éditorial
Où l'horizon commence enfin à s'éclaircir sur tous les plans
par Yves de Kerdrel
Après un mois de mai qui a mis les nerfs des marchés comme des politiques à rude épreuve, des signes encourageants commencent à apparaître. Mais ils sont encore bien ténus.
30/05/2010 - 09:53

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Un chiffre et un seul : au cours de ce mois de mai, les valeurs de l'indice Dow Jones ont enregistré une baisse de 8 %. La pire pour un tel mois, depuis l'année 40. Voilà de quoi justifier à nouveau l'adage "sell in may and go away"...! On comprend dans ces conditions qu'Augustin de Romanet ait passé récemment un sacré savon aux experts de la Caisse des Dépôts qui lui avaient tous recommandé d'acheter des paquets d'actions en début d'année.
D'autant que les séances qui viennent risquent d'être encore agitées. D'abord à cause de la dégradation de la note sur les dettes espagnoles, diffusée par Fitch, vendredi soir, après la clôture des marchés. Ensuite et surtout à cause de la volatilité. A l'heure actuelle le marché est dominé par la tendance sur les options et non sur le cash. Mais le plus inquiétant, c'est que les acheteurs de puts qui financent leurs opérations par des ventes de calls, et qui jouent donc deux fois la baisse des marchés, sont très nombreux. C'est ce qui explique qu'à New York, Paris et même sur le marché des devises la volatilité et les "indices de la peur" restent à un niveau record.
Mais l'histoire récente nous enseigne aussi que ces vendeurs de produits dérivés peuvent être très vite pris à contre-pied. Dans les salles de marché, après le rebond de ces dernières séances, on évoquait le nom de gros hedge funds qui se seraient coinçés les doigts dans la porte, et qui "courent aujourd'hui après le papier" afin de déboucler leurs positions. D'autant qu'avec l'approche de la fin juin certain investisseurs pourraient être tentés de demander qu'on leur retourne des liquidités.
Nicolas Sarkozy entièrement fixé sur le G 20 de Toronto
Tous ces errements du marché financier, donnent raison au Président de la République et à son conseiller spécial Henri Guaino. Le locataire de l'Elysée a pris la décision de ne plus se préoccuper de la spéculation, estimant que n'importe quelle déclaration intempestive, comme celles auxquelles les allemands continuent de se livrer, ne pouvait que mettre de l'huile sur le feu.
Il a deux motifs de satisfaction à l'orée de ce mois de juin. Le premier, c'est la facilité avec laquelle le recul de l'âge de la retraite est passé dans l'opinion. En moins de trois jours cette perspective est devenue une réalité. Et malgré cela, la mobilisation syndicale a été plus faible que prévue jeudi dernier. Cela témoigne de l'excellent travail d'Eric Woerth en matière de préparation de l'opinion. Cela conforte Nicolas Sarkozy dans l'idée que ce pays est encore réformable, à condition d'expliquer, de justifier et de convaincre. Du coup il fera à coup sûr la réforme de la dépendance avant la fin de son mandat.
Le second motif de satisfaction, c'est le G 20 de Toronto qui va s'articuler sur les questions de régulation des marchés financiers. Le travail préparatoire des sherpas se déroule très bien, selon les informations de WanSquare. Il se déroule d'autant mieux que Barack Obama a gagné la première manche parlementaire de sa réforme du système financier. L'enjeu pour Nicolas Sarkozy est d'éviter sur ce sujet un syndrôme Copenhague où l'Europe s'est retrouvée totalement absente de la rédaction du communiqué final. Le Président français, qui a lancé en septembre 2008, l'idée de ces G 20, entend bien tirer les marrons du feu sur ces questions de régulation qui lui sont chères. Et il s'est trouvé conforté en cela, par les déclarations des patrons du CAC 40 qu'il a récemment reçus à déjeuner à l'Elysée.
La grande inconnue sera l'attitude de la Chine. Mais comme celle-ci doit faire face actuellement à des bulles spéculatives très fortes, aussi bien sur ses marchés de matières première, que sur les marchés d'actions, elle se laisserait faire, tout en faisant en sorte que Hong Kong reste un abri sûr pour les spéculateurs de tout poil.
Tout s'active en vue de 2012
La réussite du G 20 de Toronto est importante pour Nicolas Sarkozy qui doit prendre ensuite la présidence de cet aréopage mondial, au moment précis où la France va entrer de manière assez vive dans la pré-campagne présidentielle de 2012. Nicolas Sarkozy ne dit rien à personne de ses intentions. Il se contente d'interroger, de questionner. Mais Xavier Bertrand a reçu l'autorisation d'acheter un nouveau siège pour l'UMP qui servira également de quartier-général de campagne. Le bâtiment est situé dans un ancien garage Citroën, rue de Vaugirard, pas loin de Pasteur. Il a un coté bien plus populaire que l'immeuble de la Rue La Boétie, ancien siège du groupe Worms.
Le patron de l'UMP qui voit le président de la République tous les week-ends sur ces sujets, a également reçu le feu vert pour composer des groupes de travail, et préparer des conventions. Car l'absence d'Emmanuelle Mignon, la tête pensante de la campagne de 2007, se fait cruellement sentir. Tout son problème, c'est de trouver dans la société civile des personnalités qui n'ont pas déjà été aspirées par les réseaux de Jean-François Copé.
Du coup, à l'Elysée, comme à l'UMP, on regarde de très près comment David Cameron a travaillé. Nicolas Sarkozy qui avait une grande amitié pour Gordon Brown, et nourrissait un certain scepticisme à l'égard du nouveau premier ministre, pousse ses troupes à étudier avec soin les conventions des Tories, notamment sur l'éducation, le rôle de l'état, les services publics, et la protection sociale. Clairement, si le Président n'est pas formellement candidat à sa propre succession, pour son entourage il n'y a plus de doute. Et cette situation durera le plus longtemps possible afin de laisser la gauche s'entre-déchirer. Autant de perspectives qui commençent à écarter les nuages qui bouchaient jusqu'ici la ligne de l'horizon politique.
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