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Airbus scelle l’accord avec l’équipementier aéronautique américain Spirit AeroSystems / Une transaction clé pour sécuriser les chaînes de production des A350 et A220
C’est un frein de moins et une étape importante dans la montée en cadence d’Airbus. Dix mois après avoir entamé des discussions contraignantes avec Spirit AeroSystems, l’avionneur européen a signé l’accord définitif pour reprendre les activités stratégiques de l’équipementier aéronautique américain liées à deux de ses principaux programmes commerciaux.
Car Spirit AeroSystems, dont le grand public se souvient surtout pour avoir fabriqué la porte de secours du Boeing 737 MAX 9 arrachée en plein vol en janvier 2024 à près de 5 000 mètres d’altitude, est depuis longtemps également un fournisseur stratégique d’Airbus. Et ce fournisseur cristallise plusieurs grandes faiblesses de la chaîne de production aéronautique post-Covid : sous-investissement pendant la pandémie pour survivre, pénurie de main-d’œuvre qualifiée au moment de la reprise, puis problèmes de qualité en série au moment où il a fallu produire plus vite pour suivre la demande.
Si Spirit a engagé des plans de redressement qualité pour améliorer la fiabilité de ses opérations et restaurer la confiance de ses clients, les résultats sont encore très fragiles, la situation n’étant toujours pas jugée complètement rétablie : après l’incident de la porte arrachée début 2024, Spirit est toujours sous étroite surveillance renforcée de la FAA (l’autorité américaine de l’aviation) et de Boeing, avec des audits qualité systématiques. Sur ses autres productions, notamment celles destinées à Airbus (comme des parties de l’A350, des ailes d’A220), pour lesquelles Spirit avait aussi connu des retards et des non-conformités - même si moins médiatisés que sur Boeing - une grande partie du travail d’optimisation reste à faire. Un chantier que l’entreprise, confrontée à des difficultés financières, n’était pas en mesure de mener seule.
C’est cette situation qui a poussé Boeing et Airbus à vouloir reprendre la main sur plusieurs de ces activités industrielles pour sécuriser leur chaîne d’approvisionnement. Lorsque Boeing a conclu en juillet 2024 un accord pour racheter Spirit, Airbus a exigé la cession directe de certaines lignes de production essentielles pour ses propres avions, afin de ne pas prendre le risque de laisser ces actifs sous le contrôle indirect de son principal concurrent. Ce faisant, Airbus agit par nécessité plus que par opportunité : il prend le contrôle d’actifs critiques pour éviter toute déstabilisation de sa montée en cadence sur ses programmes commerciaux.
Compensation de 439 millions de dollars
L’accord définitif annoncé lundi en a précisé le périmètre final et les modalités financières. Airbus cible ainsi précisément les unités qui fabriquent des sections de fuselage pour l’A350, à Kinston (Caroline du Nord, États-Unis) et Saint-Nazaire en France, des composants pour l’A321 et l’A220 à Casablanca, des pylônes moteurs pour l’A220 à Wichita (Kansas, Etats-Unis), des ailes et éléments de fuselage pour l’A220 à Belfast en Irlande du Nord, ainsi que des composants d’ailes pour A320 et A350 à Prestwick en Ecosse.
La présence marquée de Spirit sur les programmes A220 et A350 d’Airbus n’est pas le fruit du hasard. Elle s’explique d’abord par l’acquisition en 2020 par Spirit des actifs de Bombardier liés au programme CSeries, devenu A220 après son rachat par Airbus en 2018. Spirit avait ainsi récupéré une part majeure de la production du petit monocouloir, avec la fabrication des ailes, du fuselage avant et des pylônes. Par ailleurs, Spirit AeroSystems dispose d’une expertise pointue dans l’utilisation de matériaux composites, notamment pour les ailes et les fuselages, une compétence parfaitement adaptée à la conception de l’A350, un avion dont la structure repose largement sur ces matériaux avancés.
Sur le plan financier, les enjeux sont limités pour Airbus, qui n’achète pas mais va recevra un paiement de 439 millions de dollars par Spirit (contre 559 millions de dollars annoncés initialement) pour accepter de reprendre ces activités déficitaires. La transaction va certes peser sur le résultat opérationnel et entraîner une augmentation des dépenses d’investissement de l’avionneur en 2025, mais elle déjà intégrée dans les prévisions financières annoncées en février.
En attendant la finalisation de l’opération prévue pour le troisième trimestre 2025, Airbus va par ailleurs prêter 200 millions de dollars sans intérêt à Spirit, afin de garantir la bonne marche des livraisons. Une utilisation judicieuse du capital pour l’avionneur européen, qui minimise ainsi les risques liés à la montée en cadence à moyen terme. Après avoir livré 57 A350 et 75 A220 en 2024, Airbus prévoit de produire 12 A350 par mois d’ici 2028 et 14 A220 par mois d’ici fin 2026.
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