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Yves de Kerdrel
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Quand les fous s'emparent des clés de l'asile...
par Yves de Kerdrel
La semaine écoulée a vu l'Euro tanguer sur ses bases, la Banque Centrale renoncer à ses principes de réescompte, et la spéculation affoler les gouvernements. Mais personne n'est capable de siffler la fin de la récréation.
09/05/2010 - 09:50
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Le sommet européen qui s'est tenu à Bruxelles à partir de vendredi soir n'a évidemment rien donné. Si ce n'est que les fous ont définitivement pris les clés de l'Asile. Ils retiennent en otage le gardien et peuvent tout faire sauter. Qui sont les fous ? Les banquiers centraux naturellement, les chefs d'état, les conseillers économiques. Bref tous ceux qui élaboraient, il y a encore un an des plans de relance, à force d'endettement public. Au Sommet de Londres, en avril 2009, il y a treize mois, ces mêmes personnalités s'engageaient à insufler dans l'économie mondiale au moins 2000 milliards de dollars. Autant d'argent qui est venu gonfler un endettement public déjà très excessif. Comme si le monde n'avait pas assez souffert de l'éclatement en septembre 2008 de la bulle de l'endettement privé. Voici donc aujourd'hui le spectacle désolant de la bulle de l'endettement public qui éclate plus tôt que ce qui était prévu
A l'Elysée, on continue bien sûr de surveiller de très près l'évolution des CDS hexagonaux et des adjudications quinzomadaires, sans y trouver de réelle inquiétude même si le Portugal et l'Espagne se retrouvent dans une situation proche de la Grèce. Un groupe de travail informel constitué autour de Michel Camdessus réfléchit déjà à une mini zone euro réduite à l'Allemagne, à la France, au Benelux et au Danemark.
Devant l'énorme impuissance publique ordre a été donné à tous les ministres ou personnalités publiques de s'attaquer aux spéculateurs. D'où les déclarations un peu excessives de stars aussi modérées que Jean-Pierre Jouyet ou Christine Lagarde. Nicolas Sarkozy, aimerait bien, pour son prestige personnel être celui qui, à la veille de prendre la présidence du G 20, casse "la main invisible" du marché. Il suffit pour s'en convaincre de relire le discours qu'il a tenu en introduction de Davos. Il est poussé pour cela par Henri Guaino qui est ressorti de l'ombre, et qui est persuadé que le politique a toujours plus de pouvoir que la spéculation.
Cela donne de larges débats avec Xavier Musca, que Claude Guéant a du mal à arbitrer. En fait Henri Guaino voit dans cette crise l'occasion de faire rejouer à Nicolas Sarkozy un rôle politique international. Et pendant ce temps, la situation n'est guère plus claire en Allemagne. Quant à la Grande-Bretagne, elle n'a toujours pas de premier ministre. Ce qui donne encore plus de champ libre à la spéculation, dont 80 % environ provient de la City, où personne évidemment ne pleurera la faillite annoncée de la monnaie européenne.
Autant dire que le sommet européen de ce week-end risque de ne guère changer la situation de la zone euro. Et la semaine qui vient s'annonce tout aussi agitée, en dépit des indications toujours positives en provenance des entreprises. Bien sûr les valeurs financières risquent de peser encore sur le marché. Bien sûr, les annulations d'opérations financières comme celle de Prudential vont continuer à inquiéter les investisseurs. D'autant que le support de 3.550 points sur le CAC 40 a été clairement et nettement enfoncé. Logiquement l'indice parisien devrait désormais combler un gap qui le ramènerait à 2.400 points à moyen terme.
En attendant le billet vert qui se renforce de jour en jour va continuer à se redresser en visant sans doute au début de l'été la parité de 1,15. D'abord parce que l'Euro a perdu toute crédibilité auprès des investisseurs asiatiques qui avaient misé sur lui. Ensuite, parce que c'est un bon moyen d'amplifier la hausse des prix du pétrole, et donc les revenus des émiratis. Or cet argent, les occidentaux vont en avoir besoin pour réparer les dégâts de l'actuelle crise financière.
Enfin, le dernier élément qui va faire plonger l'euro, c'est la décision prise par jean-Claude Trichet d'accepter l'escompte des effets grecs, pratique qu'il avait d'emblée écartée il y a quelques mois. En prenant les clés de l'Asile, le patron de la BCE a transformé cette digne héritière de la Bundesbank en quasi Banque de Grèce. De quoi déboussoler les amoureux de l'orthodoxie budgétaire.
Le paradoxe, c'est que les fous qui ont pris les clés de l'Asile expliquaient depuis des mois qu'il fallait à tout prix réguler le système bancaire, corseter les assureurs et ligoter les traders, tous responsables d'un éventuel risque systémique. Les jours qui viennent de s'écouler ont montré que le principal risque systémique, c'était à la fois l'immense endettement public et la manière dont chaque pays européen tient l'autre (ou dépend de l'autre) à travers les dettes publiques, et puis l'absence de rigueur budgétaire.
Dans cet environnement noirissime, la seule éclaircie provient du message de rigueur justement envoyé mercredi dernier par François Fillon à l'occasion du 20 heures de TF1. Le Président de la République croit ainsi lui laisser faire "le sale boulot" en le laissant apparaître vis à vis de l'opinion comme celui qui met en coupes réglées les dépenses publiques (le ministre des comptes publics, François Baroin, étant aux abonnés absents). En fait François Fillon est en train de devenir un nouveau Pinay. Car les français n'attendent qu'une chose, c'est que les fous rentrent dans l'Asile et que le pays soit enfin géré avec un peu de rigueur.
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