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Yves de Kerdrel

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Le cri du Canari et l'explosion de la mine
par Yves de Kerdrel

Les problèmes grecs font entrer l'Europe, mais aussi les Etats-Unis dans une zone dangereuse. Changement d'époque avec une misère des nations et une opulence des entreprises.
02/05/2010 - 09:35 Temps Lecture 5 mn.
Le très médiatique économiste Nouriel Roubini a estimé la semaine passée lors d'une conférence à Beverly Hills que le cas grec était un peu comme "le canari qui prévient de l'explosion imminente dans une mine de charbon"... Et il a prédit que le problème des déficits anglais puis américains voleront bientôt la vedette aux pays du sud de l'Eurozone. Le tout, pour les investisseurs obligataires étant, bien sur, de maitriser le timing... et leur appétit pour le risque... Mais pour l'instant, c'est en Europe que le marché interbancaire a continué à se tendre face aux inquiétudes grandissantes quant à l'exposition des banques européennes détentrices de dette souveraine dégradée. L'Euribor et aussi le Libor se trouvent au plus haut depuis septembre. Ce qui ne constitue pas un environnement de bon augure pour une sortie de crise. Et l'on comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi le FMI a récemment revu en hausse ses prévisions pour l'ensemble de la planète tout en révisant à la baisse ses estimations pour l'Europe. Le lait sur le feu A L'Elysée la réunion de samedi matin s'est déroulée dans une ambiance très tendue. La Ministre de l'Economie et le Secrétaire général adjoint à la présidence de la République, Xavier Musca, ont attiré l'attention du Président sur la hausse régulière mais continue de la valeur des CDS à 5 ans sur la dette hexagonale. Il y a moins d'un mois ils s'échangeaient à 44 points. La semaine passée ils ont franchi les 70 points. Et la semaine qui vient va rester turbulente avec le vote d'une loi de finances rectificative où les 6 milliards d'euros prêtés à la Grèce vont avoir une place déterminante. Mais la hantise des marchés va demeurer dans l'attitude de l'Allemagne qui se prononcera définitivement en fin de semaine. 70 % des allemands ne veulent pas que leur pays prête de l'argent à la Grèce. Et cela, Angela Merkel peut d'autant moins en tenir compte que son pays doit faire le plus gros chèque à Athènes. Pour en revenir à l'Elysée, Nicolas Sarkozy qui est remonté "comme une pendule" contre les agences de notation, a demandé que l'on surveille comme le lait sur le feu l'évolution des CDS français et l'état des adjudications des bons du trésor. Misère des nations. Richesse des entreprises. Dans l'avion qui le ramenait de Shanghai, le Chef de l'Etat a rappelé qu'il ne procèderait à aucune nomination d'envergure avant le mois de juillet. Priorité aux affaires de la Nation (retraites, dette publique, préparation du G 20,...). Pendant ce temps, les entreprises ne demandent qu'à ce qu'on les laisse tranquilles, d'autant plus que leur niveau de marge opérationnelle ne cesse de s'élever. C'est vrai en France. C'est vrai en Europe. C'est évidemment vrai aux Etats-Unis. A la date de vendredi soir, 624 sociétés de l'indice Russell 3000, représentant 41% de sa capitalisation, ont publié leurs résultats. Or, ceux-ci montrent des profits 15% meilleurs qu'attendus. La divine surprise est que les chiffres d'affaires sont au rendez vous et dépassent le consensus en moyenne de 2.4%. Les guidances données par les chefs d'entreprise sont revues à la hausse en profits et en chiffre d'affaires. Les plus grosses surprises sont constatées au niveau du secteur financier. Les dépassements se font à coup de milliards de dollars comme pour Citigroup et Bank of America.. L'économie américaine continue de se développer dans les secteurs à forte valeur ajoutée et l'informatique est désormais le 1er secteur avec 18,7 % de la capitalisation boursière, devançant ainsi le secteur financier. Le marché préfère la bourse américaine, en hausse de 9,2 % depuis le début de l'année contre 1,2% pour l'Eurostoxx qui souffre du problème de la dette grecque et de l'Europe du Sud. La boule de gui et le pommier Dans cette ambiance délétère, le Président de la République a demandé à ce que, sur l'agenda du prochain conseil des ministres européen, le sujet des agences de notation soit mis sur la table. Que les pouvoirs publics soient désemparés par ce nouvel environnement n'est pas surprenant. Mais qu'ils fassent du thermomètre la cause de la fièvre, montre à quel point la planète finance est déboussolée. Quand les agences de notation dégradent la dette d'un pays, bien sûr elles accentuent ses problèmes de refinancement. Mais telle la boule de gui sur un pommier, leur avis n'est pris au sérieux que parce que ce parasite signale que le pommier est malade. Les agences de notation jouent donc plus que jamais un rôle utile au marché, aux investisseurs et aux Etats qui se trouvent guidés dans leur programmes de réformes. Toujours est-il qu'au lieu d'écouter le cri du canari, les états ont bien tort en ce moment de pousser des cris d'orfraie contre des noteurs qui n'ont jamais été aussi précieux. C'est sans doute ce que dira, avec les précautions d'usage nécessaires, François Fillon, le 5 mai prochain à Matignon à l'occasion de la sortie d'un numéro de la Revue des Deux Mondes en hommage à Philippe Séguin, qui n'hésitait pas à se scandaliser tout haut de la dégradation des finances publiques. Et qui a marqué durablement l'actuel Premier Ministre.