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Feuilleton de l'été

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Virginie Lazès, Bryan Garnier : la banquière « geek »

Virginie Lazès
Virginie Lazès

Etre une femme dans la banque d’affaires n’est déjà pas chose aisée, mais le défi se corse encore lorsqu’il s’agit de se confronter aux magnats des technologies de l’information. C’est pourtant dans ce secteur que Virginie Lazès, qui a commencé sa carrière par cinq années de conseil en stratégie dans un cabinet anglo-saxon aux horaires particulièrement prenants, a choisi de se lancer. En 1998, après avoir rencontré Olivier Doucet, cette diplômée de la faculté d’économie et de Sciences-Po décide de rejoindre Dome Close Brothers, à l’époque une des trois boutiques parisiennes avec Aforge Finance et Financière de Courcelles. Et se spécialise dans la technologie, un secteur sur lequel elle a travaillé au début de sa carrière. Promue associée en 2003, elle se retrouve également chargée de la prospection commerciale et multiplie alors les rendez-vous avec des patrons expérimentés de SSII. Mais elle a beau déployer tous les meilleurs arguments, elle se rend compte de l’évidence : il est impossible pour une jeune femme de se rendre crédible auprès de ces dirigeants et d’obtenir des mandats.

Pourtant, l’entêtement est aussi bien son défaut que sa force, et elle décide alors de se tourner vers le segment Internet et le software, où elle obtiendra des oreilles plus attentives, d’autant que les deals se multiplient. Dix ans plus tard, le pari est réussi : Dome Close Brothers est passé de 10 à 60 salariés et est devenue une entité qui compte dans les coulisses du M&A français.

C’est alors qu’Olivier Garnier, fondateur de Bryan Garnier, la rencontre début 2008 et lui propose de rejoindre son équipe. L’accord est gagnant-gagnant : Virginie Lazès muscle ainsi l’activité M&A et le corporate finance d’un groupe déjà bien implanté sur toutes les activités de marché, tandis qu’elle peut élargir sa gamme de services auprès de ses clients, et notamment leur proposer ce qu’ils attendent tous, des IPO. Las, elle arrive en mai 2008, juste avant que toutes les opérations ne s’arrêtent, sous l’effet de la tempête Lehman Brothers. Mais avec le recul, elle n'y voit pas tant une erreur de timing qu’une opportunité supplémentaire d’apporter son énergie et son enthousiasme pour convaincre les clients, dans un environnement particulièrement adverse.

La preuve par les faits: Bryan Garnier remporte des deals à une époque où le monde financier est paralysé, et rebondit vite. Il se place sur deux introductions en Bourse dès la réouverture du marché, celles de Leadmedia et Concours Mania, en 2011. Depuis, Virginie Lazès et ses équipes ont bénéficié du retour en vogue des transactions, grâce notamment à un financement plus aisé. De plus en plus international grâce à ses bureaux à New York et New Delhi, Bryan Garnier peut même se targuer d’avoir travaillé sur une des deux IPO françaises au Nasdaq l’an passé, celle de LDR. La société de medtech a trouvé plus de 80 millions de dollars sur son placement en Europe, soit plus que la taille de l’opération elle-même !

La banque d’affaires vend une expertise double : une connaissance pointue des secteurs sur lesquels elle intervient (technologie de l’information, Internet, santé) et leurs tendances, ce qui permet de donner une estimation pertinente de la valorisation. Ensuite, cibler précisément les acquéreurs potentiels grâce à un réseau sectoriel très garni, mais aussi trouver des solutions innovantes pour faire aboutir une transaction. C'est d‘ailleurs la raison principale des succès rencontrés entre 2008 et 2010, dans un environnement complexe.

L’accueil mitigé réservé aux dernières IPO avant l’été ? Virginie Lazès y voit un effet technique de trop-plein, lié au nombre très élevé de dossiers qui se sont présentés en même temps. Mais elle en est convaincue, l’appétit et les capitaux sont là, et devraient nourrir les introductions déjà annoncées pour le deuxième semestre. C’est un canal essentiel pour les start-up technologique car, si plusieurs fonds d’entrepreneurs et corporates (Iris Capital, Kima Ventures, Isaï Gestion etc) se sont montés ces dernières années pour les financer, les sorties se limitent souvent à une vente à un grand groupe américain. Bryan Garnier s’est de ce point de vue aussi distingué sur plusieurs transactions corss-border d’ampleur, comme la vente de l’activité vaccins de Mérieux en Inde à Sanofi en 2009 ou encore la vente de la SSII Alti à l’indien Tata Services l'an passé.

De l’aveu de Virginie Lazès, ce métier de passionné exige de l’écoute, de l’imagination et surtout beaucoup de disponibilité pour ses clients, d’où le challenge de concilier vie privée et vie professionnelle. Mais pour cette femme très dynamique, mère de deux enfants, tout est une question d’organisation. Et en guise de sas de décompression, rien de tel que la course à pied : elle purge chaque semaine intense en négociations et deals en bouclant 20 kilomètres. Une détermination qui a sans doute des liens avec celle du quotidien d’une banquière d’affaires.

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