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éditorial / Yves de Kerdrel

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De l'inutilité d'un G 8 et d'un G 20 lorsque la Grèce est au bord du gouffre
par Yves de Kerdrel

Pendant trois jours les principaux chefs d'Etat de la planète ont refait le monde, oubliant que le chaos est souvent provoqué par un battement d'ailes de papillons. Or, en Grèce, c'est à nouveau la tempête financière, et une restructuration de la dette devient incontournable.
27/06/2010 - 09:58 Temps Lecture 4 mn.
Drôle de week-end assurément où les débats, à fleurets très mouchetés, qui ont eu lieu lors du G 8 et du G 20, au Canada, ont porté essentiellement sur la priorité à donner à l'assainissement des finances publiques ou au contraire à la poursuite des efforts de relance. Les Etats-Unis, eux-mêmes sont les premiers à avoir une position très ambigüe sur le sujet, puisqu'il y a trois semaines, le président Obama demandaient aux européens de mettre un peu d'ordre dans le système monétaire européen, et donc de réduire le poids des dettes souveraines. Alors qu'il y a quelques jours, son conseiller Larry Summers, et son secrétaire au Trésor Tim Geithner, se rappelant que, dans moins de six mois, les Etats-Unis seront en plein scrutin de "mid-term", ont au contraire appelé l'Europe, principale acheteuse des produits américains, à maintenir le pied sur les efforts de reprise. Tout cela montre la limite de ces sommets internationaux, qui ont une réelle nécessité en période de crise aigüe, lorsque c'était le cas, juste après l'affaire Lehman, ou bien lorsqu'ils amènent à des décisions concertées, comme à Londres en avril 2009, à propos des paradis fiscaux. Mais une fois la planète revenue en phase de croissance, puisque le FMI prévoit 4 % de progression de la richesse mondiale cette année, et Goldman Sachs, 4,3 %, les égoïsmes nationaux refont leur apparition. Et il n'est pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que les intérêts du Brésil, de la Chine et de l'Inde qui sont en surchauffe, n'ont pas grand chose à voir avec ceux de la zone Euro où certains n'attendent plus qu'une croissance de 0,5 % cette année. Et la Grèce dans tout cela ? Le plus incroyable dans ces deux sommets du G 8 et du G 20, c'est qu'il n'a pas été question de la Grèce, pour laquelle il y a deux mois encore toute la planète s'inquiétait. A tel point que ce membre de la zone Euro a reçu en urgence une aide de 110 milliards d'euros de la part de l'Union Européenne - malgré des grincements de dents en Allemagne - et du Fonds Monétaire International - en dépit des hurlements de Jean-Claude Trichet. Or aujourd'hui, plus personne ne veut croire et ne peut croire, que ce plan de sauvetage sera viable. Les marchés - toujours eux - ont commencé depuis une dizaine de jours à pointer du doigt ce furoncle sur le nez de la zone Euro. Quelque soit le montant de l'aide internationale non encore utilisée par la Grèce, celle-ci ne pourra pas passer le mur de dettes qui se présente à elle au cours des deux prochaines années. D'autant plus que le pays est entré en déflation. Cette prise de conscience progressive de la part des économistes de marché, puis des investisseurs, a conduit à un renchérissement massif des CDS sur la dette grecque (même si l'étroitesse de ce marché rend leur valeur assez aléatoire). Surtout le spread de taux entre le rendement des bunds allemands et celui des obligations d'état grecques a atteint un niveau record. A tel point que si la Grèce devait aujourd'hui se présenter sur le marché obligataire, il lui faudrait payer plus de 10 % de taux d'intérêt, soit plus que... l'Irak. Retour massif de l'aversion au risque Bien sûr, tout cela est encore assez virtuel, dans la mesure où la Grèce peut encore vivre quelques mois à l'abri du paratonnerre que lui ont construit la BCE et le FMI. Il n'empêche qu'à partir du moment où une probabilité devient une évidence, celle-ci devient une obsession pour t'ensemble des marchés. Qu'est ce que cela signifie concrètement ? Que la Grèce va devoir procéder d'urgence à une restructuration de sa dette, donc à un rééchelonnement, voire à une diminution drastique par abandon de créances. Quoiqu'il en soit, les détenteurs de dette grecque vont devoir passer des provisions massives. Ce qui sera le cas de l'ensemble du secteur financier français, qui reste l'un des plus exposés d'Europe, à l'économie athénienne. Dans ces conditions, il est normal que l'aversion au risque fasse un retour massif sur l'ensemble des marchés. Cela se constate notamment à travers les records inscrits jour après jour par l'once d'or. Le marché du métal jaune ne cesse de s'agrandir sous l'effet de l'expansion des instruments or-papier. A toute chose malheur est bon, cette envolée du métal jaune laisse aussi supposer que le monde entier finira, un jour ou l'autre, par opter pour l'inflation et la planche à billets que pour la déflation. Ce qui va entrainer une hausse massive de tous les actifs réels. PS : la semaine dernière, certains ont pu croire, à travers nos propos, qu'Angela Merkel aurait mis en avant une possible spéculation du Crédit Agricole sur les CDS souverains, pour justifier l'interdiction des ventes à découvert. En fait le nom de la banque verte n'aurait pas été prononcé, pendant cet entretien franco-allemand. Dont acte.
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