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L'année 2025 vue par... Thomas Reynaud /
Directeur général d'Iliad
L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir l’Europe de la tenaille USA-Chine notamment sur les questions d’IA ?
Nous sommes au-delà de l’urgence. Nous sommes au pied du mur, avec face à nous une question existentielle, qui se résume simplement : l’Europe veut-elle continuer de compter dans le monde ou alors s’effacer, devenir – elle en prend malheureusement trop souvent le chemin – une puissance secondaire ? Si cette hypothèse du pire est envisageable, elle n’est cependant pas certaine. Nous, européens, avons je le crois une grande capacité de sursaut. Et des atouts à faire valoir, notamment nos 450 millions d’habitants et nos 23 millions d’entreprises. Nous avons la taille suffisante, les ressources suffisantes pour rivaliser avec les USA et la Chine, à la condition de changer totalement d’état d’esprit. D’abord, en arrêtant de toujours pointer du doigt Bruxelles, en en faisant le responsable unique de notre impuissance collective. C’est une excuse facile, un mécanisme déresponsabilisant : Bruxelles n’est que ce qu’en font les États-Membres ! Si nous le voulons bien, l’Europe peut être un formidable niveau pour agir. Il faut pour cela – c’est le second point – se mettre dans un état d’esprit offensif, prendre l’initiative plutôt que subir le monde, avec un gigantesque plan européen pour le cloud et l’IA. C’est le seul moyen d’atteindre cet objectif vital : défendre notre souveraineté numérique et industrielle. Ce plan doit se concentrer sur quelques points. En premier lieu : un "European Buy Act" de marchés publics réservés ou souverains dans des domaines sensibles comme la défense ou la santé. C’est ce que font les Américains, sans même parler des Chinois. Ne soyons pas candides, utilisons les mêmes armes, qui permettront à des acteurs européens de grandir, d’atteindre une taille critique. Il faut ensuite un cadre plus favorable, avec une plus grande confiance dans l’initiative privée, d’où qu’elle vienne. Regardons là aussi les choses en face : l’industrie spatiale américaine a été révolutionnée par un "immigré" sud-africain et par une commande publique de 15 milliards d’euros. L’immigré s’appelle Elon Musk, le projet Space X et le donneur d’ordre public la NASA. Nous pouvons faire aussi bien. Nous avons, nous aussi, comme nous l’avons fait par le passé, de belles histoires à écrire. L’Europe doit également mobiliser des subventions massives. Des bonnes subventions ! Pas pour maintenir sous respiration artificielle des secteurs moribonds, mais pour donner vie, encourager des secteurs de pointe. Ces sommes doivent aller en priorité vers des centres de recherche ouverts, y compris publics-privés. Il faut enfin prévoir des exemptions permettant de s’aligner sur les pratiques de dumping américaines et asiatiques en matière de taxes et de prix de l’énergie décarbonée. Une fois encore, ne soyons pas naïfs. Jouons avec les mêmes cartes de jeu !
Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?
L’instabilité politique n’est jamais une bonne nouvelle, car elle nuit à ce qui est la mission première de l’État : garantir à toutes et tous, y compris aux acteurs économiques un cadre propice, permettant de mener à bien ses projets. Ce cadre propice, c’est évidemment un cadre réglementaire constant qui ne varie pas tous les quatre matins, car comment dans ce cas s’inscrire dans des perspectives long terme ? Il en va de même en matière fiscale. Si la rentabilité d’un projet est soumise à l’aléa fiscal, en plus de tous les autres aléas, il y a de très bonnes chances pour que ce projet reste dans les cartons. Un cadre propice, c’est aussi un cadre qui n’est pas sur-réglementé. Si trop d’impôt tue l’impôt, trop de règlements tue l’investissement. Et là encore ne montrons pas du doigt l’Europe. Je prends un exemple : en France, les délais d’implantation de data centers ont triplé sur les dernières années pour passer de 12 mois à près de 3 ans, hors délai de raccordement électrique qui peut prendre plus de 5 ans. Comment dans ces conditions rester dans la course mondiale ? Il y a dans notre pays un alourdissement et un empilement des contraintes administratives, auquel le projet de loi de simplification de fin 2024 devait apporter des premières réponses. L’article 15 ouvrait aux datacenters la possibilité d’être qualifiés de "projet d’intérêt national majeur" et donc de raccourcir les délais administratifs. Il est urgent de se remettre au travail !
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