WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Kedge; John Plassard; dédollarisation

Macro-économie / Taux / Christine Lagarde / euro / Dollar

Macro-économie / Taux
Christine Lagarde / euro / Dollar

L’euro aimerait bien tirer son épingle du jeu d’une dédollarisation / Christine Lagarde dresse une feuille de route

Un statut de deuxième monnaie mondiale, près de 20 % des réserves de change, qui ne demanderait qu’à être renforcé. Le destin que projette Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, pour la monnaie unique n’est pas de supplanter du jour au lendemain le roi dollar et les quelque 58 % des réserves de change qu’il représente. Elle considère que son rôle international pourrait s’accroître tant grâce à une possible fragmentation de l’économie mondiale qu'en raison d'une série de mesures bien pensées.
 Dollar et euro côte à côte. Photo by Jonathan Raa/NurPhoto) (Photo by Jonathan Raa / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Dollar et euro côte à côte. Photo by Jonathan Raa/NurPhoto) (Photo by Jonathan Raa / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Ce qui est mauvais pour l’économie de la zone euro ne l’est pas forcément pour la monnaie unique. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), s’est montrée explicite ce lundi quant aux champs des possibles pour l’euro au vu de l’actualité internationale. Une diminution du commerce mondial ou un autre redécoupage du monde en différents blocs économiques ne sont pas vus positivement par la Française. Elle n’en estime pas moins que cela "pourrait permettre à l’euro de jouer un rôle international plus important" alors que des acteurs de plus en plus nombreux craignent de s’exposer au risque géopolitique associé aux États-Unis et souhaitent diversifier leurs réserves de change en défaveur du dollar. 

Pour autant, pas question de mettre la charrue avant les bœufs. Lors de son discours prononcé à Berlin elle a dressé un triptyque de prérequis. Le premier se trouvant être de trouver sur le Vieux continent "une base géopolitique solide et crédible en maintenant un engagement indéfectible en faveur d’un commerce ouvert et en le renforçant par des capacités de sécurité", le deuxième touche à un mal européen tenace puisqu’il s’agit de "faire de l’Europe une destination de choix pour les capitaux mondiaux, grâce à des marchés de capitaux plus profonds et plus liquides ". Enfin, le dernier point développé par la présidente de la BCE se trouve être la défense de l’État de droit et la capacité des Européens à s’unir pour résister aux pressions extérieures.

 

Privilège exorbitant

 

Un euro au rôle international plus important aurait un certain nombre de vertus détaillées par la Banquière centrale, difficile de ne pas y voir ce que procure actuellement le billet vert aux États-Unis. Christine Lagarde dresse en effet parmi les bienfaits potentiels d’un tel changement : la possibilité tant pour le secteur public que privé de l’UE d’emprunter à moindre coût, ce qui peut permettre de "stimuler notre demande intérieure à un moment où la demande extérieure devient moins certaine" et également cela "protégerait des fluctuations des taux de change, car davantage d’échanges commerciaux seraient libellés en euros, protégeant ainsi l’Europe de flux de capitaux plus volatils ".

L’ancienne patronne du Fonds monétaire international rappelle notamment qu’à date, depuis 1970, il s’avère qu’il y a eu " 34 cas simultanés de crise financière et de dette souveraine à l’échelle mondiale, mais les États-Unis sont restés à l’abri de ces ‘crises jumelles’". Elle estime certes que la voie est ouverte à un "moment euro mondial", il n’en demeure pas moins qu’elle martèle que "ce n’est pas un privilège qui nous sera accordé comme ça. Nous devons le mériter ".

 

Concurrence

 

Pour autant, le reste du globe ne reste pas les bras croisés. Le recul du dollar en la qualité de monnaie de réserve n’a pas profité à l’euro ces dernières années argue John Plassard, analyste chez Mirabaud, ce dernier soulignant que "le plus remarquable est la montée des 'monnaies non traditionnelles', qui grimpent à 4,6 % en 2024 contre 2,5 % en 2019". Il s’avérerait selon lui que "la dédollarisation n’est donc pas un transfert vers l’euro ou le yuan, mais vers un panier diversifié de petites devises". Son verdict est sans appel, la domination du dollar a certes diminué et ce depuis l’arrivée de l’euro et un groupe de plusieurs petites devises prend de plus en plus d’importance, il n’en demeure pas moins que "la domination du billet vert va se poursuivre pendant encore de nombreuses années".

Un constat moins sévère est porté par Kambiz Zare, professeur de géopolitique et International Business à KEDGE Business School, lequel juge qu’après avoir "longtemps été freiné par les faiblesses structurelles de l’UE" désormais l’euro "gagne en crédibilité. Le renforcement de son système financier, sa stabilité institutionnelle et son engagement en faveur des marchés ouverts placent l’Union dans une position favorable ". Ouvrant la voie à une consolidation du statut international de la monnaie unique telle que la dessine Christine Lagarde.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article