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Vinci / Xavier Huillard / Pierre Anjolras
Vinci : la dernière assemblée générale de Xavier Huillard en tant que dirigeant / L'occasion de rappeler que la stratégie de diversification du groupe l'a paré aux éventualités
Une nouvelle ère de gouvernance a été ouverte chez Vinci ce jeudi. Les actionnaires du géant du BTP, des concessions et de l’énergie ont approuvé à plus de 99 % la nomination de Pierre Anjolras, son directeur général opérationnel depuis mai dernier, au poste d’administrateur. Une manière d’acter son arrivée au conseil d’administration. Il a décidé, à la suite de l’assemblée générale, de scinder les fonctions de président et de directeur général que Xavier Huillard occupait depuis quinze ans, après avoir déjà piloté sa direction pendant les quatre années précédentes. Ce dernier ayant atteint la limite d’âge qui incombe à sa fonction de directeur général, il reviendra donc désormais à l’ancien président de Vinci Construction d’entrer rapidement dans ses nouvelles fonctions, le 1er mai prochain.
Âgé de 59 ans, Pierre Anjolras est un ingénieur diplômé de Polytechnique et des Ponts et Chaussées. Après avoir commencé sa carrière à la direction départementale de l’équipement de la Loire-Atlantique, il avait rejoint la Direction générale des relations extérieures de la Commission européenne. Juste avant l’année 2000, il intégrera le groupe. Parmi ses premiers faits d’armes : avoir piloté un projet de déploiement de fibre optique pour l’opérateur télécoms scandinave Telia. "Il m’a permis de saisir immédiatement la complémentarité existante entre nos métiers d’énergie et de construction. J’ai ensuite dirigé les Autoroutes du Sud de la France (ASF), où j’ai découvert les concessions, et les synergies que ses métiers représentent avec ceux de la construction. J’ai fini par rejoindre plus directement ces derniers chez Eurovia ", a expliqué Pierre Anjolras lors de sa vidéo de présentation.
Une continuité prévue
Quelques années plus tard, alors qu’il en était devenu le P.-D.G., Xavier Huillard lui confiera l’intégration de la filiale au sein de Vinci Construction, dont Pierre Anjolras prendra la présidence avant d’être nommé directeur général opérationnel. Un fin connaisseur des différents métiers du groupe, qui entend suivre la voie tracée par son prédécesseur. "Mon action s’inscrira dans la continuité stratégique, managériale et culturelle. Cette continuité est garante de la réussite de Vinci dans la durée ", a-t-il assuré. Xavier Huillard présidera le conseil d’administration jusqu’à l’assemblée générale de 2026. Les suites qui seront données à la gouvernance du groupe, à cette date, n’ont pas encore été précisées.
"C’est la dernière fois que je m’adresse à vous en qualité de directeur général. Je voudrais vous remercier pour votre fidélité et votre soutien sans faille. Si nous avons pu développer notre groupe, c’est d’abord parce que nous avions votre confiance", a en tout cas fait savoir Xavier Huillard aux actionnaires de Vinci, sur la scène de la salle Pleyel. "C’est désormais Pierre Anjolras qui va piloter cette nouvelle phase et j’espère vous avoir convaincu qu’elle sera passionnante", a-t-il poursuivi. Il faut dire que Vinci s’est considérablement transformé sous la houlette de Xavier Huillard. En 2006, lorsqu’il s’est installé dans le siège de directeur général du groupe, il réalisait 25,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 71,6 milliards d’euros en 2024. La France en représentait 66 % et la construction près des trois quarts. Aujourd’hui, l’international pèse pour 58 % de son activité et plus de la moitié de ses bénéfices. La répartition par branche d’activité est aussi bien plus équilibrée, puisqu’en 2024, la construction représentait environ 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
L’anticipation
"Nos concessions étaient alors essentiellement composées de trois grands réseaux : ASF et Escota, ainsi que Cofiroute, que nous avions créé avec d’autres dans les années 1970", a rappelé Xavier Huillard. "Nous savions, dès 2006, que les autoroutes finiraient par avoir une fin", a également répondu plus après l’emblématique patron de Vinci à un actionnaire qui l’interrogeait à ce propos. "Dès cette époque, nous avons travaillé sur un certain nombre de sujets, pour que cet arrêt inévitable soit remplacé par autre chose", a-t-il poursuivi. De spécialiste de la construction et des concessions autoroutières, Vinci s’est transformé en un géant diversifié : ses services à l’énergie (incluant Vinci Energies et Cobras IS, racheté en 2021) pèsent donc désormais près de 40 % de son chiffre d’affaires - "et ce n’est que le début", a prévenu Xavier Huillard -, tandis que ses concessions se sont largement étendues à l’international et, surtout, aux aéroports. Vinci Airports et ses 72 d’entre eux sont désormais le premier opérateur aéroportuaire privé du monde.
Cela ne signifie pas pour autant que Vinci a d’ores et déjà fait une croix sur les autoroutes françaises. Le presque ex-P.-D. G est revenu en détail, pour répondre à une autre actionnaire, sur les bienfaits des partenariats publics-privés, dont les concessions sont une forme. D’autant que la transition énergétique sera génératrice de besoins en capitaux. "Des besoins tels que les fonds publics ne seront, à notre avis, pas suffisants", a-t-il souligné. L’accompagnement du développement de la mobilité électrique pour tous les types de véhicules, ou la prévention et la réponse aux évènements climatiques extrêmes en sont un exemple. "Je ne dis pas que c’est consensuel, mais l’idée que les concessions d’autoroutes seront remplacées par d’autres, avec des termes contractuels différents, gagne du terrain", a simplement résumé Xavier Huillard.
Faire tourner la machine
En attendant 2032 et la fin de son premier contrat de concession d’autoroutes (celui d’Escota), Vinci prépare en tout cas le terrain à toute éventualité - et répartit l’allocation de ses liquidités en conséquence. "Ce qui est intéressant d’observer est que cette belle machine qu’est Vinci génère son propre combustible", a-t-il indiqué, en détaillant la manière dont les flux de trésorerie opérationnels avaient été répartis au fil des années ayant succédé à la crise sanitaire.
Un tiers d’entre eux a évidemment été dédié à la préparation du futur. "C’est souvent un futur très lointain. L’année dernière, nous avons acquis (une prise de participation majoritaire) dans l’aéroport d'Édimbourg, qui est une forme de concession à durée illimitée. Nous avons également remporté une section de périphérique de Denver, c’est ici une concession dont la durée s'élève à 83 ans. Nous travaillons avec le cash-flow pour nous donner de la visibilité et de la résilience", a expliqué Xavier Huillard. Quand aux deux tiers restants, l’un a été utilisé pour "entretenir la machine" et le dernier pour "récompenser, à juste titre, nos actionnaires avec un dividende en croissance constante", a souligné Xavier Huillard. Ces derniers ont approuvé, à hauteur de 99,97 %, la proposition d’un dividende de 4,75 euros au titre de l’exercice 2024.
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