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Droit des sociétés / Portrait d'avocats / Benjamin May / Cabinet Jeantet

Droit des sociétés
Portrait d'avocats / Benjamin May / Cabinet Jeantet

exclusif Benjamin May, 25 ans d’innovation au service du droit et de la Tech / Itinéraire d’un associé-entrepreneur désormais chez Jeantet

EXCLUSIF. Après avoir co-créé et dirigé pendant près de vingt ans le cabinet Aramis, Benjamin May a rejoint Jeantet avec une équipe de dix avocats à ses côtés. Entre innovation - il est l’un des cofondateurs de la solution Naaia - et passion entrepreneuriale, le nouvel associé se lance un nouveau défi ambitieux : faire du pôle Tech-IP du cabinet un acteur incontournable de la place.
Benjamin May (Jeantet)
Benjamin May (Jeantet)

Après près de vingt ans d’aventure au sein du cabinet Aramis qu’il a co-fondé avec deux de ses confrères, Benjamin May officie depuis le 1er janvier dernier au sein du cabinet Jeantet. Accompagné d’une équipe de dix avocats, le nouvel associé a une ambition claire : renforcer le pôle Tech-IP (propriété intellectuelle) existant et en faire un département de place. "Jeantet est le seul cabinet français indépendant à ne pas avoir une équipe Tech - IP de premier plan. Nous avons la chance désormais de compter sur une équipe plurielle en termes de pratiques, avec de l’IP traditionnelle comme les brevets mais aussi la data et la Tech. Nous travaillons aussi sur des sujets de copyright dans un contexte où l’Intelligence artificielle (IA) change complètement la donne et des projets de migration de systèmes informations, avec l’ouverture d’un nouveau cycle dans l’IA alors que les technologies des ERP deviennent obsolètes ", s’enthousiasme Benjamin May, dans un entretien accordé à WanSquare.

 

Naaia, c’est (aussi) lui

 

Il faut dire que l’associé de chez Jeantet s’y connaît en logiciel, et pas seulement sous le prisme du droit. Il est le deuxième actionnaire de Naaia, une plateforme de conformité IA lancée il y a trois ans avec une consœur spécialisée elle dans le domaine de la santé électronique. "L’idée est venue de plusieurs constats : d’abord que l’IA allait révolutionner le monde. Nous étions alors aux prémices de l’IA Act européen, qui a finalement inspiré une centaine de législations dans le monde. Ensuite, les entreprises ont mal vécu la réglementation RGPD : des coûts, de la contrainte, une mise en œuvre a posteriori. Notre objectif était donc de leur permettre de penser de façon plus stratégique et en amont les exigences de compliance. Nous avons fait deux levées de fonds auprès de business angels, et très rapidement, ce nouvel outil s’est avéré correspondre aux attentes du marché et être finalement davantage une solution de pilotage des risques de l’IA, notamment en matière de gouvernance. Deux ans seulement après sa commercialisation, nos clients sont principalement des groupes internationaux du CAC 40 ce qui reste rare pour une start-up ", se félicite-t-il.

Une aventure entrepreneuriale qui le passionne à côté de son métier d’avocat. "Je ne dirige pas l’entreprise, je n’ai pas de mandat social, je participe, comme senior advisor, à la définition de la stratégie, aux choix importants sur les partis pris technologiques, etc", précise Benjamin May, fier que Naaia ait obtenu la première certification IA en Europe, "une des cinq premières dans le monde", ajoute-t-il. Dernièrement, l’associé s’est lancé dans une autre aventure avec d’anciens camarades de promo de l’ESCP : SunLib : une entreprise qui propose des abonnements photovoltaïques.

 

Aux prémices d’Internet

 

Un sens de l’éclectisme et une curiosité que Benjamin May cultive depuis le début de sa carrière. Élève précoce – il a eu son baccalauréat à 16 ans – mais très moyen, comme il le reconnaît lui-même, il intègre une prépa école de commerce après le lycée pour ne se fermer aucune porte, mais sans savoir ce qu’il veut faire de sa vie.

Accepté finalement à l’ESCP, l’avocat confesse avoir été davantage attiré par la vie étudiante que par les matières qu’on lui enseigne. Sauf une : le droit. Si bien qu’il s’inscrira en parallèle à l’Université Paris-Sud pour suivre un cursus en droit des affaires. "Je suis issu d’une famille de profession libérale dans le milieu médical et je me suis découvert, assez tardivement dans mes études, un profil d’entrepreneur. Après les choses se sont faites naturellement, lorsque l’on pense libéral et droit, on devient avocat ", nous confie-t-il.

Pris en stage en 1998 au sein du très prestigieux cabinet d’avocats parisien, Gide Loyrette Nouel, Benjamin May rencontre Olivier Cousi, défunt bâtonnier du barreau de Paris, connu pour son expertise en droit des médias. "Un des jeunes associés de son équipe développait une pratique dans les Télécoms, un secteur en plein essor à l’époque. On commençait alors à parler d’Internet ", se souvient l’avocat qui sera envoyé ensuite pendant un an et demi au bureau de Budapest, en Hongrie, "un des bureaux étrangers du cabinet qui fonctionnait le mieux avec celui de Pologne. Un grand bureau composé d’une trentaine d’avocats. Ce fut une expérience marquante, j’étais coopérant et mon rôle était de faire l’interface entre les clients de Gide et les juristes locaux. J’étais en circuit court et j’ai vraiment eu la chance d’avoir une formation généraliste 360° avec des sujets de fiscalité, de M & A, d’immobilier, etc.", se souvient-il.

 

La loi de libéralisation des Télécoms du Burkina Faso

 

Rentré à Paris où il réintègre l’équipe d’Olivier Cousi, Benjamin May se voit alors confier des dossiers réglementaires dans les Télécoms, "et surtout des missions de financement de la banque mondiale en Afrique Subsaharienne. J’ai par exemple rédigé la loi de libéralisation des Télécoms du Burkina Faso ", raconte-t-il.

L’avocat travaillera également sur le dossier du site de ventes aux enchères de Yahoo. "Il proposait à la vente des objets faisant l’apologie du IIIe Reich, ce qui a conduit des associations françaises, et notamment le MRAP, à porter plainte pour tenter d’en interdire l’accès. Mais si le juge des référés leur avait donné gain de cause, le juge américain avait bloqué l’exécution de la décision en invoquant le fait que s’il respectait le droit de la France d’interdire la mise en avant d’objets rappelant une période sombre de l’histoire européenne, il ne pouvait accepter, en vertu de la Constitution américaine, d’importer sur le territoire américain les histoires et les coutumes de l’ensemble des pays du monde. Une décision éclairante qui m’a vite fait comprendre qu’il n’y aurait jamais de droit international d’Internet", observe-t-il.

 

Le contentieux VISA : un dossier fondateur

 

En 2001, et en plein éclatement de la bulle Internet, Benjamin May rejoint De Pardieu Brocas Maffei, "à un moment où le cabinet était encore assez confidentiel, essentiellement constitué d’anciens avocats de chez Gide et spécialisé sur une clientèle banque et finance. Il venait d’accueillir une partie de l’équipe de Moquet Borde qui allait le propulser au rang des cabinets full services", rappelle-t-il. Il y deviendra avocat senior et gagnera en autonomie avec le départ de son associé. Un dossier va alors véritablement lancer sa carrière, un dossier de contentieux de brevets pour VISA. "Il s’agira de mon premier dossier de contentieux et très vite j’ai adoré la matière. Elle est vivante, nécessite une technique très sophistiquée en termes de procédure, de la stratégie et une dimension psychologique", constate-t-il.

Un dossier qui durera 7 ans. "Ce contentieux de brevets a rapidement eu des ramifications internationales et a concerné la plupart des banques françaises. Il s’agit des premiers paiements sur Internet et pour pallier la réticence des clients à effectuer des paiements en ligne, VISA proposait un service, la e-carte bleue, qui fournissait un numéro unique pour effectuer une transaction. Sauf que quelque part à Toulouse, quelqu’un avait déposé un brevet et ne voulait pas lâcher son invention. Après des années de procédure, son brevet a finalement été annulé", nous raconte-t-il. Une affaire qui le rendra visible dans la communauté des brevets et le lancera, sectoriellement parlant, dans le secteur des paiements. "Quelque temps plus tard, VISA m’a redemandé conseil sur la monnaie électronique. Je suis sans doute le premier avocat en France à avoir travaillé sur ce sujet", estime-t-il.

 

Une aventure de 20 ans

 

Chez De Pardieu Brocas Maffei, il se liera à un confrère, Aurélien Condomines, spécialisé quant à lui en droit de la concurrence. Ce dernier lui proposera rapidement de créer leur propre cabinet d’avocats, avant qu’un autre avocat de chez Clifford Chance ne les rejoigne. "Nous avons réfléchi à un business plan, à une stratégie marketing et à un positionnement. Nous avions une vision moderne d’un cabinet d'avocats en créant une société à forme commerciale, ce qui était plutôt rare à l’époque, avec un nom fantaisie, prononçable aussi bien en français qu’en anglais, et commençant par la lettre A pour être bien référencé ", détaille-t-il. Si bien que le 1er janvier 2006, le cabinet Aramis verra le jour à Paris. "Et dans le même temps, j’ai déménagé à Bruxelles pour suivre mon épouse enceinte qui venait d’accepter un poste en droit de la concurrence à la Commission européenne", poursuit-il.

Et force est de constater qu’Aramis démarrera sur les chapeaux de roues. Une grande coopérative agricole française lui fera de fait rapidement confiance sur des projets d’acquisitions d’installations industrielles en Europe mêlant droit de la concurrence et propriété intellectuelle, avec du contentieux en contrefaçon. "Aramis, c’est 20 ans de ma vie avec trois phases : celle du lancement – le rêve pour tout entrepreneur -, la conquête, et la normalisation qui peut aller de pair avec une forme d’immobilisme, en tout cas de mon point de vue. Or, je considère qu’un cabinet d’avocats doit toujours être en mouvement pour savoir se renouveler et conquérir de nouveaux dossiers", estime Benjamin May qui tentera alors une fusion avec un autre cabinet français. "J’ai passé un an sur ce projet avec l’idée de construire un cabinet ‘silver circle’ du marché parisien. Finalement, l’opération ne s’est pas concrétisée", conclut l’associé qui loin de vivre avec des regrets se dit aujourd’hui ravi, chez Jeantet, de ne plus avoir à porter la gestion d’un cabinet d’avocats. "C’est aussi cela qui m’a convaincu d’intégrer cette équipe : une ambition assumée et une gouvernance lisible".

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