Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
PROMOTION SENGHOR DE L'ENA : Stéphanie Seydoux : une féministe animée par la défense de l'égalité
Stéphanie Seydoux aurait pu faire toute sa carrière au Quai d'Orsay, elle qui de par son père franco-britannique et sa mère bolivienne parle couramment trois langues depuis l'enfance. Mais son intérêt pour les questions sociales et notamment les sujets liés à l'égalité et la parité, l'a amené à passer le concours de l'ENA en interne, afin de pouvoir bifurquer vers ce secteur, tout en gardant un goût prononcé pour l'international. "A la différence de la plupart des personnes du Quai qui présentent l'ENA pour rester aux affaires étrangères et obtenir de meilleurs postes, j'ai passé le concours pour changer de crèmerie", affirme cette élégante femme brune, désormais cheffe du Service des droits des femmes et de l'égalité.
Parisienne d'origine, elle décide cependant de commencer ses études de l'autre côté de la Manche, où elle est admise après son Bac au sein de la prestigieuse université d'Oxford. Elle y reste trois ans et obtient un Bachelor de lettres, avant de retourner en France, où elle entre à Science Po. A sa sortie de l'école de la rue Saint Guillaume, elle présente le concours du Quai d'Orsay et commence sa carrière à Paris d'abord, en tant que rédactrice chargée de l'Amérique centrale puis du suivi des institutions financières internationales, avant de partir pour quatre ans en ambassade, à Moscou, comme deuxième secrétaire.
Elle présente à son retour le concours de l'ENA, qu'elle intègre donc la même année que le Président de la république. Nommée déléguée de sa promotion aux côtés de cinq autres élèves, elle devient la courroie de transmission entre l'école et ses camarades aux nombreuses revendications, allant de la rédaction d'un contre rapport assez critique sur la scolarité, à la remise en cause du classement de sortie. Un rôle de déléguée qu'elle prend à coeur et qui lui permet de s'impliquer dans la vie de sa promotion. "Notre scolarité a été assez atypique dans le degré de mobilisation de la promotion", explique Stéphanie Seydoux, qui entre également à l'époque dans la section CFDT, créée par son camarade Mathias Vicherat. L'un des premiers sujets de préoccupation que la jeune femme doit relayer auprès de l'école est le nombre de postes offerts à la sortie, sa promotion étant plus nombreuse que les années précédentes, du fait de la fin du service militaire. "Nous avons demandé si plus de postes seraient offerts dans les grands corps, ce qui n'a finalement pas été le cas. Cela a créé un petit sens de la compétition qui a un peu structuré notre promotion mais a également entraîné par la suite une mobilisation incroyablement solidaire", se souvient l'ancienne déléguée de promo.
A sa sortie de l'ENA en 2004, Stéphanie Seydoux intègre le corps de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), où elle sera inspectrice pendant deux ans avant d'être nommée adjointe au chef de l'IGAS. Des postes qui lui permettent de travailler sur les thématiques sociales qui l'ont poussée à présenter l'ENA, telles que l'inspection du travail, l'insertion par l'activité économique ou encore la tarification hospitalière. Passionnée par la défense de l'égalité, elle devient de 2007 à 2010 directrice de la promotion de l'égalité au sein de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité). Des sujets sur lesquels elle a déjà eu l'occasion de plancher lors de son stage à l'ENA au sein de l'ancien Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD).
A ce stade de sa carrière, l'énarque et mère de deux enfants, fait de nouveau le choix de l'international et part cette fois-ci au Kenya, comme première conseillère, adjointe au chef de poste de l'Ambassade de France. Un poste "généraliste", mais qui lui fait découvrir un pays très attachant et où les relations sociales sont encore très marquées par les différences raciales. "Le Kenya est structuré par une réalité ethnique ancienne, où chaque groupe social se définit comme une "tribu". Cette grille de lecture raciale, ultra prégnante et reconnue par tout le monde est évidemment très différente de ce que l'on peut voir en France", affirme Stéphanie Seydoux.
Retour à Paris ensuite, où après un bref passage à l'IGAS, elle est nommée cheffe du service des droits des femmes et de l'égalité entre les femmes et les hommes, adjointe à la directrice générale de la cohésion sociale, en août 2014. Elle assure ainsi depuis trois ans l'animation de l'action interministérielle en faveur des droits des femmes et en particulier du réseau de hauts fonctionnaires ministériels. Une mission transverse parfois difficile, où elle accompagne et encourage sans relâche chacun des ministères à intégrer cette thématique cruciale pour le développement de la parité. "Notre objectif est que chaque ministère, tout en remplissant sa mission première (ndlr. justice, sécurité, éducation...) prenne en compte les priorités en matière d'égalité femmes-hommes", explique ainsi Stéphanie Seydoux.
En plus de ce poste à plein temps, cette féministe convaincue adepte de la course à pied, est également membre du réseau "Frateli", qui met en relation un parrain et son filleul pour favoriser l'égalité des chances. Stéphanie Seydoux a déjà eu trois filleules, toutes de jeunes femmes jusqu'à présent. "Avec l'expérience, on peut davantage se permettre de donner des conseils, même s'il faut savoir rester à l'écoute", explique l'énarque avec modestie. "Je suis toujours heureuse de conseiller des jeunes femmes et je pense qu'il n'est pas inutile de s'entendre dire de la part d'une autre femme 'vas-y fonce!'", conclut Stéphanie Seydoux. Si elle déplore le déni encore massif en France de l'ampleur des inégalités entre femmes et hommes, elle est d'autant plus convaincue de l'utilité de son poste et de son service, pour faire changer les mentalités.
A lire aussi, les précédents portraits de notre feuilleton de l'été:
Nicolas Namias, la stratégie de l’énergie chez Natixis
Marie Fontanel : la santé chevillée au corps
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

