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TotalEnergies : la recette (gagnante) d’Integrated Power pour atteindre son objectif de rentabilité à horizon 2030 / Un modèle d’affaires renouvelable intégré et taillé pour les marchés dérégulés
Chez TotalEnergies, on ne fait pas dans la demi-mesure. Dans sa stratégie de croissance à deux jambes (pétrole, gaz et électricité) – déjà unique au monde chez les grandes majors – la compagnie présidée par Patrick Pouyanné affiche des ambitions XXL pour son activité Integrated Power. Elle prévoit d’augmenter sa production annuelle d’électricité à plus de 100 Térawattheures (TWh) (dont environ 70 % de renouvelables et 30 % de flexibles) d’ici 2030. Côté finances, l’objectif est clair : générer plus de 4 milliards de dollars en 2028 et surtout atteindre une rentabilité de 12 % à horizon 2030, équivalente à celle de ses activités Oil & Gas à 60 dollars par barils.
Un investissement constant
Déjà à fin mars 2025, TotalEnergies disposait de 28 gigawatts (GW) de capacité brute de production d’électricité renouvelable, avec l’objectif de grimper à 35 GW à la fin de l’année. Pour tenir ce rythme et atteindre ses objectifs, le groupe investit environ 4 milliards de dollars par an, soit un quart de ses investissements globaux, et multiplie les annonces depuis janvier 2024. Dernières en date, mercredi dernier, avec la cession de 50 % d’un portefeuille d’actifs renouvelables (éolien, solaire et hydroélectrique en opération) au Portugal, au consortium composé de MM Capital Partners 2, Daiwa Energy & Infrastructures et Mizuho Leasing pour une considération de 178,5 millions d’euros, équivalent à une valeur d’entreprise de 550 millions d’euros. Une transaction qui permet néanmoins à TotalEnergies de conserver la moitié de sa part, de rester opérateur et de préparer la reprise en main de la commercialisation une fois les tarifs régulés expirés.
Mais ce n’est pas tout. Dans le même temps, l’entreprise annonçait également étendre son partenariat dans les Caraïbes avec AES, avec l’acquisition de 50 % d’un portefeuille solaire, éolien et stockage par batterie en République dominicaine, totalisant plus de 1 GW de projets, dont 410 MW déjà en marche ou en chantier. Une belle avancée dans une région où le groupe est déjà bien implanté, avec des stations-service en partie solarisées, un réseau de distribution de gaz naturel et d’une centrale solaire de 103 mégawatts (MW) en construction. À Porto Rico, TotalEnergies détient aussi 30 % du portefeuille renouvelable d’AES, renforçant ainsi sa présence dans les carburants, les lubrifiants et l’aviation.
L’intégration, la clé du succès
Deux opérations emblématiques du modèle d’affaires renouvelable de la compagnie, comme l’explique Olivier Jouny, senior vice-président Renouvelables chez TotalEnergies, à WanSquare. "Le mot-clé de notre stratégie est le mot intégration. Sur les activités pétrole et gaz, nous maîtrisons déjà la chaîne de valeur. Sur l’électricité, nous sommes convaincus qu’il faut appliquer la même méthode pour devenir un électricien intégré".
Cela signifie selon lui couvrir toute la chaîne en additionnant à chaque fois quatre segments, à savoir produire des renouvelables (solaire, éolien terrestre et offshore) ; fournir de la flexibilité via les batteries, l’hydro-électricité et les centrales à gaz afin de garantir une fourniture d’électricité de manière fiable malgré l’intermittence naturelle des énergies renouvelables ; gérer le marketing en aval (BtoB et BtoC), et enfin le trading, enjeu essentiel pour la commercialisation et tirer parti des fluctuations des prix de l’électricité, notamment aux États-Unis et en Europe. "C’est ça, Integrated Power, affirme Olivier Jouny. La question après est de savoir quel est le bon mix dans chaque pays où nous sommes présents, tout en sachant que le solaire produit par nature quand il y a du soleil, ce qui peut faire chuter les prix en période de pics et cannibaliser la production. L’éolien est donc très complémentaire".
Vive la dérégulation
C’est cette recherche du mix parfait qui guide toutes les décisions d’implantations géographiques de la compagnie. Pour créer de la valeur, TotalEnergies cible en priorité les marchés dérégulés, où la concurrence joue à plein. Ses ancrages prioritaires sont d’ailleurs désormais bien établis : l’Europe (et notamment la France malgré la lenteur administrative des autorisations au niveau local, l’Espagne – le groupe ayant inauguré son plus grand champ solaire en Europe à Séville en mai dernier -, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne) et les États-Unis, deux zones cœur pour l’entreprise. Mais il y a aussi l’Inde (partenariat avec Adani) et le Brésil (avec Casa dos Ventos), avec à chaque fois une stratégie par pays. "Il faut comprendre profondément chaque marché, comment s’y forment les prix, et ensuite définir le mix énergétique le plus intéressant pour nous ", détaille Olivier Jouny.
Si bien qu’aujourd’hui TotalEnergies est présent à 80 % dans des marchés dérégulés, les 20 % restants étant des localisations présentant un potentiel porteur pour le groupe. "Le Moyen-Orient fait partie de ces 20 %. Notre présence y est historique dans l’Oil & Gas. Mais là-bas, les marchés ne sont pas libéralisés : pas de bourse de l’électricité, pas de trading possible, nous vendons à prix fixe. Dans cette zone, ce qui est important est donc la taille de l’installation et la baisse du coût technique, à l’inverse de la France par exemple", explique-t-il. Autre exemple : Singapour, où TotalEnergies vient d’obtenir une licence pour importer 1 GW d’électricité renouvelable d’Indonésie, via sa coentreprise avec RGE, Singa Renewables, avec batteries intégrées et des clients prêts à payer un prix premium.
Une rotation des actifs à double levier
Mais pour atteindre une rentabilité de 12 % à horizon 2030, TotalEnergies doit aussi faire preuve d’audace et compter sur l’exposition marchande. "Nous pourrions faire comme de nombreux électriciens et vendre notre électricité à prix fixe, ce qui garantirait certes une certaine rentabilité mais pas à un niveau très élevé. C’est pour cela que nous avons décidé que 30 % en moyenne de notre portefeuille resterait marchand, c’est-à-dire dépendant de la volatilité des prix de l’électricité, pour profiter des pics et capturer ainsi des marges additionnelles", révèle le directeur Renouvelables.
Pourquoi uniquement 30 % d’exposition quand sur le pétrole et le gaz, la compagnie l’est à 100 % ? À cause du financement, nous répond Olivier Jouny. "Sur l’électricité, nous avons un vrai besoin de financer cette activité par de la dette externe (généralement à 70 %). Notre bilan robuste et solide nous permet de combiner cette cible de financement et d’exposition marchant à 30 % ". D’où l’obligation aussi de rotation des actifs en portefeuille, qui permet de déconsolider la dette. La vente récente au Portugal illustre ce modèle : en cédant la moitié de sa participation, celle-ci sort du bilan et reste uniquement visible la rentabilité actionnaire. Autre avantage : la vente à des contreparties, souvent des fonds infrastructures, dont les attentes en matière de rentabilité sont inférieures à celles de TotalEnergies. "Il s’agit en outre de cessions sur des projets ayant déjà démarré. Ce sont des actifs verts dérisqués sur la construction pour les investisseurs. Ce type d’opérations nous permet donc de dégager un double effet levier, via la dette et en réalisant une prime de cession", se félicite-t-il.
Une stratégie qui a permis à Integrated Power d’atteindre déjà 9,8 % de rentabilité en 2024.
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