Banques
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La culture du risque, un maillon capital dans la chaîne de la réindustrialisation / La décarbonation du secteur ajoute des besoins de financements
C’est un refrain qui revient sans cesse lorsque le sujet est abordé : la réindustrialisation de la France sera une aventure collective, ou ne sera pas. Derrière ce grand objectif économique partagé par les secteurs public et privé, se pose évidemment la question du financement. De fait, les projets industriels ont besoin d’un soutien en capital, plus aventureux pour les acteurs bancaires, en raison du risque qu’ils représentent et du temps long dans lequel ils s’inscrivent. Il serait pourtant utile que les banques renouent avec la "culture du risque industriel", détaille le cercle de réflexion La Fabrique de l’industrie, dans un document publié en collaboration avec le groupe Crédit Agricole, "Ce que l’industrie attend des banques". Car si chacun semble s’aligner derrière l’ambition gouvernementale d’un "réarmement industriel", elle suppose néanmoins d’agir sur plusieurs volets et de s'appuyer sur une collaboration entre entreprises, financeurs et puissance publique.
Faire naître un nouvel écosystème
Des volets qui représentent des investissements considérables, notamment dans les PME et ETI. "Dans un premier temps, tout cela va coûter très cher", observe bien Nicolas Dufourcq, contributeur de l’ouvrage. Cela coûtera cher et les courbes en J seront profondes, poursuit-il, "d’autant que, comme il y a longtemps que nous ne construisons plus d’usines, nous ne savons pas très bien nous y prendre", relève le directeur général de Bpifrance. Financer ces opérations suppose ainsi de faire preuve d’une culture du risque, qui était pourtant installée dans les années 1960, lorsque les banquiers constituaient par exemple des "pools" pour limiter le risque.
Le métier bancaire a néanmoins changé, notamment au gré des évolutions des réglementations "Bâle". Et nombre d’acteurs souhaitent donc que les crédits qu’ils accordent soient dérisqués. Alors, estime Nicolas Dufourcq, on ne peut envisager la réindustrialisation du pays sans que l’État ne couvre une partie significative du risque du secteur bancaire. "Pour que les banques acceptent d’aller vers des investissements industriels risqués, ceux-ci doivent être partiellement garantis. C’est la garantie qui réconcilie ces deux mondes : elle n’est pas très coûteuse et ses effets déclencheurs et multiplicateurs sont remarquables", observe-t-il. Sauf que les opérations sont de plus en plus importantes en termes de montant, et les banques ne sont pas toujours équipées pour cela. Il reste l’option de s’adresser à des fonds souverains ou de pension, bien que nombre de pays européens aient les mêmes besoins.
Si un nouvel écosystème de financement, pour le capital-risque en série A et amorçage, ou bien pour les infrastructures, a pu se créer en Europe par le passé, pourquoi pas en imaginer un du "capital-risque industriel" ? Il pourrait être nécessaire, pour cela, d’assouplir la directive Solvency, explique Nicolas Dufourcq, afin que les assureurs et porteurs de capitaux puissent abonder des fonds de "venture" industriel, qui seront la contrepartie privée des banques de développement européennes, comme Bpifrance donc, mais aussi la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KFW) allemand, la Cassa Depositi e Prestiti italienne ou la Banque européenne d’investissement. "Les assureurs sont soumis à des contraintes très fortes, mais ce sont eux qui ont les poches les plus profondes. ll n’est pas normal que les compagnies d’assurances britanniques et américaines soient en mesure d’investir davantage dans le private equity que les compagnies européennes", regrette Nicolas Dufourcq.
La première des conditions
D’autant que les ambitions de réindustrialisation de la France s’accompagnent des objectifs de neutralité carbone en Europe en 2050. Et c’est sûrement ici que se trouve le véritable défi du projet, puisqu’il concerne aussi les industriels déjà installés. La condition sine qua non d’une industrie française décarbonée et compétitive sera donc celle de l’accès à une électricité de ce type et qui soit abordable, relève dans cette parution l’ancien dirigeant de Saint-Gobain et co-président de la Fabrique de l’industrie, Pierre-André de Chalendar.
Les politiques publiques peuvent bien s’appuyer sur les prix et la réglementation pour inciter les entreprises à s’engager sur ce chemin, mais l’évolution trop régulière de la première sera à ralentir. Par exemple, les règles d’attribution de MaPrimRénov' ont mis en difficulté les fournisseurs de rénovation énergétique. Du côté de la demande industrielle, l'ajustement se fait au niveau des prix, en l’occurrence par la taxe carbone qui a été instaurée en Europe. "L’idéal serait que la même taxe soit appliquée partout dans le monde mais tel n’est pas le cas. En attendant, l’Union européenne a décidé d’appliquer la taxe carbone à ses frontières. Cette taxe est une très bonne idée en théorie mais risque d’être contre-productive en pratique, dans la mesure où elle ne s’applique qu’à quelques produits. Par exemple, l’acier fait l’objet d’une taxe carbone aux frontières, mais pas les automobiles, si bien que les constructeurs européens vont être durement pénalisés", observe Pierre-André de Chalendar.
Une mesure d’autant moins performante que les États-Unis et la Chine ont adopté la méthode inverse : au lieu de taxer les émissions, ils subventionnent les énergies décarbonées. Ce qui a créé un différentiel significatif entre les pays. "Le groupe Saint-Gobain ne sera pas vraiment concerné car ses produits ne voyagent pas beaucoup, dans la mesure où leur coût de transport est largement supérieur à leur coût de fabrication. Beaucoup de secteurs, en revanche, vont être impactés par ce phénomène, qui risque de compromettre les efforts de réindustrialisation de notre pays", conclut Pierre-André de Chalendar.
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