Feuilleton de l'été
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Jeanne Marcucci-de La Brélie, une reconversion réussie
Jeanne Marcucci-de La Brélie est l’une des rares de la promotion Senghor à être entrée par la voie du troisième concours (réservé aux personnes ayant déjà une expérience professionnelle). Et pour cause, puisqu’elle est diplômée de la faculté de pharmacie, milieu dans lequel elle a exercé en officine pendant ses études. « Je me suis rendue compte, déjà à cette époque, de l’interface entre activité économique et intérêt général, mais je manquais de perspective », se souvient-elle. Elle passe alors un DESS d’études quantitatives à Dauphine avant de devenir chargée d’études marketing, notamment sur le secteur de la pharmacie. Mais là encore, les interrogations sur l’avenir et sur des questions plus larges concernant la politique de santé publique la titillent. « L’étude de l’impact de politiques visant à réduire les dépenses de santé sur les pratiques de prescription m’a amenée à m’interroger sur ces politiques, sur la façon dont elles étaient mises en œuvre », explique-t-elle.
C’est pourquoi après son troisième enfant et un an de préparation, elle passe l’ENA et entre dans l’Ecole en même temps qu’Emmanuel Macron, se souvenant d’ailleurs de sa curiosité par rapport à son parcours un peu original pour arriver à l’ENA. Viennent alors les stages, d’abord à la préfecture de Nanterre, à travailler notamment sur la prévention de la délinquance des mineurs, puis à l’Otan aux affaires stratégiques militaires. « Les stages comme la scolarité ont été passionnants pour moi qui ne connaissais pas le fonctionnement de l’administration, le lien avec le mode politique, le jeu des relations interministérielles. Une chance immense m’était aussi donnée de reprendre mes études », se souvient elle.
A la sortie, elle entre à Bercy en tant que chef de bureau aux affaires internationales dans le nucléaire. Un secteur qu’elle connaissait pour avoir déjà travaillé au commissariat à l’énergie atomique (CEA) à la fin de ses études de pharmacie. « J’ai ainsi travaillé sur des dossiers internationaux en rapport avec les entreprises du secteur mais aussi dans un cadre interministériel, avec la prise en compte d’enjeux multiples allant de l’économie aux questions stratégiques ». Un secteur qui touche à la fois à des questions réglementaires, de sûreté mais ayant aussi un impact sur l’emploi et la balance commerciale de la France. Elle participe donc aux appels d’offres à travers le monde pour accompagner des projets, notamment en Chine et en Afrique du Sud, mais aussi aux réunions du G8 en travaillant sur la position française en matière de sûreté et de sécurité nucléaires. « L’objectif était d’accompagner un développement responsable de l’utilisation de cette énergie». Au bout de quatre ans, elle demande une mobilité et rejoint Total au moment où l’entreprise s’intéresse au nucléaire. « J’intervenais sur les questions réglementaires et institutionnelles sur ce sujet », explique-t-elle.
Après deux ans de mobilité, elle retrouve le CEA en tant que directrice adjointe de l’Agence France Nucléaire Internationale (AFNI), où elle aide les pays à se doter de l’arsenal réglementaire nécessaire au lancement de programmes. Jusqu’à l’accident de Fukushima en 2011, qui met fin à l’appétit pour le nucléaire. Elle rejoint alors la direction stratégique du CEA, où elle travaille sur les problématiques énergétiques dans le cadre de la préparation de la loi sur la transition énergétique. « J’étais chargée de coordonner la contribution de la recherche française dans le domaine de l’énergie. Cette mission a été particulièrement intéressante, me permettant de comprendre les grands enjeux et verrous technologiques de la transition énergétique », souligne-t-elle. Puis en 2014, elle décide de revenir dans l’administration. « Je souhaitais revenir dans une position d’encadrement. L’administration offre un véritable enrichissement sur le plan managérial, que j’avais apprécié à Bercy ».
Elle retourne alors à Bercy au sein de la direction générale des entreprises (DGE), au bureau de la normalisation et de la qualité. « Un poste logique en venant de la recherche, car la normalisation est essentielle pour passer de la recherche au déploiement sur le marché de produits et services innovants ». Elle s’attache donc à répondre aux attentes du marché sur ces sujets pointus pour renforcer la compétitivité des entreprises françaises. « Peu d’entreprises en sont conscientes, mais participer aux travaux de normalisation peut leur donner des atouts considérables. Les normes techniques constituent par ailleurs un élément essentiel de la réglementation européenne et de la libre-circulation des produits ». Après trois ans, elle décide, il y a 6 mois, de rejoindre un service encore plus confidentiel : celui de l’information stratégique et de la sécurité économiques. Un service hautement stratégique pour l’économie française puisqu’il veille à la protection du patrimoine économique du pays. Elle est donc, depuis quelques mois, adjointe au chef de département veille stratégique, procédures et financement. « Je continue à travailler à la protection des intérêts stratégiques de la France et celle de ses entreprises», conclut-elle.
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