Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
<span>Michael et Yoël Zaoui, Zaoui & Co : le sens de la famille au service des affaires</span>
L’un a fait sa carrière chez Morgan Stanley, l’autre chez Goldman Sachs. L’aîné de 56 ans est passionné d’art moderne, de musique classique et affectionne les bons cigares, le cadet de 52 ans préfère le jogging et les voyages en famille aux Maldives. Si la vie professionnelle a longtemps opposé Michael et Yoël, ils ont enfin décidé de faire un bout de chemin ensemble en créant leur boutique début 2013, « Zaoui & Co ». La fin d’un malentendu ? Avant d’en arriver là, ces deux surdoués français, nés au Maroc, ont d’abord occupé les bancs des meilleures écoles françaises et américaines. Sciences-Po, un doctorat en droit et un MBA à Harvard pour Michael ; HEC, un DEA de finance à l’université Paris-Dauphine puis un diplôme à Stanford pour Yoël.
Lorsqu'il intègre le service des fusions-acquisitions de Morgan Stanley en 1986, Michael fait signe à son frère pour qu’il vienne le rejoindre. Mais celui-ci préfère le sacro-saint berceau de toutes les grandes figures de la politique du pays de l’Oncle Sam : Goldman Sachs, où il restera 24 ans. Et puis en s’affairant dans deux grands établissements à la renommée mondiale, ils pouvaient aussi démultiplier leurs zones de prédilection. Ce qu’ils ont fait sans se restreindre, se retrouvant en position frontale sur de très nombreux dossiers, sans jamais se fâcher pourtant : la famille c’est plus fort que tout.
Si Michael aime faire confiance à son instinct dans la plupart des cas, Yoël est plus technicien et cisèle ses dossiers. Ce qui ne l’empêche de croire en la chance. L’un comme l’autre ont été sur les plus grand deals de ce dernier quart de siècle où le rythme des OPA ressemblait fort à une valse à mille temps : rapprochement d’Elf avec Total, BNP avec Société Générale et Paribas, Mittal avec Arcelor. Avec à chaque fois la mission (impossible ?) de trouver des parades susceptibles de détricoter des schémas dont les cibles ne voulaient pas entendre parler. Michael comme Yoël n’ont pas réussi à tous les coups. Dans les affaires, on ne peut pas être toujours du côté du manche. Mais ils se flattent toutefois d’être toujours parvenus à améliorer le prix des offres. Que demande de plus l’actionnaire ?
Aujourd’hui, les voilà réunis pour le meilleur, bien sûr, en oubliant le pire. Ils peuvent enfin additionner leurs innombrables relations et irradier en tandem depuis leur bureau londonien, situé en plein cœur de Mayfair. Ils n’ont d’ailleurs pas tardé à tirer, en s’occupant de la famille Peugeot dans la recherche d’un partenaire chinois et en orchestrant le rachat des titres l’Oréal détenus par Nestlé pour le compte des Bettencourt/Meyers. Leur cible ne varie pas vraiment : les mastodontes du CAC 40, plus décidés que jamais à utiliser leur cash en vue d’aller capter de nouveaux îlots de croissance. Mariés avec chacun deux enfants, ils avaient envie d’aborder un nouveau tournant dans leur carrière. Ils ont bien choisi leur moment et vont enfin pouvoir mettre à profit leur complémentarité. Eux qui ne se croisaient quasiment jamais, et s’étaient même interdits de se parler en pleines joutes boursières, ont mis en commun la plupart de leurs secrets de fabrication et ne font plus une réunion l’un sans l’autre. « Famille, je vous hais », disait André Gide. Ce n’est manifestement pas le leitmotiv chez les Zaoui.
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