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Gary Cohn, ultime provocation de Donald Trump

Le président et COO de Goldman Sachs devrait être nommé directeur du National Economic Council, et ainsi échapper à l’impôt sur la vente des 209 millions de dollars de titres qu’il détient. Wall Street maintient plus que jamais son emprise sur l’administration US.
Gary Cohn
Gary Cohn

Donald Trump, qui se targuait de vouloir « assécher le marais » et a attaqué à de multiples reprises ses concurrents Ted Cruz et Hillary Clinton pour leurs liens avec Wall Street, pourrait atteindre le summum de l’hypocrisie avec sa prochaine nomination. Vendredi, les rumeurs se précisaient sur le nom du prochain directeur du National Economic Forum, l’organe qui supervise la politique économique à la Maison Blanche. Il s’agit de Gary Cohn, président et COO de Goldman Sachs, numéro deux de la banque américaine derrière Lloyd Blankfein. Il en est un vétéran car, après avoir fait ses armes au New York Mercantile Exchange comme trader sur l’argent, il a été recruté par Goldman Sachs où il est rapidement devenu un banquier d’investissement star de la prestigieuse firme. Co-COO à partir de 2006, il en est devenu le seul COO trois ans plus tard et a été vu comme l'héritier officiel de Lloyd Blankfein, notamment lorsqu’il a pris le relais l’an passé, pendant la chimiothérapie de son patron.

Mais ce dernier, en poste depuis 2006, ne semble pas vouloir se retirer dans un avenir proche et Gary Cohn, qui est connu pour son style brusque et intimidant, pourrait avoir été séduit par la personnalité de Donald Trump. S’il est enregistré comme démocrate, il a effectué des dons pour chaque camp dans le passé et lors d’une conférence récente, a indiqué qu’il était « prudemment optimiste » sur une administration Trump, lui laissant « le bénéfice du doute ». Si son départ devrait susciter l’espoir des nombreux candidats potentiels au poste de CEO de Goldman Sachs, ce transfert vers la sphère publique serait aussi une opération juteuse pour Gary Cohn : il serait ainsi obligé de vendre les 209 millions de dollars de titres Goldman Sachs qu’il détient pour accepter le poste, sans avoir à payer d’impôts dessus !

Avant même qu’elle ne soit officialisée, cette nomination a bien sûr provoqué l’ire des médias outre-Atlantique : ils ont brancardé l’hypocrisie de Donald Trump, qui s’était montré particulièrement hostile à Wall Street pendant la campagne et avait même accusé ses adversaires, Ted Cruz pendant la primaire républicaine puis Hillary Clinton, de pactiser avec l’ennemi. Sans parler de sa dernière campagne télévisée, dans laquelle il attaquait « un pouvoir global qui a dépouillé le pays de sa richesse » et avait notamment projeté le visage de l’actuel CEO de Goldman Sachs.

Gary Cohn ne serait pas le premier ancien de Goldman Sachs à être nommé dans son administration : Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, et Stephen Bannon, le stratégiste en chef, sont passés par la banque mais aucun n’y est restés 26 ans comme l’actuel COO. Surtout, son arrivée à la tête d’une nouvelle entité économique ne ferait que démontrer que les anciens de la banque américaine sont plus que jamais infiltrés dans la politique économique de la Maison Blanche. Créé par Bill Clinton, le National Economic Council a d’abord été dirigé par Robert Rubin puis Stephen Friedman, qui avaient tous deux été co-patrons de Goldman Sachs, puis leur successeur Jon Corzine a été nommé sénateur avant de passer gouverneur. Gary Cohn ne ferait que maintenir la tradition de pouvoir de Wall Street (et surtout Goldman Sachs) à Washington, et l’amer constat que le « business as usual » est plus d’actualité que le discours populiste qui a été présenté.

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