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Moins financées, les greentechs françaises ne s’empêchent pas d’émerger / Malgré des investissements aussi en recul en Europe, le soutien à l'écosystème est tangible
Le paysage des start-ups françaises compte de plus en plus de greentechs en son sein. Le panorama annuel de Bpifrance en la matière a dénombré près de 2 900 de ces entreprises en 2024, dont l’offre correspond à une solution innovante pour améliorer l’impact environnemental des entreprises et des consommateurs, tout en contribuant à (au moins) un objectif de la taxonomie européenne. Elles étaient, au contraire, au nombre de 2 743 à fin 2023 : 544 greentechs ont été sorties du panel pour cause de rachat, de difficultés financières ou d’ancienneté et 682 nouvelles ont été identifiées par la banque publique d’investissement. Des sociétés qui permettent d’ailleurs de cocher plusieurs cases stratégiques, en contribuant à la fois aux objectifs de décarbonation et de réindustrialisation du pays, ou en étant un vecteur du passage des laboratoires de recherche à l’entreprise : 20 % d’entre elles sont des porteuses d’innovations de rupture (des deeptechs) et 57 % ont des enjeux industriels. Les greentechs ont aussi été à l’origine de 48 inaugurations de sites industriels depuis 2022.
Elles sont le plus souvent de jeunes entreprises. Environ 1 300 d’entre elles ont moins de cinq ans, tandis que l’autre grande partie des greentechs françaises (1 094) n’a pas encore soufflé sa dixième bougie. En cumul, toutes ces entreprises ont réalisé 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an passé. Logiquement, plus l’âge va en grandissant et plus leurs revenus s’apprécient. Plus de la moitié de celles à avoir moins de cinq ans n’a pas encore franchi la barre des 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est en revanche le cas pour la majorité d’entre elles une fois cet âge dépassé. "Malgré un contexte plus incertain, le développement des [greentechs] en France continue de progresser en 2024, et Bpifrance maintient son engagement en soutenant activement cette dynamique. Toutefois, les [greentechs], en particulier industrielles, doivent encore relever des défis pour développer des modèles d’affaires pérennes et rentables, et il reste essentiel de poursuivre la mobilisation des capitaux privés pour renforcer cet écosystème encore jeune et en cours de maturation", a souligné Paul-François Fournier, directeur exécutif de Bpifrance, en charge de l’innovation.
Moins de grandes opérations
Car en 2023, les greentechs avaient été les grandes favorites des investisseurs en capital-risque. Mais entre les difficultés de certaines d’entre elles, la montée en puissance des levées de fonds des start-ups d’intelligence artificielle générative et un contexte de marché toujours délicat, elles ont été redescendues à la deuxième place du podium sectoriel en 2024. Elles n’ont pas démérité pour autant, en représentant encore 29 % (soit quatre points de moins qu’en 2023) des fonds levés dans la French Tech l’année dernière, pour un total de 2,2 milliards d’euros. Sur un an, la baisse s’affiche à 20 % en valeur, notamment du fait des grandes opérations qui ont manqué à l’appel.
Quatre opérations de plus de 100 millions d’euros ont toutefois figuré au programme l’année dernière : celles d’Electra, de Hyseteco, de Newcleo et d’Elyse. La mobilité propre, en valeur, a représenté 43 % des fonds levés. Mais au total, ces grandes levées de fonds représentent 34 % des fonds totaux levés, contre près de 50 % en 2023. Un effet de comparaison défavorable reste à relever, puisque la gigantesque levée de fonds de Verkor, de 850 millions d’euros, avait incarné à elle seule 30 % de la valeur de toutes les opérations en 2023.
Tendance mondiale
En revanche, si la baisse observée de fonds levés s’est fortement ressentie sur les opérations de plus de 100 millions, ce sont tout de même ces dernières qui ont tiré le secteur en valeur. En nombre, la majorité des opérations reste inférieure à 15 millions d’euros. Et le volume total des levées de fonds s’est lui aussi restreint : elles sont passées de 220 en 2023 à 161 en 2024. Un recul particulièrement marqué sur les opérations en pré-seed et seed.
Cette tendance baissière des investissements en capital-risque dans les greentechs en France ressort conforme à celle qui s’observe dans le monde. Et ce pour la troisième année consécutive, avec un recul enregistré de 25 % entre 2023 et 2024. L’Europe et l’Asie-Océanie ont rencontré leur plus forte baisse triennale, respectivement de 28 % et 40 %. Seule l’Amérique du Nord a retrouvé une dynamique positive, à hauteur de 10 %, majoritairement grâce à un renforcement des investissements aux États-Unis. Plus particulièrement, l’écosystème du pays confirme son statut de leader mondial, avec une hausse de 11 % des financements ayant profité à son écosystème. L’augmentation reste néanmoins mesurée en comparaison aux investissements qui y ont été dédiés à d’autres secteurs, comme l’IA, rappelle Bpifrance. Et les dernières prises de position, sur l’énergie et le climat, pourraient aussi augurer un inversement de la tendance.
Avec du recul
D’autant qu’en tout et pour tout, l’Europe semble avoir de quoi se défendre et résister pour financer ses greentechs, malgré une moindre dynamique. En tout, 13,2 milliards de dollars ont profité aux greentechs du continent en 2024, représentant ainsi 25 % des levées, dans un marché en retrait de 8 % (en valeur). Aux États-Unis, le montant de 15 milliards de dollars représente 8 % des levées, dans un marché en progression de 26 %. Enfin, en Chine, dans un marché en hausse de 30 %, les levées des greentechs ont représenté 13 % du total, pour 5,1 milliards de dollars (soit une baisse de 40 %).
Malgré un ralentissement des investissements en capital-risque cette année, les progressions de plus long terme semblent aussi prouver que l’écosystème des greentechs européen est désormais bien installé dans le paysage. Depuis 2020, dans le "top 6" du continent, les montants levés se sont significativement accrus, de 38 % en France et en Suisse, par exemple, de 56 % en Allemagne ou encore de 14 % au Royaume-Uni.
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