Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
PROMOTION SENGHOR DE L'ENA: Frédéric Bouvier: un touche-à-tout converti à la santé
Frédéric Bouvier ne fait pas partie de cette élite parisienne prédestinée aux grandes écoles. Ce provincial a d’abord étudié à Sciences-Po Aix puis a passé l’Ena, qu’il a rejoint en 2002, après son service militaire. Celui qui avait, comme nombre de ses camarades, une vision de l’intérêt général, a découvert «une promotion certes très diverse, où dominaient des individualités, mais aussi avec la présence d’écuries parisiennes, ceux qui maîtrisent les codes et se fréquentent parfois depuis le lycée », relate-t-il. De son côté, il ne cherche pas les savoirs mais plutôt des clés de compréhension, des méthodes pour se mouvoir dans cet environnement différent et une véritable école d’application. Ne pas se spécialiser mais explorer la diplomatie internationale et les collectivités territoriales, où s’expriment le mieux l’idée de la France.
Il suit les mêmes TD d’espagnol qu’Emmanuel Macron et se souvient de lui comme d’un séducteur, un charisme qui opère dans toutes les situations et avec tous les publics. Cette personnalité empathique, qui cherchait à être aimé, avait un succès ravageur dans 90% des cas, mais avait du mal à parvenir à ses fins pour quelques réfractaires. En particulier, le séminaire collectif d’une durée de six mois a été l’occasion de mettre en ordre de marche des groupes aux profils très différents, manager par consensus et non par hiérarchie, ce qui est plutôt la norme à l’Ena. « A cet exercice, Emmanuel Macron s’est détaché rapidement comme un chef d’orchestre qui impose une autorité naturelle car il apportait de la méthode et alignait tout le monde ».
A sa sortie, il effectue deux postes préfectoraux, dans le Maine-et-Loire puis l’Oise, où il apprend beaucoup, grâce à une exposition opérationnelle forte, que ce soit pour organiser des événements ou gérer des dossiers économiques complexes au plan local. Dans l’Oise, tout le monde se souvient encore de Macron, petit stagiaire il y a trois ans mais un « animal social brillant » qui a laissé sa trace. En 2006, Frédéric Bouvier entre au Ministère des Affaires Etrangères où il est responsable des crises du Soudan et de la corne de l’Afrique. Six mois après l’arrivée de Nicolas Sarkozy, le sujet est une priorité pour la nouvelle Présidence, et la France se pose en acteur de médiation pour résoudre la crise. Un peu moins de trois ans plus tard, il est recruté au Ministère de l’Immigration d’Eric Besson comme conseiller diplomatique, où il s’occupe de dossiers très sensibles et exposés comme l’immigration légale et illégale, la coopération internationale pour l’accueil des réfugiés ou encore les problématiques d’intégration. « Une expérience passionnante, intense car ce ministère avait un impact majeur, comme lors du plan d’accueil des chrétiens d’Irak après les attaques en 2010, le démantèlement de la jungle de Calais ou encore l’accueil des réfugiés de Méditerranée », fait-il valoir.
Il passe ensuite au ministère de l’Industrie, de l’Energie et du Numérique, où il travaille sur la politique de la France dans les énergies renouvelables mais aussi la gouvernance d’Internet. Mais les marges de manœuvre sont plus limitées à Bercy, où il faut prendre en compte les intérêts économiques. Il songe alors au privé, avec une idée fixe : ne pas aller « pantoufler » dans une grande entreprise publique. « Je voulais apprendre en co-pilotant une ETI sur des sujets liés à l’innovation », indique-t-il. L’opportunité se présente avec Soitec, qui veut construire une chaîne de valeur rentable dans les panneaux solaires photovoltaïques et s’internationaliser. Après avoir œuvré et obtenu de bons résultats, il songe alors à un groupe étranger et prend langue avec Philips, qui souhaite enrichir son portefeuille de grands comptes publics. Quelques semaines plus tard, le groupe hollandais annonce son recentrage dans la santé et son objectif de 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2020. Hasard du destin, il se retrouve en interactions avec ses camarades de promotion, comme Etienne Grass à l’AP-HP ou Marie Fontanel, conseillère santé à l’Elysée. A la tête de la stratégie en France, il expérimente un management plus subtil et complexe, où il faut faire ses preuves tous les jours, et une remise en cause permanente face à l’innovation. Et depuis le mois de mai, il dénote au quotidien l’impact des élections : « En créant une nouvelle dynamique, l’élection de Macron donne une image positive de la France sans précédent pour un grand groupe mondial et européen comme Philips ». Une belle opportunité à saisir.
A lire aussi, les précédents portraits de notre série d'été:
Stéphanie Seydoux, une féministe animée par la défense de l'égalité
Nicolas Namias, la stratégie de l'énergie chez Natixis
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

