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Macro-économie / Taux / Suisse / Inflation / Monnaie

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Et si Donald Trump provoquait un retour des taux négatifs en Europe ? / Ce pays qui pourrait se retrouver dos au mur

Valeur refuge par excellence, le franc suisse connaît une nette appréciation depuis quelques semaines en lien avec l’incertitude générée par la politique de Donald Trump. Phénomène pourvoyeur de déflation importée pour la Suisse, il pourrait obliger sa Banque centrale à assouplir davantage sa politique monétaire pour accroître le coût d’opportunité lié à la détention d’actifs helvètes. En parallèle, intervenir sur le marché des changes pourrait s’avérer compliqué, cela pouvant susciter l’ire des Etats-Unis.
Martin Schlegel, président de la Banque nationale suisse - Fabrice COFFRINI / AFP
Martin Schlegel, président de la Banque nationale suisse - Fabrice COFFRINI / AFP

Tout le monde se lève pour le franc suisse. Profitant de son statut de valeur refuge, la monnaie helvétique a connu un franc succès sur le marché des changes en ces temps agités. Le taux de change effectif nominal du franc suisse (taux de change pondéré par les échanges commerciaux) s’est apprécié de près de 20 % depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, s’affichant à un plus haut historique. Beaucoup s’est joué ces dernières semaines. Dans la foulée de l’annonce du président des Etats-Unis Donald Trump de mettre en place des droits de douane "réciproques", le taux de change effectif nominal a grimpé de 5 %.

Ce n’est pas sans poser problème à la Banque nationale suisse (BNS), qui a un objectif de stabilité des prix (hausse annuelle inférieure à 2 % des prix à la consommation). En effet, la Suisse est une économie relativement ouverte : un quart des biens et services qui composent le panier de son indice des prix à la consommation est importé. Les importations représentent plus de 60 % de son Produit intérieur brut (PIB), soit près de deux fois plus qu’en France et qu’en Italie par exemple.

De sorte que le lien entre appréciation de la monnaie domestique et déflation importée est plus ténu qu’ailleurs. L’inflation s’établissait à un niveau légèrement supérieur à 1 % en moyenne l’an passé, ce qui a poussé la BNS à amorcer une baisse de son taux d’intérêt directeur qui se situait à 1,75 % au premier trimestre 2024. En plus de cela, pour limiter l’appréciation de la monnaie helvétique, la BNS est intervenue sur le marché des changes en achetant, en termes nets, des devises à hauteur de 1,2 milliard de francs sur l’ensemble de 2024.

Depuis le début de l’année, la désinflation s’est renforcée, la hausse annuelle des prix à la consommation ne s’affichant plus qu’à 0,3 % en moyenne en février et mars. Tant et si bien qu’à la fin du mois passé, soit avant le durcissement significatif de la politique commerciale des Etats-Unis, le comité de politique monétaire de la BNS décidait d’une nouvelle diminution du taux directeur à 0,25 %. Dans les prochains trimestres, d’aucuns avancent que la Banque centrale pourrait procéder à une manœuvre inédite depuis une décennie : placer son taux directeur en territoire négatif, territoire duquel il était sorti après la crise pandémique.

Déjà il y a dix ans, c’est parce que la BNS luttait contre l’appréciation structurelle du franc suisse, conséquence de la crise financière mondiale et de la crise des dettes souveraines européennes, que cette politique non-conventionnelle avait été suivie (la Banque centrale européenne et la Banque du Japon avaient déployé la même politique mais elle visait à stimuler la demande de crédit), ce pour limiter ses interventions sur le marché des changes qui plaçaient son bilan sur une trajectoire inquiétante (c’était le coût du maintien d’un plancher, disparu depuis lors, de 1 euro pour 1,20 franc suisse). Les réserves de change de la Suisse représentent plus de 90 % de son PIB (contre moins de 10 % avant la crise financière mondiale), soit une proportion unique au monde. Les coffres de la BNS concentrent environ 7 % des réserves de change planétaires quand le PIB suisse représente "seulement" 0,43 % du PIB mondial.

"Personne n’aime les taux d’intérêt négatifs - même à la Banque nationale suisse, nous n’aimons pas les taux d’intérêt négatifs", déclarait il y a quelques mois Martin Schlegel, président de la BNS, jugeant toutefois qu’ils avaient atteint l’objectif escompté quand ils furent mobilisés. Thomas Jordan, qui fut le patron de la BNS lorsque ce dispositif fut utilisé, reconnaissait que les intérêts négatifs représentaient un défi pour les banques, les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les épargnants. "Cela peut également avoir des conséquences négatives sur la stabilité financière si la recherche de rendement conduit à une prise de risque excessive", concédait-il.

Pour éviter d’y recourir à nouveau, la BNS pourrait muscler ses achats de devises. Oui mais voilà, le contexte géopolitique est ce qu’il est et alors que les négociations commerciales vont bon train avec l’administration Trump (une hausse des droits de douane de 31 points sur les importations américaines de marchandises suisses avait été annoncée par Donald Trump avant qu’il ne la suspende), ces interventions ne seraient peut-être pas forcément bien vues du côté de Washington. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait accusé la Suisse de manipuler sa monnaie.

Le Trésor américain conduit une analyse semestrielle à propos des interventions sur le marché des changes des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis. Si elles sont massives, que l’Oncle Sam affiche un déficit commercial important vis-à-vis du pays examiné, et que ce même pays dispose d’un excédent significatif de la balance courante, alors des sanctions sont susceptibles d’être imposées à terme.

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