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Capgemini sous pression après des prévisions prudentes traduisant un manque de visibilité / Mais l’IA offre des leviers à long terme
La sanction est lourde. Capgemini chutait mardi de 10 % à la Bourse de Paris à la suite de la publication de ses résultats 2024. Une dégringolade dont l’ampleur n’avait pas été observée depuis mars 2020, en pleine crise sanitaire. Et cela, bien que les comptes du numéro un français des services numériques pour l’exercice écoulé se soient globalement révélés conformes aux attentes.
Son chiffre d’affaires s’est établi à 22,1 milliards d’euros, en repli de 1,9 % sur un an en données publiées et de 2 % à taux de change constant, et sa marge opérationnelle a reculé au même rythme, à 2,93 milliards d’euros, représentant 13,3 % du chiffre d’affaires, comme en 2023. Des chiffres qui s’inscrivent dans les fourchettes de prévisions de la société. Celle-ci visait une contraction de son chiffre d’affaires de 2 % à 2,4 %, et une marge opérationnelle comprise entre 13,3 % et 13,4 %.
La France inquiète
Comparé aux anticipations des analystes (22,05 milliards d’euros et 13,4 % respectivement), le tableau est légèrement plus mitigé. "La bonne surprise vient de la croissance organique du quatrième trimestre, un peu meilleure que prévu", note le cabinet Oddo BHF. Elle est certes toujours négative mais en amélioration à -1,5 %, après -2,1 % au troisième trimestre. Une évolution soutenue par la région Asie-Pacifique et Amérique latine, en hausse de 4,6 %, tandis que la France inquiète : la faiblesse des secteurs de l’Industrie, des Biens de Consommation & Commerce, et Énergie & Utilities, y a entraîné une baisse du chiffre d’affaires du groupe 5,8 %. L’environnement dans l’Hexagone "s’est clairement détérioré vers la fin de l’année", a reconnu Aiman Ezzat, le directeur général du groupe, lors de la visioconférence avec les analystes, en précisant : "notre marge opérationnelle s’est améliorée dans toutes les régions, à l’exception de la France", où elle a souffert de la baisse de l’activité, conjuguée à certains éléments exceptionnels.
Toutes régions confondues, bien que le résultat opérationnel de l’exercice 2024 soit légèrement inférieur aux attentes (de 0,5 %), l’écart reste suffisamment modéré et n’explique pas la déception observée sur les marchés. "La capacité du groupe à maintenir sa marge opérationnelle dans un contexte de faible demande tout en investissant pour l’avenir illustre la résilience de son modèle opérationnel", a souligné à cet égard Aiman Ezzat. La performance "est très honorable à la lueur de la décroissance de l’activité & illustre la montée en puissance ces dernières années des offres à forte valeur ajoutée", confirment les analystes de TP Icap Midcap.
La déception réside par conséquent avant tout dans les perspectives pour 2025. Pour l’exercice en cours, Capgemini table sur une évolution de son chiffre d’affaires allant d’une baisse de 2 % à une progression de 2 % à taux de change constants, une marge opérationnelle comprise entre 13,3 % à 13,5 %. Des perspectives jugées prudentes. Surtout au regard de l’apparente amélioration des prises de commandes. Le ratio de prises de commandes sur facturations (book-to-bill) est remonté à 122 % au quatrième, contre 108 % sur l’ensemble de 2024, suggérant une légère amélioration de l’environnement de signature des contrats.
Des dépenses discrétionnaires limitées
Cette donnée néglige cependant le caractère discrétionnaire des investissements des clients, au regard notamment de l’exposition du groupe au secteur automobile et à l’Europe. Ces investissements peuvent être ajustés, reportés ou annulés en fonction de l’évolution des conditions économiques, qui restent moroses. "Les clients demeurent très prudents", et "leurs dépenses discrétionnaires resteront limitées, du moins pour la première moitié de l’année", a reconnu Aiman Ezzat face aux analystes.
Dans le contexte économique actuel, la priorité des clients est avant tout la recherche d’efficience et d’optimisation, notamment à travers le déploiement de technologies innovantes comme l’IA, l’IA générative et le cloud. Ce sont ces domaines qui concentrent principalement l’attention, davantage que les projets de croissance, a-t-il expliqué.
Si ces secteurs ne représentent pas encore une part très significative du chiffre d’affaires de Capgemini, la tendance évolue. En 2024, les prises de commandes liées à l’IA générative ont représenté près de 4 % du total des prises de commandes du groupe, et environ 5 % au quatrième trimestre, ce qui devrait soutenir les perspectives à moyen et long terme. Comme l’explique TP Icap Midcap, "l’émergence de l’IA permettra de répondre à la pénurie de talents, réduisant ainsi les coûts de personnel et augmentant la productivité, ce qui soutiendra les marges, malgré l’effet des ajustements de prix à partager avec les clients".
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