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Feuilleton de l'été / Carole Vachet / Crédit Agricole Transitions & Energies

Feuilleton de l'été
Carole Vachet / Crédit Agricole Transitions & Energies

exclusif Série d'été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Carole Vachet, directrice générale adjointe de Crédit Agricole Transitions & Énergies

EXCLUSIF. Elle a longtemps servi l’intérêt général, entre cabinets ministériels et hauts postes dans l’administration. Désormais, Carole Vachet explore d’autres leviers d’action, en misant sur l’hybridation entre finance, énergie et innovation. Directrice générale adjointe de Crédit Agricole Transitions & Énergies depuis le 10 juillet, elle continue de tisser un même fil : celui d’une action utile, concrète, ancrée dans les réalités du terrain.
Carole Vachet, directrice générale adjointe de Crédit Agricole Transitions & Énergies
Carole Vachet, directrice générale adjointe de Crédit Agricole Transitions & Énergies

La scène est presque symbolique : recrutée à cinq mois de grossesse dans un cabinet ministériel, Carole Vachet affiche d’emblée une manière d’être qui imprègne toute sa trajectoire - le refus de cloisonner les sphères, celles de la vie comme celles des idées. " J’ai toujours concilié les deux ", glisse-t-elle sans emphase. Et d’ajouter : "C’est décisif pour tenir durablement dans un environnement professionnel très exigeant ". Ce sens de l’équilibre, cette capacité à tenir les deux bouts - l’exigence technique et la vision stratégique, l’État et l’entreprise, la transition écologique et les contraintes économiques - structure l’ensemble de son parcours.

Née dans le Val d’Oise, elle garde en mémoire l’influence de sa mère, qui lui transmet très tôt le goût de l’effort et des études. C’est d’abord vers les humanités qu’elle se tourne, avec un attrait marqué pour la littérature, l’histoire et les sciences sociales." Plutôt littéraire ", elle se confrontera plus tard à des matières plus techniques, par défi. Sa trajectoire témoigne déjà d’une curiosité intellectuelle large, alliée à une volonté de ne pas s’enfermer dans un seul champ.

Très tôt, elle se voit journaliste ou diplomate. Ces aspirations la conduisent à Sciences Po, où son intérêt pour les questions internationales se confirme. Mais l’envie de servir plus largement l’action publique commence à faire son chemin.

 

L’appel de l’action publique

 

C’est dans cet état d’esprit qu’elle choisit de passer les concours administratifs : " Personne ne m’a poussée. Je me suis dit : je vais tenter l’ENA, cela m’ouvrira des portes. " Elle réussit le concours, puis découvre à mesure la richesse mais aussi les limites d’une carrière diplomatique. Des stages à Rome, à Addis-Abeba ou au ministère de la Justice confortent son intérêt pour les affaires internationales, mais font émerger chez elle une envie plus concrète d’agir.

En 2015, elle rejoint la Direction générale du Trésor. Elle y trouve un terrain d’expression idéal : une institution au cœur de la décision économique, en prise directe avec les grands équilibres internationaux. Son premier poste, consacré aux relations économiques et financières avec l’Ukraine et la Russie, conjugue géopolitique, enjeux stratégiques et responsabilités économiques.

Mais à l’issue de ce premier poste, elle veut aller "s’essayer à un métier plus technique" : ce sera la régulation financière. Nous sommes alors en 2017. Elle rejoint le bureau " Finances 1 ", en tant qu’adjointe au chef de bureau, chargée de l’épargne et de l’innovation financière. Elle y suit notamment la réforme du plan d’épargne retraite, mais aussi la régulation naissante des cryptoactifs. " J’ai eu la chance de partir d’une page blanche. On a posé les premières briques de la régulation, du cadre fiscal, du cadre comptable. ", explique-t-elle.

Ce poste marque un tournant. Elle se découvre un intérêt marqué pour la technologie, les marchés innovants, la complexité du dialogue public-privé. Elle confie : " C’est là que j’ai pris goût à l’innovation, y compris en matière de politiques publiques."

 

Du numérique aux grandes transitions

 

En 2019, elle rejoint le cabinet de Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’État au Numérique. Elle correspond au profil " techno " recherché pour compléter une équipe mêlant conseillers politiques et administratifs. Nommée conseillère économie et innovation, elle y trouve un espace d’expression à la mesure de sa double compétence économique et administrative, avec un champ d’action immense : télécoms, start-up, régulation des plateformes, inclusion numérique, souveraineté technologique.

Quand Cédric O succède à Mounir Mahjoubi, elle devient directrice adjointe, puis directrice de cabinet, jusqu’en 2022. Cette continuité lui permet d’accompagner l’un des chantiers européens majeurs de régulation du numérique : le Digital Services Act et le Digital Markets Act. " Co-conception, négociation, adoption… C’est très rare d’avoir la chance d’agir de bout en bout, surtout sur des projets européens. ", raconte-t-elle avec un enthousiasme toujours vif.

Elle garde par ailleurs la main sur les grands sujets du moment : déploiement de la fibre, inclusion numérique, structuration de la French Tech. " Une aventure professionnelle et humaine exceptionnelle, exigeante et très formatrice. L’opportunité de faire bouger les lignes sur des sujets importants pour nos concitoyens ", résume-t-elle, en évoquant aussi l’action collective menée avec la mission French Tech, Bpifrance ou la Direction générale des entreprises. L’un des fils rouges de son engagement : faire du numérique un levier à la fois de couverture du territoire, d’innovation économique et d’inclusion sociale.

Après ce cycle intense, le temps est venu de revenir à l’administration, cette fois en tant que sous-directrice à la Direction générale des entreprises. Elle y pilote des secteurs stratégiques : spatial, semi-conducteurs, cloud, économie de la donnée, calcul haute performance, un poste historiquement occupé par des ingénieurs. "Être nommée là, avec un parcours différent, c’était une fierté. Mais aussi un vrai challenge, car il faut gagner sa légitimité sur des sujets très techniques. " Elle s’y attelle avec méthode, animée par le désir de monter en expertise.

 

Une bascule vers l’impact

 

Ce retour à l’administration centrale est pour elle l’occasion de poursuivre sa plongée dans la deep tech, avec en toile de fond une attention croissante pour la souveraineté technologique.

En 2022, elle intègre le cabinet de Bruno Le Maire comme directrice adjointe. Aux sujets technologiques s’ajoutent ceux des grandes transitions : intelligence artificielle, consommation, inflation… et surtout, la préparation de la loi sur la simplification économique, qui l’amène à aborder de front l’impact des normes environnementales sur les acteurs économiques.

Une prise de conscience s’affine. " On ne convainc pas durablement par la seule contrainte. Il faut repartir des besoins, des usages, de la réalité des acteurs et des territoires. ", confie-t-elle. À ses yeux, l’un des défis majeurs est désormais de penser une écologie de la valeur : utile, concrète, appropriable.

Cette réflexion la conduit début 2024 à franchir le pas vers le privé. Son choix se porte sur Crédit Agricole Transitions & Énergies (CATE), une entité encore jeune au sein du groupe mutualiste, à la croisée des métiers de la finance, du conseil et de l’énergie. " J’avais envie de passer de l’accompagnement à l’action. Et j’ai trouvé chez CATE un alignement rare entre mes valeurs, mon parcours et un projet très opérationnel. "

 

Un laboratoire pour agir

 

Elle prend les rênes d’un projet hybride, ambitieux, inscrit dans la durée. Une équipe à taille humaine – une petite centaine de personnes – mais adossée à un géant de la banque universelle. Elle y retrouve ses leviers de prédilection : innovation, régulation, ancrage territorial, transformation écologique.

CATE finance historiquement les énergies renouvelables, mais l’ambition dépasse ce seul périmètre. " Notre vocation est de proposer aux clients des solutions concrètes de transition, qu’elles soient financières ou non. Cela passe par le conseil aux entreprises, l’accompagnement des particuliers via des plateformes comme J'écorénove, ou encore par des investissements directs dans des projets ou des sociétés à impact. " Le groupe développe aussi, avec des partenaires comme R3, des offres axées sur la résilience : biodiversité, eau, adaptation au changement climatique. L’enjeu : accompagner les clients face aux risques physiques et renforcer la solidité de leur chaîne de valeur.

Carole Vachet pilote ce projet avec méthode et conviction. Loin d’avoir rompu avec l’intérêt général, elle en redéfinit les contours dans un cadre nouveau, en misant sur l’impact concret, l’utilité sociale, l’innovation pragmatique. " Je voulais continuer à agir, mais autrement. Ici, je peux construire dans la durée, sans renier mes engagements. "

Ce goût de l’action, elle le cultive aussi dans sa vie personnelle. Mère de deux jeunes enfants, ceinture noire de karaté, passionnée de sports nautiques, elle revendique une forme de discipline mais aussi de liberté. "Cela a dû contribuer à mon esprit combatif ", dit-elle à propos de son passé dans les tatamis. Elle ne revendique pas un modèle parfait, mais assume les compromis nécessaires pour tenir ensemble exigences professionnelles, engagement personnel, et équilibre de vie.

Chez CATE, tout reste à écrire. "C’est une entreprise en construction, des métiers historiques et d’autres que l’on crée. La mission est très claire : accélérer la transition vers une économie durable et bas carbone et accompagner les clients du groupe face à ces défis ". Un terrain propice pour faire vivre ses engagements dans une nouvelle temporalité. Une manière d’être à la fois dans le monde tel qu’il est ; et dans ce qu’il peut devenir.

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