela peut paraître anecdotique, mais ce premier contact avec l’industrie manufacturière m’a donné envie d’y travailler", se rappelle Basma Kharrat. Ses années dans le conseil lui permettront d’ailleurs de réaliser un tour d’horizon des différents secteurs de l’économie française. Elle y fera en effet ses armes en conseillant ses plus grands noms : Michelin, Vallourec, Renault, L’Oréal… et même son futur employeur.

Capacité d’apprentissage, de structuration, d’analyse, de navigation entre différents sujets : le conseil lui permettra de se doter de qualités utiles à tout dirigeant. Elle y gravira d’ailleurs pas à pas les échelons, jusqu’à occuper des fonctions de manager, ce qui lui permettra de diriger des équipes sur ses projets. "Je voulais cocher cette case de gestion d’équipe pour prétendre aux rôles qui en incluaient", souligne-t-elle. Pour autant, la suite de l’évolution naturelle proposée dans ce type de structure l’attirait moins, craignant de s’éloigner d’un rôle opérationnel au fur et à mesure de ses montées en responsabilités. Désormais, la vision de Basma Kharrat était donc claire : rejoindre un grand groupe, cadré mais laissant de l’espace aux opportunités, industriel, leader dans son secteur, et à la culture d’entreprise alignée sur ses convictions. Soit celles d’une bienveillance réelle entre les collaborateurs, d’une accessibilité des dirigeants ou encore du développement des talents et de leurs possibilités de mobilité internes. Autant de critères trouvés, pour la dirigeante, chez Saint-Gobain.

 

Parcours organisé

 

Lorsque le groupe lui proposera de la rejoindre, le poste de directrice de la planification stratégique et des fusions et acquisitions, pour le pôle Matériaux Innovants, lui apparaît ainsi tout trouvé. "Cela me permettait de faire le pont entre mes compétences du conseil et en me dirigeant vers de nouvelles d’entre elles. Le tout dans un secteur qui m’intéressait particulièrement, du fait de la technicité des produits et de la place accordée à la R & D", relève Basma Kharrat. Un peu moins de deux ans plus tard, juste après la mise en œuvre du plan stratégique du groupe dirigé par Benoit Bazin, "Transform and Grow", elle se verra proposer un poste auquel elle aspirait tout particulièrement : celui de directrice générale. C’est ainsi qu’elle s’installera, à 33 ans, à la tête de l’activité ZirPro de l’entreprise, logée au sein de sa division de céramiques.

Une unité qui réalisait une centaine de millions d’euros de chiffre d’affaires, forte de quatre usines dans le monde, d’équipes commerciales installées dans une dizaine de pays et de ventes réalisées dans une trentaine d’entre eux. "C’était un moment de vérité, puisque j’opérais le changement entre la recommandation stratégique et la véritable gestion d’un périmètre, dans tout son ensemble : les bases de coûts, de revenus, la gestion des équipes commerciales et opérationnelles. C’est probablement le passage de ma vie professionnelle où j’ai franchi le plus de caps. Un métier opérationnel est une aventure particulière, où il faut aussi construire sa crédibilité auprès d’une équipe installée", indique Basma Kharrat.

 

Un rôle de capitaine

 

D’autant que ce business était alors plutôt en perte de vitesse. Entrée en poste en janvier 2019, la dirigeante établit un plan d’action et de transformation. C’était évidemment sans compter sur la crise du Covid-19, survenue à peine un an plus tard. Un apprentissage grandeur nature de la gestion de crise. "Il y avait déjà eu des crises financières, mais on ne craignait pas pour la vie des gens", remarque la dirigeante. S’ensuivront les crises des matières premières, du prix du transport… "Je vois le rôle de directeur général comme celui d’un capitaine. Il fixe le cap et doit s’assurer que tout le monde fait avancer le bateau dans la même direction. Et quand il y a une tempête qui l’empêche d’avancer, le rôle du capitaine est de gérer cette crise et s’assurer que le bateau ne coule pas. Cette aventure a été extraordinaire, d’autant que nous sommes sortis de ces crises successives par le haut, en remettant le business sur les rails", se félicite Basma Kharrat. Après plus de quatre années à occuper ces fonctions, le sentiment du devoir accompli, l’envie de se tourner davantage vers les métiers de construction du groupe, mais aussi vers des sujets de croissance, pousseront finalement la dirigeante à explorer les offres de mobilité interne de Saint-Gobain. Ce qui débouchera sur la proposition de devenir la vice-présidente de l’entrepreneuriat externe du groupe.

Un rôle auquel elle ne s’attendait pas nécessairement, mais dont elle tout de suite perçu l’intérêt, eu égard à ses différentes aspirations. "Nous sommes à la fois connectés à l’extérieur, ce qui nous pousse à explorer de nouveaux marchés, segments et offres ayant été identifiés comme pertinents pour Saint-Gobain, à développer une expertise sur ces sujets d’avenir, à créer un réseau d’acteurs de l’écosystème, incluant fonds d’investissement financiers ou corporates, incubateurs, accélérateurs, équipes d’innovation, etc. Tout ça dans le but d’identifier toutes les startups en ligne avec la stratégie d’innovation du groupe, de créer des collaborations business, parfois accompagnées d’investissements minoritaires. D’un autre côté, nous sommes en lien avec tous les business en interne, des porteurs de P & L jusqu’aux équipes de R & D, pour comprendre leurs besoins et sujets d’intérêt, et leur présenter les startups les plus prometteuses avec lesquelles ils pourraient travailler", souligne-t-elle.

De quoi, également, suivre de manière concrète les différentes retombées business que produisent ces collaborations, tout en aidant les jeunes entreprises dans lesquelles le groupe investit à se développer. "Le champ des possibles est immense, sur le plan de l’apport de la valeur. Si je m’imaginais poursuivre dans un rôle opérationnel après mon poste précédent, il se trouve que celui-ci est finalement sur-mesure pour moi. Il fait le lien entre l’innovation et les objectifs business", remarque la dirigeante, qui a d’ailleurs lancé un programme de transformation à l’échelle de Nova, aujourd’hui composé d’une équipe d’une quinzaine de collaborateurs, présents dans 7 pays et gérant des investissements dans 13 d’entre eux.

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