éditorial
Les jours les plus longs pour le gouvernement comme pour les marchés
par Yves de Kerdrel
13/06/2010 - 10:01

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L'anniversaire du débarquement des forces alliées en juin 1944 est passé. Mais pour le premier ministre et son ministre du travail, les jours qui viennent s'annonçent les plus difficiles avec les derniers réglages sur les retraites. Idem pour les marchés qui surveillent de très près les différences de ton entre Berlin et Paris
Tous les matins, dés qu'il entre dans son bureau, le Premier Ministre se fait communiquer le fameux "spread" - c'est à dire - l'écart de taux entre le Bund allemand et l'OAT française de même échéance. Et le locataire de Matignon a eu droit à une grosse surprise la semaine dernière, lorsque Madame Merkel a annoncé un énorme plan de rigueur portant sur 80 milliards d'euros sur quatre ans. Naturellement, c'est le genre de geste que les marchés aiment. Si bien que le taux de rendement du Bund allemand est tombé tout près de 2,50 %, alors que celui des emprunts d'état français est subitement remonté autour de 3,07 %.
A l'Elysée, lors du petit déjeuner des "huiles" de la majorité, l'ambiance était plutôt tendue raconte cette semaine, raconte Patrick Ollier, le Président de la Commission de la Production et des échanges. D'abord il y a encombrement de textes aussi bien au Sénat qu'à l'Assemblée Nationale. Et les députés ou les sénateurs s'en donnent à coeur joie pour déposer des amendements plus ou moins farfelus, en tous cas qui exaspèrent l'Elysée - ce qui n'est pas pour déplaire à Jean-François Copé, le patron des députés UMP.
La France est "au pied du mur"
Ensuite, les parlementaires n'ont désormais qu'un seul mot à la bouche. Celui là même de "rigueur" qu'ils n'osaient pas prononcer il y a encore un mois. Tous s'y sont résolus, parce que dans leur circonscription on trouve que la situation financière de la France est sacrément dégradée. Et puis le plan dévoilé en début de semaine dernière par Angela Merkel, met désormais la France au pied du Miur. D'où l'engagement pris par François Fillon de procéder à un débat sur le thème des finances publiques le 29 juin prochain.
Pour l'heure l'ambiance est de nouveau glaciale entre l'Elysée et Matignon. Nicolas Sarkozy reproche à son Premier Ministre la tranquilité de sa place et son refus de monter au front. Les députés se plaignent beaucoup de la technostructure qui entoure le Premier Ministre. Sont visés le préfèt Faugère et Marie-Anne Barbat-Layani qui vient de remplacer Antoine Gosset-Grainville. Ils se révèlent très cassants avec des parlementaires jaloux de leurs prérogatives.
On ne peut pas dire que l'Affaire Boutin ait arrangé le climat parmi la majorité cette semaine. D'autant que l'intéresssée accuse clairement Eric Woerth d'avoir "balançé" l'information au Canard Enchainé avec l'autorisation de Claude Guéant. La victime collatérale inutile de cette affaire a été Jean-Pierre Jouyet, le patron de l'AMF, qui s'est dit prêt à réduire son salaire s'il le fallait. Cette réaction honore évidemment l'ancien secrétaire d'état aux affaires européennes. Mais chacun sait que les économies budgétaires sont à trouver dans l'état-providence et non dans le "train de vie de l'Etat". Tout le reste, n'est que populisme.
Un gisement de 90 milliards d'euros d'économies
C'est d'ailleurs ce que Jacques Attali a expliqué la semaine dernière au Président de la République en le suppliant de porter à 90 milliards d'euros l'effort d'économies à réaliser, notamment au travers du gel du salaire des fonctionnaires pendant trois ans. Une mesure qui rapporte à elle seule 36 milliards d'euros. Bien sûr le président ne veut rien annoncer avant qu'Eric Woerth donne aux syndicats la primeur de son plan de réforme des retraites, ce qui devrait intervenir dans la semaine.
Le refus de la CFDT de tout arrangement avec le pouvoir n'est pas considéré par un obstacle Rue de Grenelle, dans une réforme qui ne peut faire que des mécontents. Désormais pour Eric Woerth, les deux enjeux, ce sont la journée d'action de la fin juin, et la validation de son projet par l'opinion. Ce qui permettrait de présenter le projet de loi en conseil des ministres du 15 juillet.
A condition que tout se passe bien de ce coté là, et que François Fillon annonce le 29 juin des coupes claires dans les dépenses publiques, les marchés devraient vite changer de regard à propos de la politique menée par l'actuel gouvernement. Mais il se peut que le 29 juin, le Premier Ministre ne soit pas en mesure de déterminer la nature précise des dépenses qui seront purement et simplement supprimées. Toujours est-il qu'il semble clair aujourd'hui que la question des niches fiscales ne suffit plus à régler le problème.
René Ricol, victime collatérale
Du coup René Ricol qui a rendez-vous cette semaine avec le Ministre du Budget devrait faire les frais de cette opération d'amaigrissement de l'état. Il serait décidé de surseoir au décaissement de certaines dépenses liées au Grand Emprunt, dont René Ricol est justement le garant en tant que Commissaire Général à l'Investissement. En outre on murmure que son adloint, Jean-Luc Tavernier, s'apprêterait à remplacer Philippe Josse à la direction du budget. Ce qui serait très bien vu en ces temps d'austérité. Non seulement car Tavernier est un inspecteur des finances à la fois libéral et rigoureux, mais surtout parce qu'il serait le premier directeur du budget à venir de la direction de la prévision.
Autant dire que dans cette ambiance générale, il ressort une certaine prise de conscience autour de la rigueur, qui permet au marché boursier de se raffermir, et qui a permis en fin de semaine au spread franco-allemand de se resserrer. Il reste que sur le plan purement économique, les chiffres ne sont pas bons, tant en termes de croissance, que d'investissement et d'emplois. Et la baisse de l'euro est trop récente pour commencer à produire ses effets.
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