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Ces dynamiques qui sous-tendent la hausse des défaillances d’entreprises / Les créations de sociétés produisent un double effet
Alors que les défaillances d’entreprises continuent depuis le début de l’année 2026 leur ascension, il est toujours utile de s’intéresser aux éléments et dynamiques qui contribuent à leur progression. C’est ce sur quoi se sont penchés Olivier Gonzalez et Mathilde Lê, économistes au sein de la Direction des Entreprises de la Banque de France, dans une note consacrée à ce sujet et se basant sur les chiffres de 2025. Il y a d’abord la question du rythme : certes, les défauts de sociétés françaises ont continué de progresser l’an passé, mais à rythme nettement plus faible qu’en 2024 : + 3,6 % sur un an, contre 17,7 % alors. Les 68 602 procédures ouvertes ont dépassé de 15 % la moyenne de 2010 à 2019, dans un contexte où des niveaux historiquement bas avaient été atteints en 2020 et 2021, grâce au « quoi qu’il en coûte » mis en place par l’État lors de la crise sanitaire. Ce qui avait fait exploser les défaillances en 2022 et 2023, une partie des entreprises les moins performantes étant venue nourrir le contingent des défaillances postérieures à la crise sanitaire.
Reste que les défaillances de petites et moyennes entreprises (PME), d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) et de grandes entreprises, en 2025, ont bien vogué nettement au-delà de leur moyenne 2010-2019, à hauteur de 68 %, tandis que la hausse est plus mesurée, à hauteur de 12 %, pour les microentreprises (92 % des défaillances l’année dernière). « Hors microentreprises, le rattrapage des défaillances évitées durant la pandémie ne suffit plus à expliquer les niveaux atteints », pointent les économistes. En effet, ce phénomène de rattrapage a été absorbé en totalité dans le courant de 2023 pour les ETI, grandes entreprises et TPE, et en 2024 pour les PME. Les défaillances ne s’expliquent donc non plus par cette dynamique, mais par des facteurs liés notamment au contexte économique dans lequel elles s’inscrivent.
Des difficultés plus marquées
Pour les PME, ETI et grandes entreprises, les défaillances se caractérisent désormais par une dégradation plus marquée de leurs structures financières et par des difficultés accrues à préserver leurs niveaux d’activité, comme en ont témoigné les multiples exemples ayant rythmé l’actualité l’an passé. Ainsi, en 2025 et par rapport à 2019, les entreprises défaillantes étaient plus fortement endettées et ont rencontré une baisse plus forte de leur chiffre d’affaires, comparativement aux entreprises pérennes.
Leur taux d’endettement médian – soit le rapport entre la dette et le bilan total – était de 25 % en 2019, contre 31 % en 2025. Celui des entreprises en bonne santé n’a pratiquement pas évolué sur la période (à 17 %). L’écart relatif s’est ainsi creusé et ne semble pas imputable aux Prêts garantis par l’État, étant donné leur poids similaire dans l’endettement des entreprises défaillantes et pérennes. En revanche, la croissance du chiffre d’affaires a baissé des deux côtés du spectre, reflétant le ralentissement de l’activité dans un contexte moins inflationniste – bien que l’écart de niveaux médians se soit accru entre les deux types de sociétés.
« Deux autres indicateurs témoignent par ailleurs de l’instabilité de l’environnement économique des entreprises. Les niveaux médians de trésorerie et de taux de marge des entreprises défaillantes et des entreprises pérennes s’avèrent supérieurs en 2025 à ceux observés en 2019, ce constat étant partagé par la quasi‑totalité des secteurs », rapporte la note des économistes de la Banque de France. Les entreprises adoptent en effet des comportements plus prudents, explique la note. En lien avec cette observation, la littérature économique démontre que la perception que les chefs d’entreprise peuvent avoir de leur trésorerie s’est dégradée, en dépit d’une amélioration objective des niveaux de liquidité détenus. « Autrement dit, il faudrait aux entreprises, en 2025, plus de trésorerie et une rentabilité supérieure pour absorber les chocs économiques et absorber leur survie », déduit-elle.
Un rôle établi
Il y a un autre point, plus rarement étudié, restant aussi à prendre en compte : celui d’une dynamique de créations d’entreprises qui alimente aussi, dans une certaine mesure, le phénomène. Elles jouent un rôle structurel dans la tendance, explique la note. D’une part, elles élargissent le stock d’entreprises, ce qui fait mécaniquement grimper le nombre de défaillances potentielles. D’autre part, elles font aussi progresser la proportion de jeunes entreprises, qui sont statistiquement plus exposées au risque de défaillances.
Du fait du faible nombre d’entreprises individuelles dans les défaillances, l’analyse de la relation entre les deux phénomènes a été centrée sur les seules sociétés. Parmi les 1,2 million d’entreprises ayant été immatriculées l’année dernière, 300 000 l’ont été sous forme de société. Un nombre en hausse continue depuis 2016, pour un rythme de croissance moyen de 5,6 % par an. « Ce dynamisme de la création d’entreprises contribue à alimenter les défaillances d’entreprises. En tenant compte des spécificités sectorielles et des évolutions conjoncturelles, les résultats d’un exercice de modélisation macro-économétrique confirment en effet l’impact de la création d’entreprises sur les défaillances. Cet impact, différé et progressif, atteint un pic autour de la troisième année, période où les jeunes entreprises sont les plus vulnérables », explique la note. Passé quatre années, l’effet se stabilise.
Ainsi, il en ressort qu’une hausse d’un point de pourcentage du taux de croissance des créations est associée, quatre années plus tard, à un taux de croissance supérieure de 0,15 point à ce qu’il n’aurait été en l’absence de ce choc, toutes choses égales par ailleurs. Partant de cette estimation, et en considérant le taux de croissance annuelle moyen des créations, leur contribution à la variation des défaillances, à l’horizon de quatre ans, s’élèverait à quelque 0,84 point de pourcentage.
L’élément de nuance
Il y a toutefois un élément de nuance : si les créations alimentent les défaillances, cela se produit désormais dans des proportions moins importantes que par le passé. Les transformations sectorielles du tissu productif contribuent à atténuer cet impact, avec des générations récentes de jeunes entreprises au profil de défaillances différent, plus décalé dans le temps. Ceci tient en partie à des effets de composition sectorielle. La création d’entreprises est désormais particulièrement dynamique dans les services, notamment sous l’effet d’innovations issues de la crise sanitaire : elles ont poussé à des transformations technologiques et organisationnelles dans les entreprises – avec le télétravail – et dans les comportements de consommation des ménages, avec les achats en ligne.
Dans ce contexte, ce sont les secteurs à forte intensité technologique qui sont les premiers bénéficiaires de ces mutations, avec une concentration dans quelques secteurs des créations, étant eux-mêmes caractérisés par une sinistralité plus faible en moyenne. Ce qui titre globalement le taux de défaillances à la baisse chez les plus jeunes entreprises. « Cette baisse, tous secteurs confondus, semble donc davantage relever d’un effet de composition sectorielle, que d’une amélioration générale de la situation financière des entreprises nouvellement créées », observe la note. « Toutefois, les faibles taux de défaillance observés dans ces secteurs ne permettent pas de conclure automatiquement à une plus grande pérennité des entreprises nouvellement créées », ajoute-t-elle.
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