éditorial
Les marchés aboient, mais la caravane élyséenne passe
par Yves de Kerdrel
Où l'on apprend que l'Elysée est très serein sur la crise monétaire actuelle. Où l'on prend conscience que la réforme des retraites va jouer un rôle majeur dans la politique de redressement des comptes publics. Où l'on s'aperçoit que Martine Aubry a peut-être mangé "son pain blanc" avec la réapparition d'un DSK encore plus libéral qu'on l'imaginait.
23/05/2010 - 10:45

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Drôle d'ambiance cette semaine au " Château " où l'on a préféré laisser Christine Lagarde seule au front face aux allemands. Ce n'est ni par lâcheté, ni par calcul, mais simplement parce que Henri Guaino a convaincu le Président de la République qu'il fallait coûte que coûte tenir tête aux marchés. La première étape consiste donc à ressouder le couple franco-allemand, ne serait-ce que pour l'apparence, de manière à montrer aux investisseurs que s'il y a un point de fragilité dans l'Euro, il n'est pas dans l'axe Berlin-Paris. La deuxième étape a résidé dans la constitution d'une nouvelle gouvernance européenne, que Christine Lagarde a eu pour mission d'avaler, sachant qu'elle ne sera jamais avalisée par les parlements nationaux. Enfin, dés que la monnaie unique aura repris un peu du poil de la bête, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy va faire repartir celui-ci sur l'avant-scène de manière à en faire le vainqueur de la spéculation.
On ne peut pas dire que cette vision linéaire des évènements soit entièrement partagée et par Xavier Musca, le secrétaire général adjoint de l'Elysée et ancien directeur du Trésor, ni par François Fillon ou par Jean-Pierre Jouyet, le patron de l'Autorité des Marchés Financiers auquel l'Elysée a demandé d'intervenir le plus vivement possible, d'abord parce qu'il a une certaine légitimité à dénoncer la " spéculation " ; ensuite parce qu'il a été secrétaire d'état aux affaires européennes. Eux restent très inquiets, même si le taux de rendement des obligations d'état émises par le Trésor n'a jamais été aussi faible. Ce qui traduit une certaine solidité de la signature "France".
Les déficits publics continuent d'inquiéter
Il n'empêche que si, les interventions de la BCE aidant, l'euro a commencé à regagner un peu du terrain perdu, les investisseurs continuent d'observer avec attention les déclarations et les chiffres concernant les finances publiques. Le rapport Champsaur-Cotis, qui est d'une grande précision, recommande de réduire les dépenses publiques de 0,7 % du PIB chaque année au cours des dix années qui viennent. Pour l'actuel et l'ancien patron de l'Insee, il s'agit là du seul moyen à mettre en oeuvre afin d'éviter un effet boule de neige sur la dette publique. Mais, malgré les efforts de Philippe Josse, le directeur du budget, on est encore loin du compte, puisque le projet de loi de finances pour 2011 ne ferait apparaitre que 5 milliards d'euros de dépenses en moins au lieu des 15 milliards nécessaires. Et encore faut-il que le parlement approuve l'abrogation des niches fiscales et sociales proposées par Bercy.
Dans ce contexte la réforme des retraites retrouve un rôle politique majeur. D'abord parce qu'à elle seule, elle est susceptible de contenir des sources d'économies budgétaires substantielles, y compris à court terme. Et surtout parce que si elle est réussie, si elle va plus loin que le document d'orientation publié en début de semaine dernière, alors cela signifiera que la France est capable de se restructurer conformément aux souhaits des marchés, aux voeux des agences de notation et surtout aux obligation du moment. Autant dire que du côté des investisseurs le rendez-vous de la mi-juin constitue une échéance capitale. Ce qu'Eric Woerth a bien compris. D'autant que son épouse est, de par ses fonctions auprès de Liliane Bettencourt, largement au courant de ces externalités boursières.
Soulagement du côté de Matignon
Tout cela, c'est notamment ce que les différents patrons du CAC 40 conviés la semaine dernière à l'Elysée, pour un déjeuner informel, ont répété au Chef de l'Etat, qui leur a demandé de le soutenir dans son action réformatrice, ne serait-ce qu'en n'émettant pas de critiques publiques. Le Président de la République s'est même laissé aller à quelques allusions sur sa candidature probable en 2012.
Claude Guéant qui ne doute plus de la volonté du Chef de l'Etat de se représenter dans deux ans, a rassuré son ami, le Préfet Faugère, très discret directeur de cabinet de François Fillon. Le Premier Ministre qui se sait dénigré par des proches du Chef de l'Etat est donc bien décidé à profiter de ce regain de confiance pour se montrer plus offensif. Puisque Nicolas Sarkozy, préside, gouverne et dirige, il a décidé de donner un aspect plus politique à son rôle. C'est pour cette raison qu'on a pu le voir aussi offensif face à la Gauche, à l'Assemblée Nationale. Et le locataire de Matignon entend bien multiplier les déplacements dans toute la France afin de profiter de sa popularité personnelle pour soutenir l'action du Chef de l'Etat et démontrer les incohérences du camp d'en-face.
Il est largement servi dans son action par le fait que Dominique Strauss-Kahn, en adoptant jeudi dernier, des positions très libérales a placé le Parti socialiste en porte-à-faux. Tout sa garde rapprochée qui est largement présente dans les médias ne peut plus soutenir les positions jusqu'au boutistes de Martine Aubry. Au moment où la majorité se ressoude, sauf peut-être sur la question européenne, le Parti socialiste commence à se fracturer. Et nul ne sait encore quelles seront les séquelles des déclarations du directeur général du FMI. La période qui s'ouvre est donc bien plus rassurante pour Nicolas Sarkozy, que ce que les sondages et les évènements de ces dernières semaines laissaient entrevoir.
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