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Un vent d'incertitude souffle sur les marchés privés / Les tensions commerciales compliquent sérieusement le scénario de rebond

Si les marchés actions ont plongé à l’annonce des nouveaux droits de douane américains, les marchés privés subiront également les conséquences d’une incertitude croissante. Les espoirs d’un rebond en 2025 semblent déjà compromis, les conditions de sortie pour les fonds se compliquent fortement, et les investisseurs se montrent nécessairement prudents face à une nouvelle série de défis économiques.
Photo by Eric Audras / AltoPress / PhotoAlto via AFP
Photo by Eric Audras / AltoPress / PhotoAlto via AFP

C’est bien connu, les marchés ont horreur de l’incertitude. Et cela vaut autant pour les marchés privés que pour les marchés actions. Certains investisseurs et analystes avaient pu croire que l’annonce des nouveaux droits de douane par Donald Trump viendrait clarifier sa politique commerciale et apporter de la visibilité. Pour l’instant, c’est tout l’inverse qui s’est produit.

Et tandis que les marchés actions ont dévissé pendant trois jours, redoutant une récession mondiale que les banques centrales risquent d'avoir du mal à contrer en raison de leur faible marge de manœuvre face à l’inflation importée par ces droits de douane, les marchés privés se retrouvent eux aussi pris dans la tourmente. Premières victimes : les sorties, qui n’avaient pas besoin de cela. Après deux années moroses en 2022 et 2023, l’activité avait timidement repris en 2024, et les professionnels misaient sur une poursuite de cette embellie en 2025, portée notamment par la détente des taux d’intérêt. Ce rebond restait crucial pour résorber l’allongement significatif des durées de détention dans les portefeuilles.

Las, le vaste programme de droits de douane de Donald Trump, plus sévère que prévu et augmentant les risques de récession et de représailles tarifaires "ne fera qu'aggraver la situation", prévient Paul Condra, responsable mondial des marchés privés chez Pitchbook. D’ores et déjà, la fenêtre des introductions en Bourse qui se réouvrait à peine s’est refermée. Le Wall Street Journal a récemment rapporté que le géant suédois du paiement fractionné Klarna et la plateforme d'achat/vente de billets entre fans Stubhub avaient suspendu leurs projets d’IPO.

Le marché des fusions-acquisitions, lui aussi, voit ses perspectives s’assombrir. "On attendait un rebond en ce début d’année, porté par un environnement économique plus favorable, des baisses d’impôts promises et les promesses de déréglementation aux États-Unis. Mais l’annonce des tarifs douaniers a brisé cet élan ", observe de son côté Paul Moreno Blosseville, président d’Opale Capital, la filiale de Tikehau dédiée à la distribution d’actifs non cotés. Le climat d’incertitude est grand avec la mise en œuvre imminente de ces droits de douane, alimentée par le risque de représailles et leurs conséquences. Les investisseurs se montrent plus prudents, les valorisations deviennent plus délicates à établir, et les négociations patinent. Pour les fonds de private equity en quête de liquidité, la fenêtre de sortie se rétrécit de nouveau.

 

Effet dénominateur 

 

S’ajoute à cela la pression croissante de l’effet dénominateur. La baisse des valorisations sur les marchés publics accroît mécaniquement la part des actifs privés dans les portefeuilles, ce qui pousse certains allocataires à rééquilibrer leur exposition en réduisant leurs engagements dans le non coté. Un retournement de tendance après des années où la hausse des marchés cotés avait dilué la part du private equity.

Ce retour de balancier ravive les arbitrages, au détriment des fonds, déjà confrontés à des conditions de sortie compliquées. "Les fonds de private equity qui doivent vendre — notamment ceux des millésimes 2015 à 2020 — se retrouvent dans une position délicate. Ils devront revoir leurs ambitions à la baisse et accepter des valorisations inférieures à celles espérées il y a encore quelques semaines", constate Paul Moreno Blosseville. Et cela tandis qu’en matière de levées de fonds, les institutionnels, "déjà en tension, hésitent à s’engager sur de nouveaux véhicules".

Mais ce nouvel environnement ne fera pas que des perdants. "Les fonds secondaires, qui rachètent des participations dans des fonds existants, sont bien placés pour intervenir. Ils peuvent fournir de la liquidité aux investisseurs pressés de vendre, en profitant de décotes intéressantes. Une hausse des transactions secondaires est attendue, ce qui pourrait générer de belles opportunités", poursuit Paul Moreno Blosseville.

Autre secteur qui pourrait bénéficier de la situation : les fonds de crédits tactiques. Le ralentissement des opérations de fusions-acquisitions crée un besoin accru de financements alternatifs. Ces fonds, capables de proposer des solutions sur mesure, seront très sollicités. Ils pourront se permettre d’être plus sélectifs, ciblant les entreprises les plus solides pour offrir des rendements plus élevés.

Par ailleurs, pour les fonds primaires en phase d’investissement, notamment ceux lancés entre 2023 et 2025, la baisse des valorisations offre l’opportunité d’acquérir des actifs de qualité à des prix attractifs, même si dans ce climat incertain, la prudence s’impose. "Les due diligences seront plus longues et une expertise sectorielle poussée devient un véritable atout pour naviguer dans la tempête.", souligne Paul Moreno Blosseville.

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