L'ère Macron a-t-elle fait évoluer les profils des cabinets ministériels ?
"Les habitudes perdurent. L’accession aux postes de directeurs de cabinet sous l’ère Macron reste l’apanage de la très haute fonction publique, confirmant par là-même, s’il en était besoin, la nature aussi administrative que politique de ces instances souvent critiquées", écrit en préambule Acteurs publics, qui a décortiqué les profils de ceux qui font tourner les ministères au quotidien. Le site internet s'est ainsi penché sur 32 directeurs de cabinet en place au 15 septembre dernier. Dans le détail, 31 ont été nommés par les 30 ministres. En effet, Christophe Castaner dispose de deux directeurs de cabinet, l’un pour les Relations avec le Parlement, l’autre pour le porte-parolat du gouvernement.
D'ailleurs, Acteurs publics note que ses deux "dir' cab", font partie des rares bras droits de cette promotion à ne pas être issus d’un corps de la haute fonction publique. François Charmont (Relations avec le Parlement) est diplômé de la Sorbonne en géographie politique, culturelle et historique. Il a grimpé peu à peu les échelons, d'abord en tant que collaborateur puis attaché parlementaire avant d'être directeur de cabinet sous le précédent quinquennat. Pour sa part, Olivier Gerstlé (porte-parole) est, lui, professeur agrégé de philosophie. Ce dernier a été conseiller adjoint prospective à l'Elysée dès octobre 2016. Autre exemple d'homme, avec un parcours moins technocratique que la moyenne : Philippe Baptiste, qui oeuvre auprès de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Cet ingénieur civil de l’École des mines de Nancy a travaillé au CNRS mais aussi pour Total.
"Pour le reste, la technocratie domine, comme sous François Hollande. Si les énarques n’occupent 'que' 20 % des postes au sein des cabinets du gouvernement d’Édouard Philippe, ils se sont en revanche positionnés beaucoup plus fortement sur les postes de directeurs de cabinet", observe Acteurs publics. Les diplômés de l'ENA occupent la moitié des places de directeurs de cabinet (15). Plus encore : ils sont 12 à être à la tête des 16 divisions stratégiques, selon l'étude. Ainsi, chez les ministres de plein exercice, il n'y en a que quatre qui échappent à la règle. C'est le cas du diplômé en philosophie et de Sciences Po Paris Antoine Foucher (Travail), de l'agrégé de Lettres modernes Christophe Ferrero (Education nationale), de Philippe Baptiste, et de la diplômée en sciences économiques Chantal de Singly (Sports).
Qu'ont fait les directeurs de cabinets, anciens élèves de l'ENA après être passés par l'école ? Trois membres du Conseil d’État sont positionnés sur le régalien, à Matignon, à l'Intérieur et à la Justice. Deux magistrats de la Cour des comptes ont aussi été nommés, respectivement à la Transition énergétique et solidaire et la Culture ; et deux inspecteurs des finances, sur le Numérique et la Santé et les Solidarités, poursuit l'étude. Trois membres ont connu l’inspection générale de la Place Beauvau (IGA). Parmi les différents profils, Acteurs Publics note également la présence de trois ingénieurs des Ponts ou encore de quatre administrateurs civils.
Les directeurs de cabinet à avoir une expérience au sein du monde de l'entreprise sont en minorité. En tout, ils sont huit, dont deux à avoir sévi dans une entreprise publique. Benoît Ribadeau-Dumas (Matignon) a connu Zodiac Aerospace, Emmanuel Moulin est passé par Mediobanca, tandis que Gilles de Margerie (Santé) a notamment oeuvré chez Humanis. Marc Schwartz, à la Culture, est lui un ancien de France Télévisions ou encore de Mazars.
Autre statistique mise en avant par le média : la moyenne d'âge, qui se situe à 49 printemps. Seuls cinq directeurs de cabinet ont plus de 60 ans, huit ont entre 50 et 60, 14 entre 40 et 50 et quatre, moins de 40. Par exemple, Antoine Foucher a 37 ans, Gilles de Margerie, 62 ans, et Michèle Pappalardo (Transition énergétique et solidaire), 61 ans. "Dans un registre plus politique, l’exécutif a recruté 12 directeurs de cabinet ayant déjà officié dans un cabinet ministériel de droite, contre 10 anciens d’un cabinet de gauche. Parmi, ces 10 là, 7 avaient travaillé dans un cabinet de l’ère Hollande (Élysée ou ministères)", conclut l'étude.
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