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Ce qui manque encore aux deeptechs françaises pour passer à l’échelle / Un besoin de financement de 30 milliards d’euros identifié d’ici 2030

L'écosystème des entreprises spécialistes des innovations de rupture en France s'est considérablement strucutré et agrandi ces dernières années. Mais maintenant que son vivier a atteint une taille critique, il reste à permettre à ces entreprises de devenir de vraies championnes technologiques, pesant sur la scène de la concurrence internationale. Charge à la France et l'Europe de se doter de capacités publiques et privées pour répondre à un besoin de financement estimé à 30 milliards d'euros d'ici à 2030, pointe un rapport de la Direction générale des Entreprises, afin de relever le défi de leur passage à l'échelle.
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

C’est un sujet incontournable pour les start-ups européennes et françaises : le fameux "passage à l’échelle", leur permettant de transiter des premières étapes de développement vers une vraie phase de croissance et l’obtention d’un statut de champion technologique, capable de rivaliser avec la concurrence sur la scène mondiale. Problème : si les start-ups tricolores et du continent sont généralement bien accompagnées pour se lancer, le bât blesse s’agissant des stades de financements ultérieurs, intervenant justement au moment de franchir cette étape. Un manque qui devrait aussi se faire sentir chez les start-ups qui opèrent dans la "deeptech", spécifiques car portant le développement et l’industrialisation d’innovations de rupture, souvent issues de la recherche fondamentale. En clair, des entreprises aux besoins financiers importants et au temps de développement long.

Cet univers a pris de l’ampleur ces dernières années, porté par le soutien public du "Plan Deeptech" lancé en 2019 et opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, et par la maturation de l'écosystème d'investissement privé. Les levées de fonds sur le segment "deeptech" ont été quasiment multipliées par trois en cinq ans, pour atteindre 4,1 milliards d’euros en 2023, rappelle un rapport conduit par la Direction générale des Entreprises (DGE). Ce qui place la France en pole position dans l’Union européenne et au quatrième rang mondial, derrière les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. De quoi permettre la création d'entreprises, avec 385 start-ups deeptech ayant émergé en 2024, souligne Bpifrance dans le bilan des six années du "Plan Deeptech". Cela correspond à une multiplication par 2,3 depuis 2018, confirmant ainsi une tendance qui pourrait permettre d’atteindre l’objectif de 500 nouvelles deeptechs créées en France, par an, d’ici à 2030. La France compte aujourd’hui près de 2 600 start-ups deeptechs actives. 

 

Une offre en amorçage structurée

 

Et si les levées de fonds ont marqué le pas à hauteur de 31 % l’année dernière, après le record atteint en 2023, c’est en raison d’une baisse des grands tours de table supérieurs à 100 millions d’euros, observe aussi Bpifrance. "La base des entreprises 'deeptech' s’est considérablement développée. Il s’agit des fruits de la qualité de notre recherche, reconnue comme l’un des principaux actifs français à l’échelle mondiale. Le transfert entre la recherche et l’entrepreneuriat s’est aussi structuré. Tous les sondés ont remarqué une vraie acculturation des acteurs de l’enseignement à ces enjeux, tandis que l’écosystème du financement privé comprend aussi de mieux en mieux ceux de la recherche", explique-t-on à Bercy à la suite de la publication du rapport de la DGE.

Voilà pour les constats positifs. Car l’écosystème de la deeptech se heurte encore à plusieurs difficultés. Si la recherche française est reconnue, elle pourrait être mieux exploitée, ce qui nécessiterait de renforcer sa valorisation en accélérant le passage du "labo à l’usine". Surtout, le financement au-delà d'un certain stade reste donc le grand absent du tableau. 

Celui sur les phases d'amorçage, s’est bien développé ces dernières années, souligne le rapport de la DGE. Une tendance qui se lit dans certaines des réponses recueillies pour le réaliser : seules 18 % des 93 entreprises sondées ont dû revoir à la baisse leur objectif de financement lors des premiers stades de levées de fonds (pré-seed et seed), tandis que près des trois quarts des véhicules des investisseurs répondants ont une taille inférieure ou égale à 100 millions d’euros. L’amorçage est aussi le profil d’investissement le plus représenté chez ces derniers lorsque leurs thèses d'investissement sont spécialisées sur une maturité. Si le vivier d'entreprises deeptech a donc atteinte une taille critique et que les financements répondent à l'appel pour qu'elles puissent se créer, il s’agira désormais de répondre à un besoin de financement identifié de 30 milliards d’euros d’ici 2030 afin de pouvoir réellement accompagner les start-ups tout au long de leur cycle de développement et créer de véritables champions technologiques de rang mondial, souligne le rapport de la DGE. "La France et l’Europe doivent se doter de capacités de soutien avec des outils de financement privé et public des start-ups, capables de rivaliser avec les principaux compétiteurs internationaux", poursuit l’étude.

 

Plusieurs pistes

 

Flécher les fonds des institutionnels vers les investissements deeptech, inciter le financement direct et indirect bancaire, attirer les capitaux des fonds de pension et souverains, favoriser la structuration du marché secondaire, allonger la durée de vie des fonds d’investissement publics et privés orientés sur la question, porter le passage du venture capital au private equity grâce à un soutien public… plusieurs pistes de réflexion pour ce faire ont été émises par le rapport de la DGE. L’association réunissant les acteurs de l’écosystème, France Deeptech, avait aussi soumis plusieurs recommandations visant à multiplier les financements dans le secteur au mois de janvier.

Et pour accélérer la transition des start-ups deeptechs vers de vraies entreprises industrielles compétitives, l’adoption de leurs innovations sur le marché devra aussi être renforcée, souligne la DGE, qui préconise un recours accru et systématique aux instruments extra-financiers de commande publique et privée, de garanties et de leviers réglementaires qui permettraient d’accélérer la normalisation de ces entreprises spécifiques dans le tissu économique. Sur la base de ces différentes conclusions et alors que le rapport de la DGE a été remis à Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Philippe Baptiste, ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, Marc Ferracci, ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie, et Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique la semaine dernière, une réflexion interministérielle associant les acteurs privés de l’écosystème deeptech devrait aboutir, d’ici l’été, à une nouvelle stratégie pour la deeptech française.

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