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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Nicolas Charnay, Managing Director "Institutions Financières" chez S&P Global Ratings

EXCLUSIF. Voilà quinze ans que l’ancien élève d’HEC scrute les banques à la loupe. Erigeant l’interdisciplinarité en pilier de sa démarche, Nicolas Charnay a un temps opéré en qualité de régulateur depuis les hautes sphères de la BCE. Aujourd’hui patron du comité de notation d’une célèbre firme américaine, il est une force de rappel des marchés.
Nicolas Charnay - DR
Nicolas Charnay - DR

Est-ce si surprenant que de nourrir un intérêt pour les banques quand on fait ses classes à HEC en pleine crise financière mondiale ? C’est ce qui est arrivé à Nicolas Charnay. Après deux ans de classes préparatoires à Louis-Le-Grand, le jeune homme débarque à Jouy-en-Josas et sera fasciné par les cours dispensés par Olivier Klein, aujourd’hui directeur général de Lazard Frères Banque et membre du board de Société Générale. "Il nous enseignait le fonctionnement du système financier avec l’articulation entre les Banques centrales, les banques, la création monétaire, la régulation financière… c’était très intéressant ", explique Nicolas Charnay, dans un entretien accordé à WanSquare.

A la suite de cela, celui qui est issu d’une famille de fonctionnaires tentera sans succès d’entrer à l’Ecole nationale d’administration (ENA). "M’occuper de la régulation bancaire à Bercy m’aurait plu", se rappelle-t-il. C’est à plusieurs milliers de kilomètres de la France que se joueront ses premiers pas dans le monde professionnel.

 

Baptême du feu émirati

 

A cette époque, un professeur qu’il avait connu à HEC travaille chez Moody’s et le prévient que des postes sont à pourvoir aux Emirats arabes unis, à Dubaï. Désirant ardemment voir du pays, il saisira l’opportunité. "Quand j’arrive, une grosse crise immobilière est à l’œuvre, des entreprises d’Etat avaient fait faillite. C’était un cas d’école du lien entre les banques et le secteur immobilier ", juge-t-il. Comme Associate, il couvrira des émetteurs bancaires du Golfe et d’Afrique du Nord.

Deux ans plus tard, il demande à être muté aux Etats-Unis, à New York. Sa compagne, devenue son épouse depuis, souhaite réaliser un MBA à Harvard tandis qu’il estime être arrivé en fin de cycle au Moyen-Orient. Il intègre l’équipe Global Research de l’agence de notation américaine en tant qu’analyste principal. "L’idée était de mettre en cohérence la recherche sur le secteur bancaire sur un plan mondial et améliorer sa qualité", indique-t-il. Durant cette période, il perçoit les avantages que lui confère sa formation intellectuelle française. "On ne s’en rend pas compte à Paris car tout le monde est issu de ce moule mais allier esprit de synthèse, cohérence et clarté est un plus qu’on ne trouve pas forcément ailleurs dans le monde", estime-t-il.

 

Tour de Babel prudentielle

 

Les sujets de régulation jalonnent son quotidien et il s’intéressera tout particulièrement aux travaux de la Banque centrale européenne (BCE) sur la question. A la faveur d’une volonté commune de son épouse et lui-même de revenir sur le Vieux continent, l’institution de Francfort l’accueillera d’ailleurs dans ses rangs en 2014, une date charnière. "Une deuxième BCE venait d’être créée en quelque sorte avec la mise en place du mécanisme de surveillance unique (MSU) [supervision intégrée des établissements de crédit de la zone euro, ndlr]", témoigne Nicolas Charnay, qui se souvient d’un côté "start-up" et "Tour de Babel" lors de son entrée au MSU.

"Il y a eu beaucoup de convergence depuis, mais à l’époque de grandes différences existaient entre les pays à propos de ce que devait être la supervision bancaire", souligne-t-il. Un choc des cultures entre juristes et économistes se faisait jour. "En Allemagne et en Autriche, plus généralement dans les pays du Nord, il y avait une culture de la compliance, c’est-à-dire que le texte de loi est fondamental pour réaliser le contrôle bancaire. A l’inverse, dans des pays comme l’Irlande, les Pays-Bas et d’une certaine manière la France, c’est l’analyse des risques qui importe le plus : l’on se détache de la règle de droit pour produire un diagnostic plus en profondeur ", détaille Nicolas Charnay.

 

Superviseur touche-à-tout

 

Le premier poste du Français au sein de l’institut d’émission lui donnera l’occasion de travailler sur la convergence des pratiques quant à la mise en œuvre du processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (SREP - examiner la situation globale d’une banque et déterminer si des exigences supplémentaires doivent lui être imposées). La suite sera moins méthodologique et plus opérationnelle. Nicolas Charnay fera partie des équipes bûchant sur les autorisations en matière de fusions-acquisitions et de délivrance d’une licence bancaire. "J’ai travaillé sur la licence de plusieurs néo-banques, ainsi que sur des acquisitions de banques par des fonds de private equity", illustre-t-il.

Enfin, il prendra du galon en devenant conseiller de Patrick Amis, directeur général de la "supervision microprudentielle III", département couvrant une cinquantaine de banques (les moins importantes de la zone euro). "C’est un peu un rôle de directeur de cabinet, j’étais dans la production de décisions et dans la stratégie", résume-t-il. S’il apprécie vivre en Hesse, Nicolas Charnay ne se voit pas y faire de vieux os. "L’avantage d’évoluer au sein de la BCE est que l’on y a un fort sens de la mission, l’inconvénient est que c’est une structure assez pyramidale avec une gestion des carrières plutôt bureaucratique", analyse-t-il.

 

Droit dans ses notes

 

Il décidera de signer son retour dans une agence de notation, la plus influente de toutes : S & P Global Ratings. Managing Director "Institutions Financières" depuis l’automne 2023, Nicolas Charnay se voit en passeur entre les économistes et les analystes qui passent les bilans au peigne fin. "Pour appréhender le système bancaire, il faut comprendre la macroéconomie, la microéconomie, la technologie… Scruter des ratios financiers est très loin de suffire", pointe-t-il. Une des facettes de son métier est de présider des comités de notation, instances de décision qui nourrissent bien des fantasmes. Il faut dire qu’à l’image des Etats, les banques occupent un rôle particulièrement sensible dans l’infrastructure macroéconomique et financière.

Aussi, n’a-t-on pas la main qui tremble lorsqu’il s’agit de décider de dégrader la note de l’une d’entre elles au regard de l’ampleur des retombées potentielles ? "On ne peut pas se permettre de réfléchir à la conséquence de notre décision, on doit garder une vue analytique. Ce n’est pas toujours facile à comprendre, reste que c’est notre rôle ", rétorque-t-il. "A travers nos multiples publications, notre façon de communiquer est telle qu’une dégradation ne sort jamais de nulle part, sauf en cas de crise soudaine comme la pandémie. En d’autres termes, nous veillons à ne pas surprendre le marché ", ajoute-t-il.

S’il se sent comme un poisson dans l’eau chez S & P Global Ratings, Nicolas Charnay n’écarte pas la possibilité de réapparaître un jour dans la sphère publique. "Cela pourrait être intéressant de travailler sur des sujets portant sur la finance non-bancaire", juge-t-il. Et opérer au sein d’une banque ? Après tout, cela fait une quinzaine d’années qu’il les observe. "Travailler sur la stratégie d’une banque et son adaptation réglementaire ou technologique pourrait être séduisant. Toutefois, ce n’est pas ma priorité du moment ", avance-t-il.

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