Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d'été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Léo Barincou, chef économiste France d'Oxford Economics
L’économie à toutes les sauces. C’est ce qui pourrait venir à l’esprit lorsqu’on jette un coup d’œil à la jeune, mais déjà riche carrière de Léo Barincou. Sorti de terminale, l’actuel chef économiste France d’Oxford Economics se rêve en universitaire : "J’avais cette idée de viser l’ENS, et puis, la thèse, l’agrégation et l’enseignement à l’université", déclare-t-il dans une interview pour WanSquare. "C’était quelque chose qui m’attirait spontanément, mais ce n’était pas une vocation, c’était plutôt une voie naturelle", ajoute-t-il. Pour y parvenir, il intègre la prestigieuse classe préparatoire de Louis-le-Grand, dont il garde un très bon souvenir, malgré l’intensité et la pression induites par cette expérience : "J’ai énormément appris, des connaissances pures et dures, mais surtout une manière d’approcher le travail. J’en garde un souvenir extrêmement positif", se remémore-t-il.
Si l’économiste ne parvient pas à obtenir l’ENS via ces concours-là, il sera accepté via le processus d’admission sur titre, en même temps qu'il passera un double diplôme avec l’Institut d’études politiques de Lyon. L’approche multidisciplinaire et le côté touche-à-tout de Sciences Po lui plaisent, mais ce sont les cours de l’ENS qui laissent la plus grande trace. C’est son intérêt en particulier pour les sujets ayant trait à l’économie qui grandit : "Je voulais comprendre le monde, et à l’époque, je trouvais que l’économie, malgré tous ses défauts, avait le meilleur pouvoir prédictif pour y parvenir et connaître les effets attendus de développements politiques". Il se passionne notamment pour l’économie du développement. Son mémoire de l’ENS sera consacré à ce sujet, et à la transition en Corée du Sud d’un pays peu développé à une force économique qui compte en Asie et dans le monde.
Virée internationale
Il s’offre cependant une dernière année d’études, cette fois-ci hors de France, à la London School of Economics (LSE). Ce n’est plus l’idéal universitaire qui le guide là-bas, mais sa passion pour l’économie, qui le conduit naturellement à se tourner vers l’une des institutions les plus prestigieuses du monde dans ce domaine : "J’avais un peu abandonné l’idée de faire une carrière universitaire (…) J’ai toujours eu cette orientation tournée en dehors de la France. Je voulais voir comment une des meilleures écoles pouvait enseigner les choses", explique-t-il.
Un poste à la direction du Trésor est alors ouvert, coïncidence, en Corée du Sud. Léo Barincou y voit alors l’occasion d’étendre sa volonté d’internationalisation, et de satisfaire sa curiosité intellectuelle. Une volonté de s’engager pour l’intérêt général ? Pas vraiment, ce type de carrière s’affiche comme une voie naturelle après sa formation. C’est davantage sa soif intellectuelle qui le guide à l’usine de l’économie publique : "Une carrière diplomatique, je l’avais beaucoup envisagée, surtout quand on sort de ce genre de formation (…) Mais je ne dirais pas que j’avais cette volonté de travailler pour l’intérêt général. Il s’agissait plutôt de curiosité intellectuelle et de voir ce qui pouvait me correspondre."
Arrivée au cœur du réacteur
Après deux années au bureau coréen, le jeune économiste est transféré à Bercy, et se retrouve au centre de la machine économique étatique. Il intègre le bureau "Prev 1", qui réalise les prévisions économiques sur les indicateurs de croissance ou d’inflation, et pose les bases des projets de loi de finances. Il en gardera un souvenir marquant, et un enrichissement personnel conséquent : "Il y a des clichés sur la fonction publique, mais j’ai trouvé à la direction du Trésor que c’était l’inverse. Ce sont des gens très jeunes, très dynamiques, très investis et brillants (…) J’ai rarement vu une telle concentration d’expertise dans un seul endroit (…) C’était extrêmement formateur."
Cependant, lorsqu’il entre dans sa cinquième année, le dilemme se pose : doit-il s’engager pleinement dans la fonction publique, et passer les concours de l’École nationale d’administration, ou ouvrir un nouveau chapitre et partir dans le privé ? C’est finalement la deuxième option qu’il choisira, évoquant un choix pratique, mais aussi personnel : "Pour évoluer dans la hiérarchie sans être fonctionnaire, on est très vite limité, mais j’ai beaucoup hésité à passer le concours de l’ENA (…) De plus, on est un petit engrenage dans une grande machine, c’est très dur de voir l’impact, ce qui peut être source de frustration."
Mettre en application l’économie
Direction le privé donc, et plus précisément, la finance chez Covea, dans la filiale de gestion d’actifs de la société d’assurance. Là-bas, Léo Barincou y découvre un nouveau domaine, et dispose d’une grande liberté pour exprimer ses analyses économiques, pour lesquelles il espère percevoir davantage un impact concret : "Dans la finance, si les idées économiques sont bonnes et meilleures que les autres, c’est quelque chose qui est récompensé, il y a une application concrète", souligne-t-il. Au sein de l’équipe de recherche macroéconomique, l’économiste couvre la zone asiatique, et prodigue conseils et prévisions économiques aux équipes de gestion chargées de l’investissement. S’il considère un temps l’idée de passer de l’autre côté de la barrière, celui de l’investissement, Léo Barincou sait que son profil et son champ d’action sont dans la recherche économique.
Un an passe et un de ses anciens collègues de la direction du Trésor, Antoine Herlain, lui propose de rejoindre son nouveau cabinet de conseil économique, Centolla. Quatre personnes composaient alors l’équipe, de quoi lui faire découvrir les aspects commerciaux et administratifs auxquels les économistes sont habituellement peu confrontés. Cette expérience va surtout lui apprendre à vendre des prévisions économiques : "Ce qui est important avec une analyse économique, ce n’est pas seulement une analyse technique, c’est d’avoir une histoire, une façon de le présenter (…) C’est bien d’avoir des modèles mais il faut savoir les raconter à des gens qui ne sont pas économistes de formation."
Le jeune homme est approché deux ans plus tard par un chasseur de tête pour rejoindre les équipes d’Oxford Economics, géant mondial du conseil économique : "c’était une occasion d’internationaliser mon profil, avec des analyses qui auraient plus de portée. Le simple fait d’écrire en anglais augmentait énormément la portée." Désormais chef économiste France au sein de la firme, Leo Barincou continue à prodiguer ses conseils sur l’instabilité économique, la dette, à l’ensemble de ses clients. Il trouve ici le sentiment d’impact qu’il cherche depuis le début : "Voir si nos prévisions sont bonnes ou non, c’est très gratifiant, et cela donne de l’incitation à améliorer ses modèles (…) Le côté compétitif me plaît beaucoup."
L’économiste confie : "Je n’en suis qu’au début d’Oxford Economics. Il y a beaucoup à découvrir et à apprendre. À court terme, je ne me vois pas trop bouger (…) Ce que je pourrais faire de vraiment différent, c’est un doctorat en économie, sur les sujets d’économie du développement. Ce ne sont pas des sujets sur lesquels je travaille maintenant, mais ils m’intéressent énormément."
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