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Taux directeurs à 0%, "un acte de désespoir"
« Risque complet ». La décision de la Banque centrale européenne d'abaisser son taux directeur à 0%, jeudi, sème un vent de panique parmi les médias allemands. « Est-ce la dernière bataille de Mario Draghi? », s'interroge le Spiegel. « Le chef de la BCE inonde les banques avec de l'argent à taux nul. […] Cela ressemble à un acte de désespoir ». Pour le site de l'hebdomadaire, cette décision « chamboule le monde de la finance classique ». « La loi d'airain économique, selon laquelle les taux d'intérêt sont obtenus quand on prête de l'argent à quelqu'un, est complètement retournée – avec toutes les conséquences envisageables ». Pour le Handelsblatt, il s'agit là d'un « jeu dangereux avec l'argent des épargnants allemands », avec « la plus grande redistribution de richesses en Europe de l'histoire de l'après Seconde Guerre mondiale ». Le Sueddeutsche Zeitung note de son côté que « Draghi ne connait plus de limite ».
« Draghi salue les taux de pénalité », prévient le Frankfurter Allgemeine Zeitung. « La BCE encourage les banques à pratiquer davantage les taux d'intérêt de pénalité. 'Nous avons de bons retours avec les taux d'intérêt négatifs', a lancé Draghi aux places boursières. Ce qu'il tait : les risques et les effets secondaires de sa politique », avertit le quotidien allemand. « Pour la population allemande, la décision est catastrophique, a déclaré Anton Börner, le président de BGA (ndlr. la fédération allemande du commerce en gros). 'Les épargnants sont expropriés. Politiquement, cela se transforme en gigantesque engin explosif, quand on y ajoute la crise des réfugiés. Cela est extrêmement dangereux'. » rapporte le Spiegel. Börner, également économiste en chef de la banque BVR, estime par ailleurs que « les mesures décidées aujourd'hui par la BCE pour augmenter les liquidités ne vont pas avoir les effets escomptés. Encore plus d'argent bon marché, et des taux encore plus bas n'entraînent pas davantage d'investissements. Au contraire : le monde bizarre des taux négatifs désoriente les entreprises et les consommateurs ».
Jeudi soir, la politique monétaire de la BCE a fortement inquiété les marchés allemands : « le Dax a clôturé avec d'importantes pertes », prévient le Spiegel. Pourtant, les investisseurs avaient réagi de manière euphorique auparavant, souligne l'hebdomadaire.
Dans le même temps, l'Allemagne apprenait le « recul de ses exportations », rapporte notamment le Spiegel. « Le champion du monde des exportations, l'Allemagne, vacille : la valeur des biens exportés en janvier a, en comparaison avec l'année précédente, a reculé de 1,4% ». Pour l'hebdomadaire, le pays ressent les conséquences des difficultés de l'économie mondiale. A l'inverse, la production industrielle du pays a fait un bond inattendu en janvier, de 3,3%, la plus grande progression mensuelle depuis septembre 2009, atteignant un niveau record.
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