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Capgemini passe à l’offensive dans l’externalisation intelligente / L’américain WNS racheté pour 3,3 milliards, tremplin vers l’IA agentique
C’est une opération qui aurait pu être annoncée dès la fin mai. Les rumeurs étaient alors insistantes, mais dans un contexte de forte volatilité, le groupe français a préféré attendre que le brouillard se dissipe avant de lancer sa plus grande opération de croissance externe depuis l’acquisition d’Altran en 2020. Ce sera donc 3,3 milliards de dollars pour racheter l’américain WNS, spécialiste de l’externalisation des processus métiers. Une manœuvre résolument offensive, à l’heure où l’IA agentique rebat les cartes du secteur. Car c’est bien l’objectif : créer un champion mondial des “Opérations Intelligentes”, ces nouveaux services d’externalisation mêlant intelligence artificielle agentique, automatisation avancée, expertise sectorielle et conseil.
Une évolution naturelle, estime Capgemini, dans un monde où " les services de gestion des processus métiers deviennent la vitrine de l’IA agentique ", justifie Aiman Ezzat, directeur général du groupe.
De quoi parle-t-on, précisément? Longtemps cantonnés à des fonctions d’exécution standardisées, externalisées dans une logique de réduction des coûts, les Business Process Services (BPS) ont amorcé une transformation en profondeur. Sous l’impulsion de l’intelligence artificielle, ils deviennent des leviers d’efficacité, capables d’optimiser les opérations, de gagner en réactivité et de s’adapter en temps réel. L’IA agentique, une forme d’intelligence artificielle conçue pour agir de manière autonome dans des environnements complexes, agit comme catalyseur de cette mutation. On passe d’une automatisation rigide à un pilotage intelligent et contextualisé des processus.
WNS, un relais stratégique dans la montée en gamme
"Ces opérations intelligentes représentent aujourd’hui la principale opportunité de création de valeur pour nos clients dans le domaine de l’IA générative et agentique ", a souligné Aiman Ezzat lors d'une conférence téléphonique avec les analystes. Selon lui, les entreprises ne se contentent plus d’expérimenter des cas d’usage isolés : elles veulent désormais transformer en profondeur leurs processus métier, de bout en bout. " Leur attention se déplace de la productivité individuelle vers une refonte complète des opérations, dans une logique à la fois de performance et de croissance. " Capgemini entend ainsi tirer parti du savoir-faire sectoriel de WNS pour accélérer cette mutation. " Il s’agit de rendre l’IA réelle pour nos clients ", résume le dirigeant.
Une montée en gamme qui, sur le papier, séduit les analystes. Oddo BHF juge l’initiative " intéressante ", notant surtout que WNS est " peu ou pas exposée au BPO commercial ", cette sous-catégorie de l’externalisation souvent cantonnée aux centres d’appels ou à la relation client standardisée, perçue comme à faible valeur ajoutée et particulièrement vulnérable à la pression sur les prix.
Parmi les autres atouts de WNS, son profil résilient et rentable retient l’attention. Résilient, car la société américaine s’appuie sur des relations de long terme avec de grands clients internationaux — tels que United Airlines, Centrica, Aviva ou McCain — via des contrats récurrents qui sécurisent ses flux de revenus. Rentable, car elle intervient sur de nombreux secteurs verticaux, dont les services financiers (37 % du chiffre d’affaires), à partir de sites offshore, principalement en Inde. Lors de son dernier exercice fiscal, WNS a généré 1,27 milliard de dollars de chiffre d’affaires pour une marge opérationnelle de 18,7 %, à comparer aux 13 % de Capgemini.
Une logique industrielle claire, malgré le risque offshore
L’opération soulève néanmoins quelques points de vigilance. D’une part, la dépendance de WNS à une base offshore importante, principalement en Inde, pourrait s’avérer pénalisante dans un contexte de tensions géopolitiques et de guerre commerciale, avec à la clé un risque de pression accrue sur les marges. Même si la guerre commerciale de Trump s’est surtout focalisée sur les biens, les services ne sont pas à l’abri. D’autre part, WNS doit aussi composer avec des vents contraires, entre le départ d’un client stratégique dans la santé et la mauvaise passe prolongée de l’aérien, qui pèse pour près d’un cinquième de ses revenus. "Le développement de l'IA annoncé par Capgemini pourrait toutefois contrebalancer le premier sujet", nuancent les analystes d'Invest Securities.
En combinant ses propres capacités en conseil, en IA générative et en plateformes technologiques avec l’expertise sectorielle fine de WNS, Capgemini entend en effet capter une part accrue des investissements IA attendus dans la refonte des opérations métiers. "Nous allons créer une offre unique, capable d’industrialiser les opérations de nouvelle génération fondées sur les données", avance ainsi Keshav Murugesh, directeur général de WNS. L’acquisition permettra de porter à 1,9 milliard d’euros le chiffre d’affaires cumulé de Capgemini dans les services de BPS.
Ainsi, bien que WNS ne pèse qu’environ 5 % du chiffre d’affaires consolidé, l’opération ouvre à Capgemini un accès immédiat à des expertises, des outils et des clients clés dans l’univers des “intelligent operations”. Une petite brique aux effets démultipliés dans la recomposition d’un métier où l’IA change la donne.
Une opération relutive et maîtrisée
Une manière aussi de reprendre la main dans un marché IT où la croissance ralentit. Capgemini, qui avait vu son chiffre d’affaires reculer de 0,4 % au premier trimestre, anticipe une légère amélioration sur le deuxième trimestre. Il confirme par ailleurs ses objectifs pour l’exercice 2025, non modifiés par l’opération WNS : une croissance comprise entre -2 % et +2 % à taux constants, une marge opérationnelle entre 13,3 % et 13,5 %, et un free cash flow de 1,9 milliard d’euros.
Sur le plan financier, l’opération est calibrée pour ne pas déséquilibrer sa structure bilancielle. Le groupe affichait fin 2024 une dette nette de 2,1 milliards d’euros, soit 0,6 fois son Ebitda. Il a déjà sécurisé un financement relais de 4 milliards d’euros, destiné à couvrir l’acquisition, la dette brute de WNS et le remboursement d’une obligation arrivée à échéance en juin.
Quant au prix payé, il représente environ 15 fois l’EBITA 2025 attendu de WNS, un multiple jugé raisonnable au regard des synergies annoncées. Capgemini prévoit des gains de chiffre d'affaires compris entre 100 et 140 millions d’euros par an à l’horizon 2027, et des économies de coûts de 50 à 70 millions. L’opération devrait être relutive sur le bénéfice par action de 4 % dès 2026, puis de 7 % deux ans plus tard.
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