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Michel Barnier pour négocier le Brexit : un choix à double tranchant

Jean-Claude Juncker a désigné l’ancien commissaire européen en charge des réglementations financières pour mener à bien la sortie des Britanniques de l’UE. L’action du Français à la suite de la crise a laissé un goût amer à Londres.
Michel Barnier
Michel Barnier

Michel Barnier reprend du service à Bruxelles. Celui qui fut le Monsieur réglementation financière de l’UE à la suite de la crise de 2008, va être en charge du plus grand dossier du moment : le Brexit. Le patron de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a en effet annoncé aujourd’hui que le Français serait le négociateur en chef pour la préparation et la conduite des négociations avec le Royaume-Uni. « Michel est un négociateur chevronné, qui a acquis une expérience variée dans les grands domaines d’action qui intéressent les négociations », a justifié le Président de la Commission. Ces compétences vont être à double tranchant pour les discussions à venir. Si Michel Barnier est un fin connaisseur des pourparlers européens, les Anglais n’ont pas forcément gardé un bon souvenir des tours de vis dont il a été à l’origine.

Pour mémoire, à la suite du référendum du 23 juin, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres ainsi que les Présidents du Conseil et la Commission européenne se sont réunis. Ils ont plaidé pour un Brexit ordonné. Le négociateur européen aura donc pour mission de préparer le terrain en interne pour le travail à venir. Une fois l’article 50 déclenché, ce qui ne devrait pas être fait avant l’an prochain, Michel Barnier devra prendre les contacts nécessaires avec les autorités britanniques et tous les autres interlocuteurs de l’UE. Son entrée en fonction est prévue pour le 1er octobre.

Né en 1951 et diplômé de l’ESCP, Michel Barnier connaît parfaitement les rouages de Bruxelles. Une expérience acquise via ses différentes fonctions en lien ou rattachées à l’exécutif de l’UE : il fut ministre délégué aux affaires européennes de 1995 à 1997. Il a également été commissaire européen chargé de la politique régionale et ad personam des réformes institutionnelles de 1999 à 2004, ministre des affaires étrangères pendant près d’un an ou encore député européen. Mais c’est surtout son poste de commissaire européen puis de Vice-président de la Commission en charge du marché intérieur et des services (2010-2014) qui lui a valu sa réputation à la City.

Car le rapport des Britanniques à la régulation a souvent été très différent de celui de Michel Barnier. Il était évidemment reconnu nécessaire de part et d’autres que les textes devaient évoluer à la suite de la crise pour limiter les prises de risques excessives et éviter que le contribuable n’ait à mettre la main à la poche en cas de tourmente, mais les approches étaient bel et bien différentes. Très pragmatique, Londres a toujours défendu une réglementation adaptée à son modèle et non pas des règles qui satisfassent tout le monde et donc personne. Des discussions musclées ont par exemple eu lieu sur l’encadrement des banques, que ce soit en ce qui concerne la ségrégation des activités spéculatives ou sur l’encadrement des bonus des banquiers.

C'est ainsi qu'un journal britannique n'a pas hésité à qualifier notre Savoyard d'« homme le plus dangereux d'Europe » et qu'aujourd'hui le Financial Times le désigne comme « l’ancien fléau de la City ». « Le projet européen est fragile. Il n’est pas immortel, on le voit avec la sortie d’un grand pays, même si je rappelle que le Royaume-Uni a toujours été partisan de l’Europe à la carte », a déclaré en juin à La Croix Michel Barnier.

Il est également un choix politique, car il est issu de l’un des pays fondateurs de l’UE, l’Hexagone dont la place financière espère bien profiter de la sortie du Royaume-Uni et non la subir. Michel Barnier est également un défenseur de l’Union et de la zone euro. Il a d’ailleurs perdu face à Jean-Claude Juncker lors de la désignation du candidat PPE (la droite européenne) en vue des élections européennes de mai 2014. Reste à savoir s’il pourra et si on lui donnera les moyens de tenir tête aux redoutables négociateurs que sont les Britanniques.

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