Gonzague de Blignières, super business-angel de son état
Gonzague de Blignières a réussi son pari. En co-fondant il y a trois ans Raise -qui est à la fois une société d’investissement et une fondation- l’ex-patron et créateur de Barclays Private Equity, n’en espérait pas tant. Celui qui partage aujourd’hui son bureau avec Clara Gaymard (ex-GE) est heureux de pouvoir annoncer que leur outil a déjà engagé 342 millions d’euros dans sept entreprises. Cette réussite il la doit à son homologue, mais aussi à son expérience dans le capital-investissement et aux parrains de choix qui ont accepté de rejoindre leur aventure.
Comment Raise est-il né ? Gonzague de Blignières a toujours eu un pied dans les projets pour aider les autres. 2012, l’année où il quitte Barclays est aussi celle de la publication d’un article de Libération titré Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous !. « Clara Gaymard et moi avons tout reçu de notre pays et nous avions envie de l’aider », raconte Gonzague de Blignières. Comme tant d’autres, mais qui eux restent les bras ballants, ce dernier a fait le constat que les trous dans la raquette faisaient que les jeunes entreprises, telles que les start-ups, n’arrivaient pas à survivre dans le temps. « On avait envie de quelque chose de très orienté vers la jeunesse mais aussi vers des projets qui existeront toujours dans 40 ans », précise notre interlocuteur, qui indique avoir « découvert ce qu’était la création d’une boîte ».
Raise fonctionne donc sur deux jambes qui s’autoalimentent. D’un côté, la société de capital-investissement, prend des participations dans des ETI en croissance. Les tickets vont de 10 à 40 millions d’euros pour des participations minoritaires sur le long terme. Ces derniers ont bénéficié à des firmes comme Babilou ou Nature & Découvertes : « On assume le fait d’être assez élitistes. Nous n’avons pas de secteurs de prédilection. Nous choisissons en fonction du charisme de l’entrepreneur et quand les entreprises de croissance nous donnent le sentiment qu’elles peuvent aller loin », explique Gonzague de Blignières. L’actionnariat réunit les plus grandes réussites françaises, à commencer par des corporates, comme Bouygues, Danone ou Michelin, mais aussi des institutionnels, tels qu’AXA, BNP Paribas Cardif et la BRED, ou encore de familles et entrepreneurs de renom parmi lesquels on retrouve la famille Bettencourt-Meyers ou Francis-Charles Pollet (Promod).
Particularité : l’équipe d’investissement renonce à 50% de son intéressement sur les plus-values, ce qui permet de financer le fonds de dotation de Raise, l’autre bras armé. Ce dernier est à vocation entièrement philanthropique. Il a accompagné près de 100 entreprises depuis 2015. L’une des belles réussites de Gonzague de Blignières est d’arriver à attirer des talents du monde financier malgré cette modalité spécifique de rémunération des experts. « Le monde de la finance n’est pas réputé pour sa générosité mais les choses changent », estime celui qui ajoute recevoir 2 CV par jour.
Hormis l’aspect financier essentiel, c’est également les notions d’accompagnement et de conseil que développent les fondateurs de Raise. Les grands groupes, à qui la société d’investissement offre un TRI de 10 à 15% par an, ne sont pas que des actionnaires, ils sont aussi là pour apporter leur expertise aux plus petits. « C’est un écosystème unique dans le monde du private equity », note le patron aux 30 années d’expérience dans l’investissement.
Outre les partenariats, Raise organise de nombreux événements pour faire dialoguer les deux mondes. Cela a pu prendre la forme d’une rencontre entre le patron de Carrefour Georges Plassat et celui de la jeune entreprise ManoMano (qui a reçu un prêt d'honneur de 100 000 euros et un accompagnement de consultants de Grant Thornton), ou de la venue de Bill Gates. Gonzague de Blignières, qui avoue être « un peu dépassé » par l’ampleur prise par son concept, a encore plein de projets. Cela pourrait passer par un développement international ou encore par la création d’une banque d’entreprises à la manière de celle de la Silicon Valley. Mais, à la différence des Etats-Unis, l’idée n’est pas de donner une fois que l’on est riche mais de mieux partager les richesses en amont.
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