Macro-économie / Taux / Banque de France / Trésor américain / encours
Macro-économie / Taux
Banque de France / Trésor américain / encours
Quand les chiffres du Trésor américain et de la Banque de France ne concordent pas / Les Français ne seraient pas aussi friands d’obligations américaines qu’il n’y paraît
Deux sons de cloche bien distincts. De chaque côté de l’Atlantique on dévoile des statistiques fort différentes sur la détention de titres de dette américaine. Le Trésor américain considère ainsi que celle de la France serait passée de 560 milliards de dollars à fin 2022 à 678 milliards de dollars à fin 2023, avant de s’établir à 960 milliards de dollars en fin d’année dernière. Très au-dessus des encours communiqués par la Banque de France.
On trouve sur le site de l’institution un billet signé par le chef de son service Etudes et statistiques des opérations financières, Fabrice Bidaud, qui s’évertue à expliquer les raisons lui permettant d’affirmer que les "statistiques de détention de titres sont plus fiables lorsqu’elles sont mesurées depuis le pays détenteur".
Grand écart
Tout au long des explications distillées par le spécialiste est déroulé son argumentaire axé sur la difficulté pour les conservateurs de titres "à faire la distinction entre résidence et nationalité, en attribuant par exemple une détention à une maison mère plutôt qu’à sa succursale". Tout comme il serait compliqué pour eux d’opérer "la distinction entre propriété légale et économique [puisqu’elle] peut également poser des difficultés pour mesurer correctement les mises en pension et cessions temporaires de titres". Des opérations temporaires et n’entraînant pas de changement de propriété in fine n’aideraient pas à obtenir une donnée homogène sur la nationalité des détenteurs de titres.
De quoi expliquer que la Banque de France parle d’achats nets de titres du Trésor américain provenant de l’Hexagone de l’ordre de 54 milliards de dollars, entre la fin de l’année 2022 et celle de 2024. Là où les données américaines évoquent quant à elles un flux net de l’ordre de 187 milliards de dollars. Cela permettrait à ses yeux d’illustrer la limite de la méthode de collecte utilisée par le Trésor américain. Ce dernier récupérant ses informations auprès du secteur financier et des conservateurs de titres américains, des informations lui permettant d’établir des données sur la détention en titres financiers et communique lui-même sur la limite de cet exercice au vu de l’incertitude sur la non-connaissance des détenteurs ultimes.
Question de méthode
Cette divergence ne se limite pas au seul Hexagone, d’autres pays européens rencontrent la même problématique. Fabrice Bidaud arguant que ces "écarts entre les statistiques européennes d’avoirs et les statistiques américaines d’engagements sont importants, particulièrement pour la Belgique et le Luxembourg ". Le poids conséquent du secteur financier pour les deux pays est utilisé comme illustration de "la difficulté à identifier le détenteur ultime des titres par les conservateurs américains : ceux-ci ne connaissent que le premier maillon de la chaîne de conservation, comme Euroclear en Belgique et Clearstream au Luxembourg. L’Allemagne présente quant à elle des écarts très similaires à ceux de la France".
Autant de faits qui font marteler à l’auteur que "les sources d’incertitudes sur les données françaises d’avoirs sont cependant de bien moindre ampleur (que celles sur les données américaines ndlr) et il convient donc de les privilégier pour mesurer la détention par les résidents en France". Le pays détenteur effectif des titres disposant d’une mesure bien plus fine que celui qui en est uniquement l’émetteur.
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