ESG
ESG
Ces pratiques d’engagement utiles à la décarbonation d’une chaîne de valeur / La marche reste encore haute afin de les diffuser pour de bon
L’addition pourrait être salée. S’il n’existe plus de mystère, pour les entreprises, quant aux risques tangibles et directs sur leurs activités représentés par l’évolution du climat et de l’environnement naturel, l’impact le plus profond devrait se faire sentir sur les chaînes d’approvisionnement, pointe une étude du CDP réalisée en collaboration avec HSBC. De fait, les données de plus de 23 000 sociétés mondiales recueillies par la plateforme de reporting environnemental font ressortir que les coûts financiers potentiels, découlant des risques climatiques liés aux chaînes d’approvisionnement, devraient représenter quelque 162 milliards de dollars pour elles… soit près de 3 fois plus que les 56 milliards de dollars nécessaires à l’atténuation de ces risques.
D’autant que les grandes entreprises acheteuses le savent bien. Le risque climatique en est un qui se traduit du côté commercial. D’où l’importance d’activer tous les leviers d’action potentiels sur le sujet, notamment auprès de leurs fournisseurs, généralement stimulés par leurs pratiques d’engagement. Le CDP, en s’appuyant sur les retours d’expérience de 343 acheteurs de "premier plan", a identifié plusieurs propositions les plus susceptibles d’avoir un réel impact climatique. Au programme : la collaboration et l’innovation (grâce à des investissements conjoints dans la recherche et le développement de technologies à faible émission), le renforcement des capacités et l’éducation (au travers du soutien des acheteurs à fixer des objectifs scientifiques, ou de proposition d’offres de formation sur le sujet de la décarbonation) et, enfin, les incitations financières.
Solutions gagnant-gagnant
Il y a les taux préférentiels de financement de la chaîne d’approvisionnement, par exemple, visant à intégrer des critères de durabilité dans les solutions traditionnelles de ce type (comme des taux d’intérêt plus bas) en partenariat avec des établissements financiers. Une solution parmi d’autres qui pourrait permettre aux banques d’atténuer les risques liés au climat découlant de leurs portefeuilles et de se rapprocher par la même occasion de leurs objectifs de réduction des émissions d’ici à 2050, pointe le rapport.
Au sein de la palette des incitations financières, l’on y retrouve également des conditions contractuelles plus favorables – priorité dans le renouvellement des contrats, calendriers de paiement flexibles -. "Ces conditions favorisent des relations stables et à long terme et encouragent des efforts continus en matière de développement durable. Dans certains cas, cependant, les fournisseurs qui ne respectent pas ces critères de durabilité peuvent se voir imposer des conditions de paiement défavorables et des pénalités, ce qui garantit la responsabilisation", observe le rapport du CDP.
Pas encore très répandu
Autre levier : l’augmentation du volume des commandes auprès des fournisseurs engagés dans des efforts de décarbonation, ou bien des offres de subventions pour l’installation d’infrastructures d’énergies renouvelables. Une étape financière qui semble bien primordiale dans le processus de transformation durable des chaînes d’approvisionnement, dans la mesure où les fournisseurs sont en effet plus enclins à réduire leurs émissions annuelles lorsque leurs acheteurs leur en proposent, plutôt qu’au travers d’une unique formation, à hauteur de 52 %. Mais la marge de progression, pour que les acheteurs diffusent leurs prises d’initiatives de réduction des émissions à l’ensemble de leur chaîne de valeur, reste vaste. Alors que plus de la moitié des entreprises interrogées se sont effectivement mises en ordre de marche sur le sujet, elles ne sont que 15 % à cibler leurs fournisseurs par ce biais.
De plus, les acheteurs ne s’engagent en moyenne qu’avec des fournisseurs qui représentent moins de 50 % de leurs dépenses d’approvisionnement et moins de 40 % de leurs émissions en amont. Et pourtant, de nouveau, le prix de l’action se révèle en fin de compte bénéfique. Les entreprises qui réduisent leurs émissions de Scope 3 (donc celles qui émanent en amont et en aval d’une chaîne de valeur) économisent, en moyenne, 13,6 milliards de dollars en coûts. Sur le plan environnemental, ce type de collaboration est aussi avéré : en 2023, les alliances entre acheteurs et fournisseurs en matière de décarbonation avaient permis d’éviter 43 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit l’équivalent des émissions annuelles de la Suède.
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