Feuilleton de l'été
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PROMOTION SENGHOR DE L'ENA :<br>Charline Avenel: la transmission, une intime conviction
Certaines personnes transpirent à la seule idée de se retrouver un instant sur les lieux de leurs études. C'est pourtant avec fierté et émotion que Charline Avenel est revenue, douze ans plus tard, au 27 rue Saint-Guillaume pour y prendre le rôle de secrétaire général d'une institution qui s'est totalement transformée. Pour cette originaire de Loire-Atlantique, les hautes études n'étaient pourtant pas une évidence. « J'avais un souhait vif de « grandir » intellectuellement et culturellement et l'intérêt général chevillé au corps, mais Sciences Po me paraissait à l’époque une formation élitiste et très parisienne », se souvient-elle. Elle y trouve une formation très riche, mais reconnaît volontiers que l’institution l’est bien davantage aujourd’hui, avec 30% de boursiers et 50% d’étrangers dans ses rangs. Elle choisit en particulier le Chili pour son immersion à l’étranger, un choix osé qui sera fondateur pour son engagement politique.
A la sortie de Sciences Po, elle passe l’ENA et intègre une « promotion hors du commun, avec des personnalités qui l’étaient tout autant», avec 40 étudiants de plus en raison de la fin du service militaire. D’Emmanuel Macron, elle retient le souvenir d’une personnalité brillante et surtout très sympathique, un « gendre parfait » qui cumulait des qualités humaines évidentes et une grande culture. Mais dont la destinée de futur Président n’était pas encore décelable, car il a plutôt construit son ambition après l’ENA.
Sortie en 2004, la promotion Senghor a aussi vécu deux élections présidentielles successives, en 2007 puis 2012, qui ont suscité un engagement politique de nombreux jeunes diplômés. « Notre promotion était idéalement placée dans le temps pour que chacun puisse exercer des responsabilités en proximité directe du pouvoir politique, en cabinet ministériel notamment, au gré des alternances politiques », note Charline Avenel, qui se souvient de groupes assez polarisés politiquement. En 2007, le moment est idéal pour ceux qui étaient plutôt de droite, et cinq ans plus tard, ceux qui penchaient à gauche ont également eu des opportunités. A la sortie de l’ENA, elle opte de son côté pour le Budget afin d’acquérir un socle solide de compétences, mais se retrouve dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche un peu par hasard. « Le secteur s’est révélé être un terrain profond de transformation de l’action publique. C’est devenu pour moi une passion et un engagement, un lieu où l'on construit l’avenir », analyse-t-elle.
Elle passe ensuite un an à l’Intérieur puis en 2007, elle reçoit plusieurs sollicitations dont celle de Valérie Pécresse, qu’elle rejoint comme conseillère budgétaire puis directrice adjointe de cabinet. Deux femmes, blondes qui plus est, qui représentent un ministère de premier plan lorsqu’elles vont dans l’Hémicycle, voilà qui n’a pas toujours été de tout repos et lui a ensuite donné envie de devenir proactive pour la parité. Mais l’enjeu de transformation est immense, et Charline Avenel se plonge dans les chantiers de l’autonomie de gestion des universités ou les investissements d’avenir, apprend à connaître les acteurs du secteur, et poursuit sa collaboration avec Laurent Wauquiez, son successeur. Un profil plus politique, avec lequel elle apprend aussi les rouages du métier.
Mais après cinq ans d’une vie intense de cabinet – un peu trop long, selon son propre aveu -, elle se reconvertit et part à l’Agence Nationale de la Recherche, où elle doit jongler avec des financements mis à mal. Richard Descoings, le président de Sciences-Po, la contacte, leur rencontre dure 2h30 et elle a un coup de cœur pour l’homme, sa vision, son innovation. Mais sa disparition tragique met provisoirement fin à sa nomination et elle revient à l’ANR et travaille en parallèle sur le projet de refonte de Sciences-Po avec Jean-Marie Blanquer.
Après l’arrivée de Frédéric Mion, ce dernier décide de recruter un secrétaire général et, sur les conseils de ses pairs à l’Elysée, lui propose le poste. « J’ai mis à profit ce que j’aime faire à Sciences Po : piloter des projets de transformation, avec par exemple la refonte des statuts et de la gouvernance de Sciences Po ou de son modèle économique. Et aujourd’hui, le projet immobilier de transformation du campus parisien, avec l’acquisition l’Hôtel de l’Artillerie, un chantier passionnant, de longue haleine et qui permet de penser ce que sera le Sciences Po de demain », s’enthousiasme-t-elle. Le but est d’inventer le futur de l’enseignement, faire vivre l’interdisciplinarité, la recherche de l’excellence, tout cela avec une grande liberté et des marges de manœuvre immenses. Promouvoir l’intérêt général dans le privé et pour les générations futures, voilà les sources de l’épanouissement quotidien.
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