Macro-économie / Taux / Irlande / Réforme / Déficit budgétaire
Macro-économie / Taux
Irlande / Réforme / Déficit budgétaire
Le bon élève irlandais pourrait bien ne pas le rester / Des réformes sont nécessaires pour la soutenabilité de son modèle
Mieux vaut prévenir que guérir. Loin de s’alarmer de la situation irlandaise actuelle, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) suggère à Dublin d’aller au-devant de futurs problèmes et de s’adapter en conséquence. L’institution considère, dans son rapport dédié au pays du trèfle, qu’il existe un point d’attention alors que l’économie est au plein-emploi ou presque, à ce qu’il y ait "une telle insistance sur les dépenses pro-cycliques, même si elles sont en partie axées sur des investissements en capital destinés à améliorer la productivité".
Les équipes de l’institution soulignent qu’un tel choix "risque de se heurter à des contraintes de capacité, d’accroître les pressions inflationnistes sous-jacentes et d’entraîner des violations de la règle de dépense existante". La lecture de l’étude fait ressortir que la bonne situation budgétaire n’est pas totalement expliquée par les fondamentaux de l’économie irlandaise.
Inexpliqué
Le solde budgétaire a certes enregistré un excédent de 1,5 % du PIB en 2023 et ce grâce à une forte croissance des recettes, pour autant l’impôt sur les sociétés interroge. Il faut dire qu’il pèse pour près de 20 % des recettes publiques totales (et 27 % des recettes fiscales) et que la part exceptionnelle de cet impôt atteint 47 % au titre de l’année 2023. Ce qui signifie que ces derniers ne peuvent pas être expliqués par des facteurs sous-jacents.
Pour se prémunir de toute mauvaise surprise, il est conseillé d’éviter de nouvelles mesures ponctuelles non ciblées de soutien au revenu, que le contexte actuel ne rend pas justifié. Il est de fait jugé essentiel de mieux contrôler les augmentations des dépenses courantes permanentes. Autre volet des recommandations de l’OCDE, celle de séquencer efficacement les projets d’investissement en capital afin de s’exposer le moins possible aux contraintes de capacité.
Préserver
Les inquiétudes de l’OCDE ne reposent pas uniquement sur les choix que prendront ou non les dirigeants irlandais ; elle voit de nombreux nuages s’accumuler à l’horizon. Ces derniers sont énumérés : le changement démographique, la démondialisation, la numérisation ou encore la décarbonation. Sur le premier point il est argué que certes "le profil démographique actuel est favorable, mais la part de la population âgée de plus de 64 ans par rapport à celle en âge de travailler (20-64 ans) devrait plus que doubler entre 2022 et 2070 pour atteindre 55,6 % ".
Conséquence immédiate : la hausse des dépenses publiques liées à la santé et les pensions associées sera de l’ordre de "5,7 % du PIB d’ici 2070, [ce qui] sera beaucoup plus élevée que la moyenne européenne de 1,6 %". Des réformes de l’organisation des retraites et des soins de santé sont considérées comme salvatrices sur ce point. L’ampleur du phénomène pourrait néanmoins être compensée puisqu’une augmentation d’un tiers de la migration nette "réduirait les dépenses de retraite de 0,2 % du PIB par rapport au scénario de référence".
Presser le pas
Il s’avère que certains chiffrages sont pour le moins datés et gagneraient à être actualisés, c’est notamment le cas pour celui de "la feuille de route politique décennale du gouvernement visant à réformer le système de santé (Sláintecare) [qui] n’a pas été révisé depuis 2017". Difficile d’établir précisément les besoins budgétaires en l’absence de données récentes, ou même lorsque ces dernières ne sont pas intégrées. Il est fait état que " les coûts de décarbonation prévus par la législation sur le climat sont susceptibles d’atteindre un pic en 2026-30" et qu’il serait bon qu’ils soient " incorporés rapidement dans les projections budgétaires".
Ce dernier point représentant un coût potentiel de 5 milliards d’euros par an en cumulant hausse des dépenses et diminution des recettes. L’importance de s’appuyer sur des données à jour est cruciale au vu des questions d’endettement. Pour l’heure l’OCDE avance que "la dette publique devrait atteindre 85 % du RNB d’ici 2050 dans le cadre des politiques actuelles […] et tomber à 79 % dans le cadre d’un scénario d’immigration plus élevée". La situation du pays en tant que "que petite économie ouverte sujette aux chocs" est loin d’être idéale, les auteurs rappelant que "l’Irlande peut être confrontée à des changements brusques de sa position d’endettement, ce qui incite à la prudence budgétaire. Ainsi, le ratio de la dette publique au PIB est passé de 24 % en 2007 à 119 % en 2012". Une lueur d’espoir est apportée avec un scénario optimiste en termes de réforme structurelle, qui verrait le ratio dette sur revenu national brut revenir vers 40 %.
Il faudra pour cela maintenir le cadre réglementaire de l’Irlande, considéré comme un des plus favorables à la concurrence parmi les pays de l’OCDE. Il est ainsi redouté que l’inefficacité et l’augmentation des coûts des entreprises puissent "menacer le statut du pays en tant que principal bénéficiaire d’investissements étrangers et, par conséquent, mettre en péril les programmes à forte intensité d’investissement".
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