Entreprises / Actions / Alstom
Entreprises / Actions
Alstom
Commande géante à New York, Alstom renforce son ancrage américain / Un contrat stratégique dans un climat protectionniste
Le deuxième trimestre d’Alstom commence sur les chapeaux de roue. Avec une commande de 2 milliards d’euros pour la fourniture de 316 voitures M-9A à l’Autorité Métropolitaine des Transports de New York, la MTA, le groupe ferroviaire français vient de frapper un grand coup. En une seule opération, il égale quasiment le volume des “méga-commandes” engrangées sur l’ensemble du premier trimestre, à savoir l’option sur 96 trains RER Nouvelle Génération, pour 1,7 milliard d’euros, et les 35 Coradia Stream commandés par la Bulgarie, pour un montant de 600 millions.
Ce dynamisme est d’autant plus bienvenu que le T1, clos fin juin, ne devrait pas marquer les esprits. L’occasion de rappeler que le groupe fonctionne avec un exercice fiscal décalé, ce qui peut brouiller les repères. Le consensus tablait encore récemment sur 4,8 milliards d’euros de commandes, mais il devra vraisemblablement être ajusté. Le ratio book-to-bill devrait ressortir en deçà de l’unité, autour de 0,91 selon les calculs d’Oddo BHF, en raison d’une base de commandes courantes relativement stable. Rien d’alarmant toutefois, dans la mesure où la trajectoire commerciale s’annonce ascendante pour les trimestres à venir.
Un carnet de commandes en quête d'accélération
Plusieurs appels d’offres structurants restent à concrétiser d’ici la fin de l’exercice : des métros en Inde pour un montant estimé à 400 millions d’euros, un système ferroviaire en Australie évalué autour d’un milliard, des trains régionaux pour le Portugal à hauteur de 700 millions, des voitures pour le New Jersey dans le même ordre de grandeur, un projet de liaison entre Haïfa et Nazareth en Israël estimé lui aussi à 700 millions, ou encore l’électrification du réseau à Toronto, dont le montant total s’élève à plusieurs milliards d’euros répartis sur plusieurs tranches.
La montée en puissance de ces contrats doit contribuer à un redressement progressif du rythme de prises de commandes et soutenir l’objectif d’un ratio book-to-bill supérieur à un sur l’ensemble de l’exercice, objectif que le groupe continue d’assumer malgré la prudence de début d’année. La génération de cash-flow libre, attendue entre 200 et 400 millions d’euros, demeure un cap prioritaire pour rétablir la confiance boursière.
Au-delà du signal commercial, le contrat remporté à New York illustre aussi le positionnement stratégique d’Alstom sur le marché nord-américain. Le groupe, qui a déjà livré plus de 12 000 véhicules à des agences locales et construit actuellement une nouvelle flotte de trains à grande vitesse pour l’opérateur ferroviaire américain Amtrak, bénéficie d’un ancrage industriel dense aux États-Unis – en particulier dans l’État de New York.
Les voitures commandées par la MTA seront conçues et assemblées sur les sites d’Hornell et de Plattsburgh, renforçant encore l’empreinte locale d’Alstom : près de 300 emplois seront créés, en grande partie sous convention syndicale. Le site de Hornell, fort de 170 ans d’histoire, est présenté comme la plus grande usine de matériel ferroviaire du pays. Cette production 100 % américaine permet à Alstom de répondre aux exigences du Buy America Act et de sécuriser sa participation aux grands contrats publics.
Alstom, industriel américain à part entière
D’ailleurs, on a rarement vu un communiqué d’Alstom rassembler autant de prises de parole de personnalités politiques locales. Sénateurs, représentants, élus de l’État de New York : de Chuck Schumer à Kristin Gillibrand, en passant par Nick Langworthy ou Jeremy Cooney, ils sont nombreux à saluer un projet " Made in New York " qui coche deux cases clés : moderniser les trains de la MTA et soutenir l’emploi industriel dans le nord de l’État. " Ces nouveaux trains seront fabriqués dans nos usines de l’État de New York, par de la main-d’œuvre new-yorkaise ", rappelle Michael Keroullé, président d’Alstom Amériques. " L’investissement de la MTA dans ces trains périurbains est aussi un investissement dans les communautés locales. "
Dans un contexte marqué par la résurgence des discours protectionnistes, l’industriel français se distingue par sa capacité à se fondre dans le paysage industriel américain. Les produits fabriqués sur le sol des États-Unis échappent aux risques douaniers, tandis que les liens tissés avec les syndicats et les autorités locales renforcent l’ancrage politique de ses projets. Le groupe revendique aujourd’hui une présence dans 15 aéroports américains à travers ses navettes automatisées, des contrats de maintenance à JFK ou encore des bureaux à Manhattan et Rochester.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

