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Le private equity en 2025 : entre dynamique de reprise et optimisme prudent / La collecte devrait se redresser sur le marché intermédiaire
La reprise enregistrée en 2024 par le private equity va-t-elle se poursuivre en 2025 ? L’an dernier, la valeur annuelle des opérations de capital-investissement a augmenté de 35,4 % en glissement annuel, tandis que le nombre d'opérations a augmenté de 18,2 %, marquant la troisième meilleure année pour les opérations de capital-investissement en Europe après les records de 2021 et 2022.
La vigueur des transactions en 2024 s’explique en partie par le retour des rachats d'entreprises par effet de levier (LBO) dont la valeur annuelle a augmenté de 36,4 % et qui ont représenté 60,4 % de la valeur totale des transactions de capital-investissement, devant le capital-développement et les acquisitions complémentaires.
Le phénomène s'est accentué en fin d'année, lorsque les sponsors ont bénéficié de la baisse des coûts d'emprunt liée à l'assouplissement de la politique monétaire. "Une hausse des opérations de LBO est souvent un signal de confiance pour le marché, ces transactions étant généralement plus importantes et plus complexes à exécuter", observe PitchBook dans une récente analyse du private equity européen en 2024.
En ce début d’année 2025, "nous restons optimistes pour les transactions, car le paysage macroéconomique s'améliore et les turbulences politiques se dissipent au premier semestre", explique Nicolas Moura, CFA, analyste principal EMEA Private chez PitchBook. Des avancées semblent possibles sur le front géopolitique. Le nouveau président américain, Donald Trump, a appelé à une résolution du conflit entre la Russie et l’Ukraine, ce qui pourrait favoriser un retour à une certaine stabilité, notamment sur les prix de l’énergie. Parallèlement, la poursuite de la baisse des taux d’intérêt par les banques centrales en 2025 devrait stimuler les transactions en réduisant les coûts d’emprunt et en soutenant les valorisations.
Démocratisation accrue
Plus largement, "nous nous attendons à ce que cette classe d’actifs poursuive sa croissance, portée par une démocratisation accrue des marchés privés, à mesure que les grandes sociétés de gestion attirent davantage de capitaux non institutionnels et ciblent la clientèle de détail et de gestion de patrimoine", poursuit Nicolas Moura.
Une tendance de fond à laquelle des acteurs reconnus comme Eurazeo, Ardian ou LBO France se sont engagés depuis longtemps en France, et qui s'illustre à l’échelle européenne avec le fonds EQT Nexus du suédois EQT, ainsi que la plateforme numérique Moonfare, offrant aux investisseurs individuels un accès direct aux fonds de capital-investissement et de capital-risque. En élargissant la base d'investisseurs et en stimulant les flux de capitaux vers le private equity, cette démocratisation des marchés privés est ainsi à même de renforcer la dynamique de collecte de fonds pour 2025.
Le cœur du capital investissement
En matière de collecte, 2025 devrait également bénéficier d'un rebond sur le marché intermédiaire, c’est-à-dire les fonds entre 100 millions et 5 milliards d'euros. Ce segment, cœur du capital-investissement, exclut les mégafonds qui faussent les données sur les levées de fonds, à tel point que 2024 a été une année record en termes de capitaux levés, bien que le nombre de nouveaux fonds ait atteint son plus bas niveau depuis dix ans.
Après avoir culminé à plus de 70 milliards d'euros en 2021, les levées de fonds du marché intermédiaire en Europe ont régulièrement diminué, revenant à un peu plus de 50 milliards d'euros en 2024 (données PitchBook à la date du 5 décembre). "Cette évolution s'explique par deux facteurs : la détérioration du financement, liée à des taux d'intérêt élevés sur une longue période, et un marché des sorties en demi-teinte qui a limité les retours de capital aux LPs, réduisant ainsi leur capacité à réinvestir dans la collecte de fonds ", explique Nicolas Moura.
Selon l’analyste, cependant, la collecte sur le marché intermédiaire en 2025 "sera bien différente de celle des trois années précédentes" et devrait renouer avec la croissance. En extrapolant l’augmentation des transactions observée l’an dernier pour les levées de fonds du marché intermédiaire, l’analyste prévoit un retour des levées " autour des niveaux de 2022 ".
Sorties encourageantes
Bien sûr, l’évolution de la collecte est étroitement liée à l'amélioration des sorties, qui ont enregistré une reprise en 2024, surpassant les niveaux des deux années précédentes. Tout s’est joué au quatrième trimestre. Grâce à l’accélération de fin d’année, les sorties ont retrouvé leur rythme de 2021. Ce qui est " très encourageant, car les dernières années ont accumulé un stock d'entreprises cherchant à sortir, et la dynamique de fin d'année suggère que ce stock commencera enfin à être libéré en 2025 ", note Nicolas Moura.
Cependant, cet optimisme doit être nuancé. Si la fin de l'année 2024 a montré des signes positifs, le ratio investissement/sortie de 2,4x révèle qu'il reste un nombre important d'investissements non liquidés dans les portefeuilles. D'ailleurs, PitchBook souligne que la durée de détention des actifs par les GPs avant de procéder à une sortie a augmenté, passant d'une médiane de 5,2 ans en 2021, à 6,1 ans en 2024.
L’essor des transactions GP-led
Dans ce contexte, les transactions secondaires pour les GPs devraient rester une solution largement privilégiée. Traditionnellement dominé par les LP-led, qui permettent aux investisseurs initiaux de céder leurs parts dans des fonds existants, le marché secondaire connaît une montée en puissance des transactions initiées par les GPs. Cela fait deux ans que la baisse des multiples de valorisation des entreprises en portefeuille pousse les GPs à éviter de vendre leurs actifs les plus stratégiques et à les conserver en les transférant dans des véhicules de continuation.
En permettant la vente d'actifs non liquidés ou de portefeuilles d'investissements à des investisseurs tiers, ces opérations offrent aux GPs un moyen de dénouer certains de leurs actifs tout en répondant à la demande croissante de liquidités.
En 2024, les transactions secondaires initiées par les GPs ont ainsi atteint un niveau record, avec un volume total de 72 milliards de dollars, selon une récente étude de Lazard. Ce chiffre reflète la valeur des actifs transférés dans des véhicules de continuation, illustrant l’essor de ce segment du marché secondaire. Une tendance qui devrait se poursuivre selon Pitchbook, l’expansion de GP-led secondaries étant alimentée non seulement par les fonds spécialisés investissant exclusivement dans les secondaires, comme Ardian Secondary VIII ou Blackstone Secondaries IX, mais aussi par l’essor de firmes dédiées aux secondaires, telles que Lexington Capital Partners ou Coller Capital.
Les fonds de continuation multi-assets se développent
La montée en puissance des transactions GP-led s’inscrit dans un mouvement plus large de structuration et de diversification du marché secondaire. Si "les fonds de continuation ont pu susciter de l'appréhension, notamment en raison des conflits d’intérêts potentiels, […] ils bénéficient aujourd’hui d’un travail de pédagogie mené auprès des investisseurs institutionnels", explique à WanSquare Guillaume Panuel, associé chez McDermott.
"Des initiatives, comme celles portées par France Invest, ont contribué à démocratiser ces véhicules en dressant un état des lieux des pratiques de marché en vigueur ", ajoute-t-il.
Parallèlement, la recherche de diversification dans les fonds secondaires a ainsi entraîné un passage du single-asset, où un seul actif est cédé dans une transaction, au multi-assets, qui regroupe plusieurs participations au sein d’un même véhicule. En 2024, plusieurs transactions emblématiques réalisées par Abenex, MBO & Co, Ardian Expansion et 21 Central Partners ont illustré cette tendance.
Tandis que le marché secondaire dans son ensemble bénéficie de levées de fonds record, la démocratisation des fonds de continuation progresse rapidement, consolidant leur position comme une alternative crédible et résiliente aux stratégies de sortie traditionnelles. "En termes d'équilibre, de risque, d'investissement et de connaissance du portefeuille, ce segment d'investissement se distingue par sa résilience", souligne Guillaume Panuel, qui constate une adoption croissante de ces stratégies de sortie parmi les acteurs du private equity.
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